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16.73 p. 100 Chinois. Du 1" juillet 1900 au 31 décembre 1905, la population chinoise a baissé de 6810 personnes (9473 départs contre 2 663 arrivées); la population japonaise de 4284 (42313 départs contre 38029 arrivées). Enfin les Coréens sont venus au nombre de 7394. En 1903, les Japonais étaient 68042; en 1905, ils n'étaient plus que 59645. La guerre durant, le gouvernement n'autorisait pas l'émigration, et beaucoup de Japonais qui étaient fixés aux Hawaï sont revenus au Japon ^ En 1906 l'immigration des Japonais a repris aux Hawaï : 6410 de janvier à juin, 11 714 de juillet à décembre, plus 1 000 qui se sont rendus dans les îles sans passer par les Compagnies japonaises d'émigration*. De 1900 à 1905, toutes les races, autres que les Asiatiques ne se sont accrues par immigration que de 1 726 personnes. Ce gain est compensé et annulé par le retour aux États- Unis d'un grand nombre de Blancs.

Aux Hawaï, la majorité de la population est donc asiatique, japonaise en grande partie. Les Japonais, au contraire des Blancs, y viennent volontiers. Honoloulou est plus proche du Japon que de tout port de l'Europe ou de Test des États-Unis; le voyage par mer, sans transbordement, est moins coûteux.

1. Seiko f mai 1906, cité par Shinkoron, juin 1006. Article de M. SaitoKan, consul général du Japon à Uonoloulou.

2. Tokyo Keizai Zasshi, 26 janvier 1907. Cet afflux de Japonais explique l'augmenta tion des immigrants à Honoloulou pendant Tannée Ûscale 1906-1907 : 24531 contre 9380 Tannée précédente.

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Enfin les Japonais, venant presque tous sans femmes ni enfants, sont particulièrement recherchés des planteurs. Car si les planteurs et le gouvernement se sont toujours entendus sur la nécessité de créer artificiellement une immigration, sur deux points leurs intérêts différaient. Les planteurs désiraient des hommes seuls, le gouvernement des familles. Si la main-d'œuvre d'Asie est moins coûteuse que la maind'œuvre d'Europe, c'est non pas que les Asiatiques rendent des services beaucoup plus grands en proportion de leurs salaires, mais c'est qu'ils viennent de moins loin et qu'ils amènent rarement leurs familles ^ Des Portugais importés, 65 p. 100. étaient des femmes et des enfants ; 19 p. 100 seulement des Japonais étaient des femmes ou des enfants. Un coolie japonais coûtait 88,75 dollars à importer; un Portugais 266,15 dollars^ y compris le passage des gens non-producteurs de sa famille. Sans doute, le Portugais, qui se fixe dans les îles et qui y élève ses enfants, représente à la longue une valeur plus grande pour la communauté que le Japonais qui, à l'expiration de son contrat, retourne dans son pays. Mais choisir les Asiatiques était une économie immédiate, et les planteurs allèrent à l'économie immédiate. Voilà pourquoi la majorité de la population est aujourd'hui asiatique.

Le Chinois représente le plus ancien élément de la population ouvrière aux Hawaï. Quand il apparut

1. En 1900 la population mÂle ayant dix-huit ans et au-dessus était dans les tles de 85 136. La proportion des Asiatiques était prépondérante : 19 661 Chinois, soit 23,13 p. 100; 43 753 Japonais, soit 51,39 p. 100. En 1906 sur 18 024 immi^ants japonais, il n*y avait que 732 femmes, soit 4 p. 100.

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comme coolie en 1852, son nom était déjà connu et respecté, car depuis longtemps la Chine était bonne acheteuse de bois de santal, principale richesse du pays. Au début il vint peu nombreux, défricha la terre, nivela des rizières, profita de la prospérité des îles pour accumuler des propriétés, prit femme parmi les indigènes, apprit leur langue, et devint un commerçant d'importance. Bref ces premiers Chinois réussirent. Comme leur nombre croissait, tandis que les indigènes disparaissaient et que la colonie blanche des résidents ne s^augmentait guère, dès 1883 on s'opposa à leur importation, et comme les Japonais commençaient d'arriver, une loi locale en 1887 et 1888 exclut des îles, pour un temps, les coolies chinois. Toutefois, chaque année, on permit Tadmission d'un nombre limité de domestiques et de travailleurs enregistrés et surveillés; chaque mois les patrons devaient verser une partie du salaire au gouvernement pour payer le retour de ces coolies en Chine à l'échéance de leurs contrats. De 1894 à 1896, leur nombre sur les plantations s'est beaucoup accru. Après l'annexion aux États-Unis, la loi fédérale excluant les Chinois fut appliquée; ceux qui étaient jeunes et vigoureux sont repartis, laissant surtout les joueurs, les fumeurs d'opium, et les vieillards qui ne peuvent trouver l'argent pour retourner chez eux. Comme, d'autre part, les rizières, que des Chinois ont créées dans Oahou et Kaouaï, attirent la main-d'œuvre chinoise qui y est mieux payée que sur les plantations de sucre, ceux qui restent au service de King Sugar sont de pauvres hères détériorés qui ne ressemblent guère aux bons Chinois d'autrefois.

ABliRIGAINS BT JAPONAIS

Dès que rimmigration chinoise fut entravée, les Japonais commencèrent de venir en masse et on les accueillit volontiers. Le Chinois étant rejeté parce qu'il prenait le meilleur dans ce mélange de races, on eut intérêt à accueillir les Japs qui, par leur couleur, leur boa marché, leur force de résistance, ressemblaient aux Chinois. L'alternance de ces deux immigrations chinoise et japonaise fut très régulière. Avant 1883, alors que les Chinois venaient librement, point de Japonais. En 1886, rimmigration chinoise étant restreinte, les Japonais commencèrent d'arriver. De 1894 à 1896, tandis que les Chinois débarquaient nombreux, arrêt de l'immigration japonaise. A partir . de 1898, année où les Chinois sont exclus, les Japonais reviennent. Maintenant que sur le terrain sarclé de Chinois, le Japonais foisonne, les planteurs regrettent le Chinois : ils voudraient qu'une nouvelle immigration chinoise vînt neutraliser les Japonais. Ce serait un avantage que d'avoir ainsi la main-d'œuvre divisée entre les deux nationalités asiatiques. A choisir, beaucoup préféreraient encore le Chinois, car ils n'ont pas oublié leurs difficultés avec les Japs au temps de l'annexion. Les planteurs, les marchands, les employés supérieurs des plantations demandent qu'on revienne à la tolérance de la loi locale de 1887-1888. Les Chinois importés en nombre limité ne prendraient la place d'aucun travailleur, ils rempliraient les places vides. Mais les résidents européens et américains, qui ne sont pas des ouvriers et qui sont arrivés récemment de la Californie ou d'Australie, les ouvriers blancs et généralement tous les indigènes s'opposent à tout accroissement de la population jaune; ils sont

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plutôt d'avis d'exclure aussi les Japonais. Ils rappellent tous les cas où les Chinois et les Japonais, loin de rester confinés aux gros travaux, ont, par leurs bas salaires, supplanté les Blancs dans les métiers qualifiés de la plantation. Rien ne dit qu'après l'arrivée des Chinois, les Japonais ne seront pas renvoyés des plantations, et qu'alors cette main-d'œuvre disponible ne viendra pas concurrencer dans les îles et aussi sur la côte californienne les ouvriers blancs.

Pourtant les planteurs insistent : la présence de Chinois, neutralisant les Japonais en cas de disputes et de difficultés, rendrait la main-d'œuvre plus maniable et la discipline plus aisée. Les Japonais, sentant qu'ils dominent le marché du travail, font les matamores, sont insolents, indisciplinés, toujours prêts à se quereller avec le patron. C'est un travers de leur race qu'une vanité enfantine, à la fois personnelle et patriotique. Il est très difficile de les mener; pour un rien ils se cabrent; les directeurs et contremaîtres sont obligés de les flatter, de les cajoler. Le Chinois, au contraire, sauf pendant quelques crises d'hystérie incompréhensibles où il joue du couteau, est un admirable automate qui va doucement, sûrement, sans à-coups. Il apparaît comme le seul antidote contre la sursaluration japonaise.

Ce n'est pas que le Japonais soit sans qualités : propre sur lui et chez lui, il est vigoureux, plus énergique que le Chinois et n'a pas besoin, comme le Porto-Ricain, d'une prime pour faire son travail; il est doux aux animaux qu'il soigne bien. Au contraire du Chinois généralement conservateur, il est curieux de nouveautés, s'habille à l'européenne, porte une

montre, est toujours prêt à visiter de nouveaux pays et désireux de s'essayer à de nouveaux métiers. Le Japonais est petit mangeur; le Chinois dépense beaucoup plus pour se nourrir; par contre, pour son vêteinent et son logement, le Japonais est plus difficile : les Chinois préfèrent vivre en troupeau dans de larges baraques; les Japonais vivent par petits groupes dans des cottages, et il leur faut de Teau chaude pour le bain journalier.

Par contre les défauts des Japonais sont dangereux pour la communauté hawaïenne, car les coolies ne représentent pas le meilleur de la race japonaise, et Topinion publique, qui les déteste, est prompte à dénoncer leurs défauts. S'ils ont de la curiosité et une grande ambition d'apprendre, ils sont avant tout inquiets, d'une inquiétude de touche-à-tout; ils ne tiennent jamais en place : aussitôt qu'ils sont sur une plantation, ils songent à la quitter, à acquérir un nouveau métier, à retourner au Japon ou plutôt à partir en Californie. Ils sont orgueilleux, violents, peu sûrs en aiFaires. Les Chinois tiennent parole : il est rare qu'ils rompent un contrat, même s'il tourne à leur désavantage, tandis que le Japonais, s'il voit qu'il perd au marché, s'en va et laisse le manager en plan. Beaucoup de Chinois sont constants ds^ns leurs affections domestiques ; avec eux ils amènent généralement leurs familles; si on les laissait faire, ils ne demanderaient qu'à s'établir définitivement. Leurs enfants, purs Chinois ou mi-Chinois mi-Hawaïens, sont un bon élément qui très vite s américanise. Ils coupent leurs queues, parlent l'anglais, s'habillent comme les Blancs, jouent au foot-ball et vont en tenue de soirée à des fêtes où les Blancs dominent. Ceux qui retournent

en Chine partent avec des horloges, des lampes, des machines à coudre et des habitudes yankees.

La morale privée des coolies japonais choque les autres races des îles ; on les accuse de manquer de pudeur, de vivre dans un état de nature qui méprise les conventions et les mœurs occidentales. Pour eux le mariage est simplement une affaire : des femmes envoyées par des amis ou des agents arrivent à Honoloulou pour rencontrer des maris qu'elles n'ont jamais Vus; encore plus qu'au Japon, le divorce est d'usage. Au reste, jusqu'à ces derniers temps, peu nombreuses étaient les femmes parmi les immigrants japonais. Le coolie, amené par contrat, venait seul ; depuis que l'immigration est libre, les femmes commencent de débarquer. Jusqu'à présent les Japonais forment une population de nomades ; ils ne se mêlent guère à la vie sociale et politique, vivent sans relations avec la population permanente, n'achètent pas de terres et passent dans les îles comme des gens en excursion. Chose grave pour la population américanisée, les Japonais n'y ont ni vie de famille, ni Ao/ne, et restent en marge de la société. Menant une vie de clan et sans rapports avec les Blancs, ils les volent rarement et rarement les attaquent. Ils ont l'idée qu'il faut respecter les lois et les citoyens du pays étranger où ils vivent; par contre, ils pensent avoir le droit de traiter à leur guise ceux de leurs compatriotes avec qui ils ont un compte à régler.

C'est qu'en dépit du costume et des manières qu'ils adoptent très vite, leur américanisation est à fleur de peau-; à l'étranger ils restent les sujets soumis du Mikado etn'oublient pas leurs paysages japonais; leur nationalisme agressif les empêche de s'installer défini-

tivement sur une terre étrangère, — au contraire des Chinois qui, par millions, se fixent dans tous les pays autour du Pacifique. Les Japonais des Hawaï importent chaque année du Japon, pour se vêtir et se nourrir, environ 6 millions de francs, de riz, de cotonnades, de poissons secs, de légumes, de shôyu et de saké*. Le riz pousse aux Hawaï; cependant les Japonais, malgré un droit d'un sou par livre, préfèrent importer leur riz du Japon : affaire de goût, — car le riz japonais a une saveur propre et contient une plus large proportion de gluten, — mais aussi preuve de fidélité au terroir.

Lesémigrants japonais, à aucun moment, ne cessent d'être surveillés par leur gouvernement, et comme le gouvernement entend qu'ils conservent des obligations envers leur pays, il se reconnaît des devoirs envers eux. Il est insupportable à l'orgueil du Japon de se voir représenté à l'étranger par de mauvais citoyens; leur humiliation l'humilie, et il a pitié aussi des épaves japonaises, qui dérivent en pays lointains. Aussi jusqu'en octobre 1906 une loi de protection des émigrants exigeait-elle de chacun, pour qu'il pût quitter le Japon, qu'il eût un répondant, soit un individu payant un certain cens, soit une corporation '. Trente-quatre compagnies d'émigration s'étaient formées, auxquelles le gouvernement confiait le soin non seulement de choisir les émigrants, mais encore

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