ACTION PHYSIOLOGIQUE DU SEL
SOMMAIRE
lafluence du sel sur la digestion, — Action vitale de l'estomac. — Ses idiosyncrasies ou caprices. — Cause du frisson digestif. — Inconvénient de s'endormir après avoir mangé. — Nécessité d'une distraction agréable. — Plaisir légitime de la table. — Les bru tes mangent, l'homme dine. — Action de la salive sur la digestion. — Son principe transmutateur ou la ptfaline. — Formation du Chyme. — Part que le sel prend à cette opération. — Son action phy
siologique. — Le sel augmente la sécrétion de la salive. — Le bon et le mauvais mangeur. — Nécessité du sel quand on fatigue beaucoup. — Les soldats en campagne suppléant à la mauvaise qualité des vivres par le sel et, au besoin, par. la poudre à canon. — Action chimique du sel. — Formation de l'acide chlorhydrique. — Rôle de la soude du sel. — Neutralisation de la pâte chymeuse et des crudités de l'estomac et des intestins. — Du chyle où de la sève animale. — Composition d'un bon chyle. — Nous sommes ce que la nutrition nous fait. — L'intestin gi'èle est le terrain dans lequel l'animal plonge ses racines. — Nécessité d'amender ce terrain par un bon engrais ou une nourriture saine et substantielle. — Importance de l'expulsion du résidu de la digestion. — Formation de gaz. — Migraines. — Fièvres gra- \es. — Louis XIV et ses courtisans. —
Comment le sel agit-il physiologiquement sur l'homme et les animaux ?
Pour résoudre cette question nous (levons examiner son action sur chacune des i?randes fonctions.
Nous commencerons par la digestion.
Influence du sel sur la digestion,
La digestion est une acte çhimicovital; par lequel le canal digestif soumet les alimens à diverses opérations qui ont pour but de leur faire céder leurs principes nutritifs.
Afin que cet acte soit complet il faut :
1*" Que les aliments contiennent ces principes en assez grande quantité pour l'accroissement des organes et la réparation des pertes de l'économie par les différentes sécrétions et exhalations.
2*" Que les viscères digestifs jouissent d'une somme d'action suffisante pour
extraire ' les matériaux assimilables,
La part de la vitalité dans cet acte, est suffisamment établie, puisque nous voyons toute secousse morale ou physique troubler la digestion, et cette dernière présenter des conditions individuelles ou idiosyncrasies , avec lesquelles il faut compter dans le choix des aliments. Ainsi telles substances sont indigestes pour les uns et ne le sont pas pour d'autres.
On aurait donc tort de considérer l'estomac comme un vase inerte, une cornue, ainsi que l'ont fait quelques Cliimiâtres ou médecins chimistes.
Mais la chimie ne saurait être exclue ici ; ce qui le prouve , c'est que la nature a indiqué elle-même les procédés à suivre quand on veut opérer dans des conditions anologues.
Que fait le chimiste quand il traite une substance? Il commence par la dissoudre , d'abord à froid , ensuite à chaud; puis il l'attaque par l'alcool, les acides, ou des dissolvants spéciaux, et les neutralise ensuite par des alcalis.
Ce sont précisément les opérations des organes digestifs. Par sa température propre, l'estomac élève successivement la chaleur des substances ingérées, chaleur d'où résulte souvent ce frisson dont on est pris au commencement de la digestion, quand celle-ci est laborieuse. Il en est de même de cette disposition à s'endormir , qu'on doit chercher à vaincre par une distraction agréable. — Les brutes mangent, l'homme seul dîne, c'est-à-dire qu'il relève par la conversation ce que l'acte auquel il se livre a de trop animal.
Pour le riche, la table est un art qui a ses raffinements; l'ouvrier y trouve également de la jouissance, puisque c'est le moment de la journée où il se repose le mieux. L'individu qui dine seul, est exposé à manger plus que de besoin et, par conséquent, à mal digérer.
Pendant une heure à peu près , l'estomac reste immobile. Au bout de ce temps il entre en action, se resserre pour pétrir les substances et les pénétrer de ses sucs qui, dans ce moment, sont acides, surtout à cause de l'acide chlorliydrique qu'ils renferment. Il a, en outre, des dissolvants particuliers comme la ptyaline et la pepsine.
La ptyaline est le principe de la salive. Elle a particulièrement pour but de
réduire les matières amylacées en dextrine puis en glucose. Aussi son action est-elle indispensable à la digestion.
La pepsine est la sécrétion que la nature produit elle-même dans l'estomac pour opérer la digestion et l'assimila, tion des aliments. C'est le ferment digestif par excellence, et sa nécessité est telle, que si l'estomac, par faiblesse ou maladie , n'en produit pas les quantités normales, la digestion est pénible et la nutrition réparatrice défectueuse ou insuffisante. — Le sujet souffre et dépérit.
La pepsine extraite par l'art de l'estomac de certains ruminants, et mêlée avec des viandes, en fait la digestion, même dans un bocal en verre ou dans un récipient en caoutchouc; c'est ce qu'on
nomme une digestion ai^ti ficieUe. Cette découverte n'a pas été perdue pour la médecine, puisque l'usage de la pepsine contre les mauvaises digestions ou les vices de nutrition, est aujourd'hui fort répandu.
La masse alimentaire ainsi attaquée, est réduite en une bouillie en apparence homogène, à laquelle les physiologistes ont donné le nom de chyme, et qui est légèrement acide à cause d^ l'acide Hydrochlorique qui, comme nous l'avons dit, a contribué à la former
Avant d'aller plus loin , examinons quelle est la part que le sel prend à ces opérations. Des faits relatés plus haut, ceux des serfs Russes et des criminels de la Hollande, on a pu déjà conclure que cette part doit être grande; mais si nous examinons son action, voici ce que nous trou\ons:
D'abord, le sel ajoute à la sapidité des aliments et, de cette manière, augmente la sécrétion des sucs digestifs.
La salive surtout afflue en grande abondance et favorise lelaboration buccale des aliments, c'est-à-dire la mastication et l'insalivation. — A voir manger deux individus, on peut déjà dire comment ils digéreront: chez Fun la salive semble déborder; l'autre mâche à sec et son gosier aride à besoin, à chaque instant, d'être humecté. Eh bien ! le premier fera une bonne digestion, le second une mauvaise.
Les individus qui font beaucoup de fatigue , ont particulièrement besoin de sel, afin de relever les forces digestives. C'est le cas des soldats en campagne.—Nous tenons d'un ancien militaire qui a fait la plupart des guerres du 1''' Empire , qu'il s'est constamment
préservé des maladies en ajoutant à sa ration incomplète ou mal préparée, une forte dose de sel.
Quant à la part que le sel prend à la digestion, beaucoup de physiologistes admettent que c'est en fournissant de l'acide chlorhydrique aux sucs de l'estomac. Le fait est probable , non que cet acide se forme sur place, mais parce que le sel étant absorbé, donne au sang les éléments des sécrétions nécessaires à la digestion.
Parmi ces éléments il faut compter surtout la soude, qui joue un si grand rôle dans la neutralisation du chyme.
— Nous avons dit que celui-ci est acide ; dans cet état il ne saurait donner lieu à un bon chyle ; aussi obscrve-t-on que les personnes qui ont des crudités éprouvent des tiraillements
d'intestins et tombent dans le marasme.
— C'est le cas des enfants affectés de cette espèce de vieillesse anticipée à laquelle on a donné le nom de carreau.
Le chyle est la sève animale ; c'est un liquide lactescent, neutre ou légèrement alcalin , que les vaisseaux chylifères ou les racines animales, absorbent pour le verser dans le torrent circulatoire. Aussi ce chyle contient-il tous les éléments réparateurs du sang, tels que la fibrine , l'albumine , les matières grasses , les sels solubles ou insolubles , tout ce qu'il faut enfin pour nourrir et fortifier les organes. — Nous sommes ce que la nutrition nous fait; un terrain appauvri ou malsain ne saurait produire une végétation luxuriante. C'est au cultivateur à amender le sol et à lui fournir les éléments qui y manquent.
Enfin le résidu des aliments doit être éliminé ; c'est encore une opération essentielle, d'autant plus que la nourriture est moins bonne ou moins complète.
Par leur séjour et leur décomposition ces matières forment dans le corps des gaz dont quelque-uns sont de véritables poisons et produisent un échauffement comme si des vapeurs malsaines montaient à la tête. — On ne saurait donc trop veiller à la régularité de cette importante fonction; or, le sel, en rendant la digestion plus complète, fait qu'il y a moins de perte, moins de résidu. L'intestin éprouve donc moins de fatigue et la circulation de retour ne subit pas ces obstacles à la suite des quels les viscères, notamment les poumons et le cerveau, s'engorgent. Un grand nombre de maladies sont prévenues ainsi.
On sait que cette fonction exerce éga-
lement une grande influence sur le moral ; les courtisans de Louis XIY avaient grand soin de se renseigner sur ce sujet : c'était, en quelque sorte , le baromètre de la bonne ou de la mauvaise humeur du maître.