Third Report on Haivaï, p
2. Voici, résumé en un tableau, d'après les renseignements de 1 Osaka Asahi du 20 mars 1907, le bilan des forces japonaises en Californie. Il ne faut pas accepter ces chiffres comme défînilifs. Outre qu'une telle statistique, qui n'a rien d'officiel, n'est pas aisée à établir, VOsaka Asahi la produit pour protester auprès du gouvernement japonais contre toute mesure qui tendrait à réduire l'immigration japonaise aux États-Unis et à compromettre ainsi la prospérité des entreprises japonaises. Toutefois il est intéressant de connaître ces chiffres fournis par un des journaux leâ
AMBRIGAINS ET JAPONAIS
nombre de fermes et le nombre de fermiers japonais tient à ce que plusieurs de ces fermes sont possédées ou louées par un groupe de fermiers*...
A Vacaville, 5 Japonais possèdent des vergers d'environ 200 acres chacun. 60 Japonais louent des ranches et un individu n*en loue pas moins de 3. A Fresno, 25 Japonais environ possèdent des fermes d*au moins 20 acres : Tune a 320 acres et deux ont respectivement 160 acres. 25 Japonais louent des vignobles de 60 acres en moyenne. Depuis 3 ou 4 ans, autour de Fresno, ils sont les maîtres et les arbitres en toutes matières se rapportant à la culture et à la cueillette du raisin '..^
Dans la région de Bakersfield, les Japonais se sont implantés, il y a quinze ans, et ont travaillé à des prix dérisoires. Ils ont non seulement déplacé les Blancs mais écarté tous les travailleurs chinois. Ils louent des potagers, puis en deviennent propriétaires. La plupart des potagers de Bakersfield sont entre leurs mains. La grande compa-
plus influents du Japon, au moment où le public pense que les restrictions à rimmigration japonaise sacrifient une situation acquise :
Argent envoyé
au Japon
par
les émigrants.
Argent déposé
dans les banques.
Nombre des Japonais en Californie.
Nombre
des magasins
japonais.
Nombre
des auberges
japonaises.
Nombre
des restaurants
japonais.
Nombre des banques japonaises.
Hropriétés japonaises
Propriété;!
lonôes par des
Japonais
Terres coitt-
vées par des Japonais.
yen
yen 4666000
acres
acres 19 985 35 258 41855
1. Cet argent n'est pas envoyé seulement par les Japonais de Calirornia mais encore parles Japonais de l'Utali, de Nevada, d'Arisona, de Wyoming et du Colorado. iO raillions sont passés par le Vokoluima Specie batik et quelques autres banques étrangères ; 3 millions ont été expédiés par mandat-poste.
1. Art. de M. Kawakami, gradué du Tôkyô Collège of Imw, dans The Indépendant»
2. Report of the Bureau of labor Statistics, 1906. State of Galifornia.
gnie des fruits n'accorde aucune aide aux entreprises des Blancs, mais possède de grands intérêts dans les entreprises japonaises qu'elle soutient. Voilà pourquoi ces entreprises se sont prodigieusement développées *.
Du côté de Santa Rosa, un riche Japonais, propriétaire de vignobles où travaillent des Japonais, est appelé « le Baron » ; tel autre est « the Potatoe King », et emploie continûment plus de 100 Japonais 2.
Même esprit d'entreprise, même réussite, dans les villes, chez les commerçants et capitalistes japonais. A Seattle des marchands japonais tiennent des établissements fort importants. L'un d'eux', M. Hattori, est membre de la Chambre de commerce. A Portland, M. Ban est entrepreneur de travaux de chemins de fer... A San Francisco,
1. Rapport du Bureau of Labor de Californie (1006), cité par VOsaka Asahi du 20 mars 1907. Cf. p. 148, les projets formés par M. Kinzaburo Gada d'installer 1 000 fermiers japonais sur ses terres du Texas. Au Texas toujours, plantations de M. Onlshi Rihei : « 11 est actueUement au Japon où il cherche trente familles pour le suivre en Amérique », de M. Mayumi, près de fieaumont. « A Lufkin (Texas oriental), M. Endo Otokichi fait venir des Japonais des îles Hawaï... Dans le Texas occidental M. Okasaki Tsunekichi cultive le coton et la canne à sucre », etc. {Tôbei Zasshi; 10* année; n* 7. Art. de M. Katayama Hisomu, cité par Shinkorony mars 1906). Voici le récit d'un planteur qui a réussi : « Durant les quatre dernières années, je me suis habillé pauvrement et me suis coiffé de misérables chapeaux. J'ai parcouru les plaines non cultivées. Quoiqu'il arrivât ailleurs, je n'y prêtais pas attention. Mon corps et mon cœur ont été consacrés entièrement à la culture du riz. Comme cette culture c'était toute ma vie, je suis, des vingt-quatre personnes qui jusqu'ici l'ont pratiquée, celui qui a le mieux réussi. C'est parce que j'ai mis la main à la besogne et de toute mon énergie. » (La Culture du Riz au Texas, par Nishiwasa Seito. Jitsu gyo no Nihon, 15 mars 1907.) Les journaux de ces derniers mois renseignent très souvent le public sur les entreprises des Japonais en Amérique, citent surtout leurs réussites, encouragent et félicitent les initiatives.
2. Tôbei Zasshi. Article de M, Katayama llisomu, cité par Shinhorout avril 1906.
M. Domoto possède une importante maison de détail qui fait plus de 250 dollars d'affaires par jour *.
...Ces temps derniers, les Japonais ont commencé de s'occuper d'affaires industrielles. Une compagnie japonaise de San Francisco, la Kangyosha, entreprend des travaux de construction de chemin de fer : elle est la seule concessionnaire des 60 milles du railway de la Yosemite valley. A Seattle et à Portland, d'autres entreprises japonaises emploient plus de 3 000 ouvriers japonais '.
Le tremblement de terre et le feu à San Francisco, loin de nuire aux commerçants japonais, les ont servis.
Il existe aujourd'hui cinquante magasins d'épiceriemercerie à San Francisco. Depuis le tremblement de terre, dix maisons nouvelles se sont fondées. Sauf une, toutes font de bonnes affaires. Immédiatement après le tremblement de terre, les loyers augmentèrent. Les commerçants japonais, aux vues larges, payèrent des loyers plus élevés que les Am éricains, et signèrent des baux à long terme. Malgré les dégâts, la vente des objets japonais n'a pas cessé d'augmenter depuis la fin de l'année dernière. Le peuple a été obligé de remonter son ménage détruit par la catastrophe. Somme toute, le tremblement de terre a été pour les magasins japonais un événement heureux : il a dérangé les transactions commerciales ^,
Ainsi, une classe riche de Japonais, analogue aux riches Chinois des Straits settlements, commence de diriger vers les États-Unis ses capitaux. Le club
1. Tôbei ZasshL Je dois la traduction de cet article et de beaucoup d'autres articles japonais cités dans ce volume à M. le Boulanger.
2. Shinjin (février 1006), art. de M. Rozaki Hiromichi, reproduit dans Shinkoron de mars 1006.
3. Mita Shogyo Kai, III, 6. La Prospérité des Magasins japonais de San Francisco, par M. Ueno Kisaburo, consul du Japon à San Francisco.
japonais de San Francisco est fort opulent. Plus vite qu'aux Hawaï, où ils sont plus nomades, les Japonais en Californie achètent des terres, lancent des entreprises. M. Ishii, directeur du service commercial au ministère des Affaires étrangères et qui fut chargé en 1907 d'une longue enquête officielle sur la situation de ses compatriotes aux États-Unis et au Canada, a pu dire que la question japonaise en Amérique n'est pas seulement une question de coolies et de main-d'œuvre mais encore une question de capitalistes et de propriétés. Les acquisitions foncières des Japonais inquiètent assez l'opinion pour qu'au début de mars 1907 la seconde Chambre de la Législature californienne ait voté une loi prohibant la tenure des terres par des étrangers pour plus de cinq ans, à moins que ces étrangers ne se fassent naturaliser. Comme les Japonais, même s'ils le veulent, ne peuvent devenir citoyens américains, la propriété foncière et permanente leur eût été défendue, si la mesure n'avait été rapportée à la demande du président Roosevelt, en échange des restrictions mises à l'émigration.
Équilibrer les Japonais par des Chinois, n^eutraliser leur influence, en laissant rentrer les Chinois aux États-Unis, telle est la solution des capitalistes californiens : c'est aussi la solution des planteurs hawaïens. Mais le président Roosevelt a proclamé très haut que la formation d'un nouveau servage jaune, au profit de Blancs aristocrates qu'il ne tolérerait pas aux Hawaï, d'où on ne peut maintenant exclure les Jaunes sans ruiner King Sugar, il la tolérera encore moins en Californie où les Blancs sont la grande majorité.
AMÉRICAINS ET JAPONAIS. it
Qu*il s'agisse d'immigrants japonais ou d'immigrants, chinois, les unions d'ouvriers blancs ne font pas de distinction : elles sont aussi énergiques à s'opposer aux uns qu'aux autres et Topinion cohérente et violente de cette minorité s'impose à la majorité qui, même si elle n'est pas du même avis, n'ose protester publiquement.
Est appelé coolie tout concurrent oriental, et toute concurrence orientale signifie réduction de salaires et réduction générale du standard of livîng. Entre Chinois et Japs, il est des diiTérences, mais pour les unionistes ils se ressemblent en ce qu'ils peuvent vivre à très bon marché et, par suite, sont également dangereux. Les Japonais ne sont pas encore assez nombreux pour créer un péril, mais leurs possibilités d'immigration sont grandes. De 1854 à 1882 (date de l'exclusion), il débarqua en vingt-neuf années aux États-Unis 280 321 Chinois, un peu moins de 10 000 par an, en moyenne*. Or, depuis 1900, il arrive plus
de 10 (KK) Japonais par an ; Timmigraiion japonaise se ^
présente tout comme jadis l'immigration chinoise. ^.
Avant que la Californie soit envahie, il faut aviser.
La situation n'est pas exactement en Californie ce qu'elle est aux Hawaï. Aux Hawaï, autour d'une culture tropicale, en un climat semi-tropical, il n'y a jamais eu de lutte sérieuse entre les Blancs trop peu nombreux et les foules jaunes; en Californie, au climat et aux cultures tempérés, les Blancs, en majorité, ne le céderont point sans lutte aux Japonais. Mais la lutte les inquiète. Perdre une situation prépondérante en Californie serait plus douloureux pour les Blancs que de n'avoir jamais pu l'acquérir aux Hawaï.
La concurrence que les Japonais font aux petits fermiers des Hawaï pour le sucre, le café, les bananes, les ananas, ils la font aux petits fermiers de Californie pour les primeurs, les fleurs ou les fruits. Et, curieux de nouveautés, ambitieux d'apprendre, ces Japs des Hawaï, aussi vite qu'ils peuvent, de l'état de coolies se haussent aux métiers qualifiés. Charpentiers, maçons, plombiers, ferblantiers ou peintres; tailleurs et cordonniers; cuisiniers, pâtissiers, domestiques, les Japonais ne laissent aux Blancs que le monopole des métiers les plus qualifiés; encore ne cessent-ils de progresser vers ces métiers, car ils sont toujours disposés à recevoir les conseils et à exécuter les ordres des Blancs dédaigneux du travail manuel et soucieux surtout de concevoir et diriger '.
En Californie, l'évolution est parallèle; les progrès japonais sont les mômes, moins marqués peut-être,