‹ Américains et JaponaisChapitre 10 sur 99 · Seiko, op, laud., Art. Saito Ran · texte numérisé non relu

Seiko, op, laud., Art. Saito Ran

1903 2 253 783 yen.

2. Sur cette organisation de rémigration japonaise, cf. Third Report on Hawaï, Bulletin of the Bureau of labor, n°QQ, Septembre 1906, p. 502.

de leur faciliter les démarches et de continuer pendant dix ans à les surveiller. Ces compagnies assuraient le gouvernement que si ces émigrants cessaient de gagner leur vie à Tétranger, soit par incapacité, soit par accident, elles les rapatrieraient. Pour ces services les compagnies touchaient par émigrant une prime d'assurance de 30 yen et une commission de 20 yen. Mais le monopole tourna au scandale; en plus'des taxes autorisées, les compagnies perçurent des sommes illicites : comme les candidats à l'émigration étaient très nombreux, attirés par les succès des cultivateurs qui étaient revenus des Hawaï avec de grosses économies et de belles aventures, comme depuis la fin de la guerre surtout la mode est à l'émigration, les compagnies l'avaient belle pour vendre le droit d'émigrer. Elles faisaient payer le passage aux Hawaï, dont elles avaient déjà reçu le prix des planteurs ; elles comptaient en plus 5 ou 10 yen pour le chemin de fer jusqu'au point d'embarquement et de fortes notes d'hôtel en attendant la visite médicale; elles avançaient enfin les 100 yen d'argent de poche qu'il fallait montrer en débarquant aux Haw^aï. La note totale pour chaque émigrant s'élevait à 200 ou 250 dollars Sur cette avance, garantie par deux répondants au Japon, la banque des compagnies touchait un intérêt de 12,5 p. 100, chaque année. C'était ainsi éliminer les vrais travailleurs ; le caractère des émigrants changea : les Japonais qui partirent aux Haw^aï ne furent plus de pauvres et robustes agriculteurs, mais des gens ayant quelque bien, anciens maîtres d'écoles, policiers, commis, employés qui bien vite se lassèrent du travail de plantation.

Cette exploitation des compagnies devint telle

58 AMÉRICAINS BT JAPONAIS

qu*en 1905 rassociatiôn des planteurs havvaïens refusa de renouveler leur contrat et que la presse du Japon fît campagne contre elles. Le ministère des Affaires étrangères revisa les règlements * :

Voici ce qu'ont à faire les personnes qui s'occupent de ces émigrants. Elles ne doivent pas les engager à s'expatrier, mais elles doivent simplement les rassembler et leur donner des explications sur le voyage à entreprendre, faire des démarches pour eux à la préfecture, les conduire au port d'embarquement, leur trouver des auberges, préparer la visite sanitaire et l'embarquement, tenir des registres qui indiquent les départs aux Hawaï et les retours des Hawaï, ainsi que le nombre des morts. Soumettre ces registres au gouverneur.

Les personnes qui s'occupent des émigrants japonais n'auront plus à verser une somme de garantie. Le prélèvement de 10 yen, au lieu de 20, par émigrant, sera donc suffisant. Elles n'auront pas à s'occuper des émigrants qui, rentrés des Hawaï, désirent y retourner, ni des émigrants qui partent avec un contrat signé. L'émigrant, au lieu de 100 yen d'argent de poche, n'aura plus besoin de partir qu'avec 20 yen, somme suffisante pour qu'on l'admette aux Hawaï. Tous ceux qui s'en vont devront être de véritables cultivateurs. Aux Hawaï, désormais, les compagnies d'émigration japonaises cesseront d'avoir des représentants chargés de protéger les émigrants pendant dix ans ; car depuis vingt-cinq ans Témigration japonaise a donné ses preuves de vitalité, et la

1. Je résume deux articles parus dans le Tôkyô Keizai Zasshi,le 18 août et le 9 septembre 1906, sur La Réforme des règlements concernant Vémigration japonaise aux Hawaï et les avertissements de la Préfecture de police^ et Les Baisons de réformer ces règlements.

colonie japonaise est assez forte pour donner une éducation japonaise à ses enfants. Au surplus, « en ces derniers temps, certains Américains voyaient d'un très mauvais œil la présence de ces directeurs ainsi que la protection qu'ils donnaient aux émigrants », et la loi d'immigration américaine défend l'émigration officielle. Toutefois « les agriculteurs japonais ne sont pas encore assez éclairés pour qu'une entière indépendance leur soit laissée. Déjà quand ils viennent dans une ville japonaise ils sont désemparés; à plus forte raison, quand ils sont hors du Japon. Il faut des gens qui connaissent bien les règlements et qui puissent endosser une responsabilité, pour leur éviter, à eux et au gouvernement japonais, toutes difficultés » . Le gouvernement japonais se relâche donc de la surveillance qu'il exerçait sur les émigrants, parce que les Japonais aux Hawaï et en Californie forment dès maintenant un groupe assez nombreux et résistant pour que ses membres s'entr' aident * et qu'il est conforme aux vœux de tous de rendre l'émigration plus aisée en supprimant les formalités et en abaissant la somme d'argent nécessaire. Mais il n'abandonne pas tout contrôle. Les émigrants, au reste, continuent de le réclamer. « Que le ministère des Affaires étrangères n'ait pas cru devoir dire aux habitants des Hawaï d'élever le taux des salaires pour les émigrants japonais, c'est une chose que les journaux n'ont pas cessé de reprocher au gouvernement. »

1. Dès 1902, les émigrants japonais en Corée et en Mandchourie échappaient aux restrictions imposées à ceux qui partaient pour les Hawaii. C*est que les Japonais installés en Corée et en Chine avaient formé des associations capables de faire face aux malheurs pouvant survenir à leurs compatriotes.

Ainsi la main-d'œuvre japonaise a envahi le marché hawaïen sous le contrôle de son gouvernement qui, pour parer au manque de main-d'œuvre en certaines provinces japonaises, ou parce que les salaires sur les marchés étrangers lui paraissent insuffisants, fixe le nombre de travailleurs qui ont la permission de quitter leur province. Ce sont des banques et les Compagnies de navigation japonaises qui administrent les économies faites par ces Japonais. On dit même que quand les bras deviennent trop nombreux sur les plantations et que les salaires commencent de baisser, ou quand on a besoin de main-d'œuvre au .Japon, les agents du gouvernement japonais dans les îles encouragent le rapatriement des travailleurs qui ont les plus forts dépôts en banque. On estime qu'en 1905 les Japonais des Hawaï ont envoyé au pays environ 16 millions et demi de francs*.

Sur plusieurs plantations on a élevé des temples bouddhiques, qui luttent contre le christianisme. On cite des cas où des comités bouddhistes ont usé de toute leur influence et aussi de boycottage pour obliger les Japonais chrétiens à envoyer leurs enfants aux écoles bouddhiques et à renoncer eux-mêmes à leur, croyance étrangère. Bien qu'ils profitent des publicschools américaines, les Japonais entretiennent leurs

1. Par rentremise de la Yokohama Speeie Bank . 1 313 547 dollars.

Dépôt à cette banque 945 873 —

Par l'entremise de la Keihin Ginko .... 452 705 —

Par mandat-poste 383 258 —

Par rentremise de banques non japonaises. 114 293 —

Total 3 209 676 —

Si l'on ajoute à ces chiffres, le montant de l'argent emporté au Japon par ceux qui rentrent au pays, on peut estimer le total à plus de 6500000 yen par an. Saito Kan, op. laud.

propres écoles, dirigées souvent par un bonze ou ses assistants. Cette école japonaise fonctionne généralement quand la public-school est fermée, pour que les petits Japonais puissent fréquenter les deux. Les livres, qui suivent les programmes américains, sont publiés au Japon. Les maîtres développent chez les enfants Tamour patriotique des îles japonaises et du Mikado, dont le portrait orne la salle d'école.

Pour compenser cette abondance de matière jaune, le gouvernement et les planteurs ont toujours cherché à jeter dans la combinaison le plus possible de Blancs.

Mais les Blancs sont des produits de luxe qui coûtent gros à importer. Et puis, par ses affinités électives, le Blanc ne se prête guère à une telle synthèse : il est trop fier pour se lier par contrat et pour peiner comme coolie sur une plantation à côté de Jaunes. En fait de Blancs, on ne trouva guère à recruter que quelques Italiens, qui, en Louisiane, acceptaient de travailler et de vivre avec des Nègres, ou encore des Galiciens et des Slaves de TAutriche orientale. Dans les îles, aujourd'hui, quelques Allemands vivent sur une ou deux plantations possédées et dirigées par des Allemands : à chacun, en plus du domicile et du combustible, on donne un jardin et une vache.

Les Açores, de 1885 à 1888, fournirent 10000 Portugais environ; en 1902 trois plantations dépensèrent plus de 20 000 francs pour importer de Nouvelle Angleterre 26 Portugais adultes et un enfant. Sur les

plantations, pas plus que sur les statistiques, ils ne sont classés avec les Blancs; ils forment une classe intermédiaire entre Européens et Asiatiques : le Blanc a toujours été trop aristocrate pour permettre qu'on le confonde avec des gens métissés de sang nègre, qui logent dans les quartiers ouvriers des plantations et qui manient la houe. Le rêve des Portugais est d'acquérir un petit coin de terre à eux, dans la montagne, et, de temps en temps, de descendre travailler à la plantation pour argent comptant. Ils ne se soucient pas de servir toute leur vie comme coolies; leur apprentissage fait, ils ouvrent de petites boutiques, exécutent eux-mêmes les commandes et, sans entrer dans des syndicats, se contentent d'un gain de deux dollars par jour. Très prolifiques, industrieux, frugaux, ce sont de bons éléments de population qui ne quittent pas les îles; iin peu lents d'abord à envoyer leurs enfants à Técole, ils s'américanisent vite et s'intéressent à la politique locale.

Sous la main, on avait des Hawaïens : on s'en servit. En 1905 ils étaient 4 400 environ sur les plantations — sans compter les Hawaïens qui, croisés avec des Américains, forment l'aristocratie blanche de l'île, possèdent les terres et occupent les plus hautes situations administratives. Ces indigènes, physiquement trèi? forts, n'aiment pas travailler régulièrement, monotonement dans les champs de cannes. Ils préfèrent des emplois plus variés : débardeurs, porteurs, charretiers, mécaniciens de locomotives, ou cowboys.

On prit en Louisiane et en Alabama quelques pincées de nègres, — douze nègres en 1901, puis une centaine. La traversée du continent américain et du

Pacifique, Tarrivée dans un pays nouveau charmèrent ces grands enfants, mais il n'en resta presque aucun sur les plantations. Trop fantaisistes pour se plier à la règle, ils filèrent droit aux villes flâner et se distraire; on les retrouva comme infirmiers d'hôpital, ou policemen; d'autres s'engagèrent sur des navires. A quoi bon quitter la Louisiane pour retrouver des gages équivalents et la vie de plantation? Contre ces Nègres, un préjugé de race très vif chez les Hawaïens alliés aux Américains et aux Européens exigea qu'on interdît désormais leur admission. Ils coûtaient cher à importer, et, loin de réagir heureusement sur la combinaison cherchée, ils risquaient de la salir.

Le Japonais continuant de pulluler, on essaya de le neutraliser à onze reprises, de 1900 à 1901, par l'addition de quelques poignées de Porto-Ricains. Pour amener 5000 personnes, il en coûta 3 millions de francs, soit plus de 192 dollars par adulte mâle. Au débarquer, ils firent piètre figure, miséreux, faméliques, contaminés de toutes les maladies des Antilles, traînant derrière eux un cortège de criminels et de prostituées. Insuffisamment vêtus et mal nourris pendant le voyage, plus vite que la plantation, beaucoup gagnèrent Thôpital et définitivement s'y installèrent ; d'autres vagabondèrent, mais leur dolce far niente n'était plus de mise dans les îles dont les régions habitées sont presque toutes occupées par des plantations, où l'on pourchasse ceux que l'on rencontre sans moyens d'existence. Forcés de travailler, on dut leur apprendre comment se vêtir, comment se nourrir, comment se loger et aussi quelques règles de morale; mais la saleté de ces Porto-Ricains, qui tran-

chait sur la propreté japonaise, les fit peu à peu reléguer aux plus pauvres quartiers, tandis que l'Asiatique occupait les maisons qu'on avait construites pour eux. Déjà mal vus pour leur saleté, le nombre des criminels qui les accompagnaient et qui changèrent les habitudes des îles, où les vols et les agressions étaient rares, acheva de les compromettre. De leur côté les Porto-Ricains se plaignirent : en cette région tropicale où Ton peinait dur, ils se sentirent dépaysés; ils refusèrent de travailler les jours de pluie et peu à peu gagnèrent les régions les plus sèches de Pîle. Mais la mort, l'exil et les prisons ont éliminé les plus mauvais : sur ceux qui restent, le régime de l'île a eu de bons résultats; le travail, les soins ont changé leur physique et leur moral; ils perdent leur démarche molle et languissante et se redressent comme les Japs. Ils mettent de l'argent de côté, envoient leurs enfants à l'école, et sur beaucoup de plantations valent les travailleurs asiatiques. Pour inciter au travail régulier, on leur promet en dehors de leur paye un boni de 50 centimes par pleine semaine de travail, — prime que l'on n'offre pas aux Asiatiques.

Ces importations de Porto-Ricains produisirent un effet moral sur les Japonais, qui, depuis l'exclusion des Chinois, se croyaient maîtres du marché de travail. Par des accords qui préparaient à des grèves, aux moments critiques de la saison, ils avaient fait monter la paye moyenne de 60 à 76 cents par jour pendant l'année qui suivit l'annexion. L'arrivée continue de Porto-Ricains les força à rabattre de leur prétention au monopole. Mais quelle influence profonde, durable peuvent avoir ces quelques centaines

de Porto-Ricains? Au physique et au moral, il leur faudra une génération au moins pour s'améliorer et pour s'amalgamer avec les Portugais. Porto-Ricains et Japonais vivent en mauvais termes de voisinage. Les Japonais craignent individuellement les Porto- Ricains querelleurs et armés ; il est vrai qu*en cas de conflit grave les Japs étant en nombre pourraient les exterminer d'un coup. Les Japs ont l'habitude de se promener nus ; cela choque les Porto-Ricains que le catholicisme espagnol a dressés à la pudeur. D'autre part le manque de propreté fait des Porto-Ricains des voisins peu agréables. Actuellement, eux aussi salissent le mélange que leur réaction personnelle ne modifie guère.

▲MiaxcAiNS rr japonais.

Les plantations, avec leurs camps où vivent coolies et employés, forment de petites communautés. Elles ont généralement un kindergarien, des écoles, des églises; mais les races s'y mêlent peu. Les Blancs, qui vivent à part, se plaignent de l'isolement et de la monotonie, en dépit du climat charmant, de leurs hauts salaires, de leurs demeures confortables, du club, du billard, du polo, du tennis, du téléphone dans rtle, et de la télégraphie sans fil entre les îles. Les Asiatiques vivent à part, les Chinois encaqués, les Japonais plus à Taise.

ÂTaube, on part au travail. Le petit Jap, bien lavé, allègre et bavard, s'en va avec son repas de riz et de saumon soigneusement protégé contre les fourmis: les femmes se couvrent la tête d'un mouchoir. Las, mal lavés, les Porto-Ricains suivent; on dirait qu'ils ont couché avec leurs vêtements ; parfois , en s'ébrouant, ils sifflent et chantent, ce que jamais ne font les Asiatiques. Le dimanche, tous les cultes du monde, catholique, protestant, bouddhique s'entendent pour chômer, et chaque race a ses fêtes : le Chi-

nois son nouvel an, les Japonais Tanniversaire du Mikado, Porto-Ricains et Portugais leurs saints et leurs madones; à tous, rÂméricain impose ses journées civiques, et le Thanksgiving day où Ton remercie la Providence de ses dons.

Sur les plantations, le contrat de travail, pratiqué d'abord par les Hawaïens, a été grandement perfectionné par les Chinois, puis par les Japonais. Par contrat, des compagnies de travailleurs s'engagent à amener une récolte à maturité, moyennant quoi les planteurs leur avancent un capital en espèces et en semences, les logent, les habillent, et leur payent une part du bénéfice net. Il est des contrats pour planter, pour défricher, pour irriguer les champs, pour construire des chemins de fer, pour couper les cannes et les charger; mais il est surtout deux formes générales, le contrat par acre et le contrat par tonne. Dans le contrat par acre, la plantation s'engage à fournir en moyenne quarante ou cinquante acres à une compagnie de dix travailleurs environ. La plantation promet de les loger près de leur travail, de leur fournir du bois, de Teau, les attelages et les chariots, les instruments aratoires, les semences, les engrais, et aussi par avance une certaine somme d'argent (environ de 10 à 15 dollars par vingtrsix jours de travail) sur laquelle elle prélève un intérêt. L'ouvrage fait, elle paye la somme totale qui est due à chaque travailleur, déduction faite de l'avance et des intérêts. En échange, l'équipe de travailleurs s'engage à accomplir les opérations spécifiées. Ses obligations sont analogues dans le cas du contrat par tonne, qui des deux est le plus fréquent ; mais le paiement est alors basé sur l'importance de la récolte : en moyenne,

68 AMÉRIGAINfi ET JAPONAIS

la plantation paie i dollar par tonne, la canne étant prise au sortir de terre et amenée à maturité.

L'avantage de ce système de participation aux bénéfices est d'assurer une main-d'œuvre suffisante, de la garantir contre les grèves et les troubles. Il permet l'emploi d'ouvriers moins nombreux, en les excitant à produire; il convient à la culture du sucre sur de larges plantations. Un travailleur par contrat gagne plus d'un dollar par journée de travail effectif.

La plupart des équipes qui cultivent par contrat sont japonaises; mais, proportionnellement au nombre des travailleurs sur les plantations, les Chinois plus encore que les Japonais acceptent ce système. Les Portugais ne s'entendent pas assez bien entre eux pour former de telles compagnies, et les Porto- Ricains en sont encore à les essayer, tandis que l'habitude et le goût de la vie en commun y ont de tout temps préparé les Asiatiques. Â travailler par contrat, ils affinent leur sens inné de l'association ; ils gagnent la pratique des affaires commerciales, l'habitude de manier de l'argent et, aussi des habitudes de discipline et de responsabilité : ce système plutôt que la forme simple du salariat dresse ces coolies à une forme supérieure de vie et d'ambition. A la concentration des capitaux blancs, les Asiatiques soht naturellement préparés à opposer la concentration des salariés. Souvent les Chinois et les Japonais, sous-contractants sur une plantation, sont en môme temps boutiquiers et vendent à leurs compatriotes. Les planteurs, qui ont des magasins où leurs employés peuvent s'approvisionner, tolèrent la concurrence de ce boutiquier chinois ou japonais parce

que c'est son intérêt, pour se garantir une clientèle stable, d'assurer à la plantation une main-d'œuvre stable.

Après cinquante années d'expériences et de sacrifices pour assurer à King Sugar cette main-d'œuvre suffisante et stable, il apparaît que le problème est encore à résoudre. En attirant sans cesse, hors de l'inépuisable marché d'Asie, des coolies bon marché, la fortune de l'industrie sucrière a retardé dans les îles la formation d'une main-d'œuvre permanente : pour les planteurs eux-mêmes, aux intérêts de qui pourtant tout a été sacrifié, c'est encore l'insécurité. A la rigueur, la main-d'œuvre actuelle est suffisante : l'arrivée de quelques milliers de Coréens, depuis 1904, a comblé les vides laissés par les Chinois et les Japonais. Mais cette main-d'œuvre est toujours nomade : dans les champs il n'y a pas plus de 50 p. 100 des Asiatiques mâles ; les autres sont attirés par des métiers plus qualifiés ou quittent les îles pour la Californie. Au surplus, il n'est pas bon qu'une seule nationalité domine. A consulter les tableaux des nationalités sur les plantations de 1892 à 1905 et des occupations par nationalité pour 1905, on' voit que les Japonais y représentent 66 p. 100 des forces ouvrières :

AMÂRIGAINS ET JAPONAIS

NATlONXLITi

Européens et Américains

Chinois. . .

Coréens . .

Hawaïens .

Japonais. .

Porto-Ricains.

Portugais .

Nègres et Insulaires du Pacifique sud

Total

Pour

cent

en 1905

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