Cf. pp. 230 et
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question de rémigraiion est virtuellement réglée. Le Japon se conformera aux désirs de TÂmèrique sans nuire aux intérêts japonais : le Japon est très peu disposé à voir ses nationaux quitter le pays. » Enfin M. O'Brien, ambassadeur américain à Tôkjô, confirmait ces promesses : <c Le gouvernement japonais examine Topportunité de couper complètement rémigration aux États-Unis et au Canada. »
11 fallait bien que le Japon fit quelque chose pour ce problème américain, grossi d'un problème canadien. Puisqu'il refusait de modifier les traités existants et de consentir à un accord écrit, force lui était de prendre lui-même des mesures. Sinon il risquait de froisser l'Angleterre et, par son attitude intransigeante, de fortifier et d'unifier les griefs canadiens et américains.
Nous sommes une nation pacifique et si Fimmigration des Japonais au Canada met en danger la paix pul^lique, nous n'hésiterons pas à interdire Témigration en ce pays... Les haines de race ne font pas honneur au Canada. Nous croyons que les émigrants japonais contribueraient à la prospérité du Canada, en développant ses ressources, mais si la paix est troublée il vaut mieux empêcher notre peuple d'émigrer ^
Les mesures annoncées sont de deux sortes : réforme des compagnies d'émigration, limitation du taux des départs pour les Hawaï. Jusqu'ici ces compagnies devaient remettre au gouvernement un quart de leur capital en garantie de leur bonne foi, et le nombre des émigrants que chacune pouvait envoyer était déter-
1. J\ii Shimpo, Bditorial, novembre. C'est un Joarnal semi-officieux.
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miné d*après le montant de ces dépôts. Il fut décidé ^ que chaque compagnie, petite ou grande, devrait déposer 50000 yen avant la fin du mois d'octobre 1907 *.
Quant aux départs vers les Hawaï, le Japon est résolu à les limiter.
Le comte Hayashi a télégraphié au consul japonais à Honoloulou qu'à partir du i«' février 1908, seuls auront le droit d'émigrer aux Hawal les Japonais y retournant, et les proches parents de ceux qui y sont déjà arrivés.
Le ministre a annoncé aussi en janvier 1908 que son gouvernement a Tintention d'exercer une surveillance rigoureuse sur les Japonais qui se rendent à San Francisco comme étudiants, — beaucoup de travailleurs se parent de ce titre, — et de défendre rémigration vers le Mexique. Le gouvernement japonais a-t-il donc pris son parti de couper toute émigration vers l'Amérique du Nord?
Ce n'est pas la première fois qu'il prétend réformer les compagnies dont les exactions ont fait scandale, même au Japon, et qu'il déclare préférer à l'hémisphère Ouest, comme champ de colonisation, la Corée et la Mandchourie. Depuis 1901 il fait, dit-il, tous ses efforts pour empêcher les départs aux États-Unis; mais ce n'est qu'en 1907 qu'il s'avise d'arrêter le courant sur les Hawaï dont dérivent, au su de tous, les courants sur les États-Unis, le Canada et le Mexique.
1. Japan.Weekly Chronicle, october 1907. « Les compagnies d'émigration Sendai Imin, Kaigai Doko, Nankai Imin, Kumamoto Imin et les deux agents d'émigration MM. Takago Raroku et Omi Seiko n*ayant pu faire le versement exigé, ont dû suspendre leurs affaires le 2 novembre. »
Pourquoi avoir tant tardé? Et qu'attendre désormais des promesses japonaises? Les chiffres de l'immigration japonaise aux États-Unis, depuis 1901, depuis une année surtout, suggèrent aux Américains ce dilemme : ou bien le gouvernement de Tôkyô a pris réellement les mesures qu'à maintes reprises il a annoncées, et les faits accusent son impuissance, ou bien il n'a pas tenu sa promesse et comment le croire davantage en janvier 1908*?
Admettons que le gouvernement japonais soit de bonne foi dans ses promesses. Il refuse de se lier par traité ; il restera juge du nombre de passeports à délivrer. Toutefois, malgré cette satisfaction d'amourpropre, empêcher ses émigrants d'aller dans l'Amérique du Nord, n'est-ce pas accepter que ses sujets soient traités en Amérique autrement que les immigrants européens? Se résignera-t-il toujours à ce
1. Dans le même Japon Weékly Chronicle, qui énumérait quelques jours auparavant les très sévères restrictions apportées aux départs pour les Hawaï, on lit, le 24 octobre 1907 : « VOfficial Gazette annonce que la demande faite par Tagent des Chargeurs réunis à Yokohama de transporter des émigrants japonais par VAmiral Exelmans est accordée, flonoloulou est leur destination; la durée du voyage entre Kobé et Yokohama est fixée à trente-six heures, entre Yokohama et Honoloulou à quatorze jours. Le nombre des émigrants par voyage ne doit pas dépasser 1 000. Cette permission du 20 octobre est valable jusqu^au 19 novembre. » Ainsi, en novembre 1907, au moment où il parlait de supprimer les départs pour les Hawaï, le gouvernement japonais emplissait encore de coolies le réservoir hawaïen. Et la récente interdiction de partir aux Hawaï n'est pas aussi absolue que la première déclaration du comte Hayashi le laissait croire : pour janvier 1908, 23 compagnies d'émigration ont eu Tautorisation d'envoyer chacune aux Hawaï 11 émigrants, soit 253 émigrants qui peuvent emmener avec eux leurs femmes et leurs enfants de moins de douze ans. Cf. pp. 105-106.
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sacrifice de son prestige? Sa concession n'esi-eile pas seulement temporaire?
Jusqu'ici l'émigration vers les HawaI et les Amériques a été encouragée officiellement; TÉtat japonais ^ avait intérêt à la fondation de Shin Nihon, de Nouveaux Japons qui, gardant leur loyalisme à Tégard du Mikado, promouvaient outre-mer Tinfluence de Daï Nihon. Chaque année les émigrants envoyaient au pays, par millions, leurs économies. Cette émigration, entreprise depuis dix années environ pour des raisons' d'État, peut-elle être arrêtée tout d'un coup pour des raisons d'État? Même résolu à entraver définitivement tout départ vers les Amériques, le gouvernement japonais est-il resté le maître absolu du mouvement?
Certaines irrésistibles forces continueront de pousser les coolies vers les États-Unis : densité de population, développement de l'industrie au Japon, exemple de l'émigration européenne, élan que donne la victoire, idée d'une mission nationale, désir d'aventurés et d'expériences nouvelles, certitude d'emplois sans la concurrence des Chinois, attrait de salaires bien plus élevés que ceux que l'on peut gagner en Corée, en Mandchourie ou au Japon; popularité du mouvement vers l'hémisphère Ouest, mouvement acquis et qui de lui-même s'accélère — ceux qui ont réussi dans les Amériques faisant venir leurs parents et amis — ; assurance qu'on a besoin d'eux aux Hawaï, dans l'Ouest canadien et américain, dans les pays d'Amérique du Sud; enfin volonté orgueilleuse, du moment qu'on s'oppose injustement à leur venue,