Osaka Shimpo, 24 mars
aux ouvriers indigènes; les salaires seraient devenus exor^ bitants, la main-d'œuvre d'une extrême rareté, les grèves innombrables : c'eût été un désastre pour le pays. Les travailleurs blancs seraient les premiers à subir les terribles effets de cette calamité, ils partageraient la détresse des capitalistes et ce ne serait que justice i.
Génies bienfaisants des terres américaines, qui sans eux resteraient désertes ; génies conciliateurs du capital et du travail blancs, qui sans eux consommeraient leur ruine commune : comment les Japonais n'essaieraient-ils pas de faire entendre raison à cette Amérique que Torgueil mène à sa perte?
Ce qui fait la force de leurs prétentions, c^est que Touest de TAmérique, à peine peuplé, est à occuper et que la lutte de classes entre capitalistes et prolétaires y est particulièrement âpre, vu les richesses énormes à exploiter et le manque de bras. Le conflit entre Américains et Japonais est permanent parce qu'en son fonds il repose sur une querelle entre Blancs. C'est la lutte de classes qui en Californie crée la lutte des races. Le coolie a un allié naturel dans le capitaliste blanc et un ennemi jiaturel dans le Blanc prolétaire. Le défaut de l'adversaire ainsi éprouvé, les Japonais n'ont qu'à patienter : un déterminisme géographique et économique travaille pour eux; ils se croient sûrs du succès définitif : les capitalistes d'Occident ne sauraient refuser longtemps, pour des raisons sentimentales, d'acheter la main-d'œuvre, là où elle est le meilleur marché, et la plus docile, — en Orient.
1. Osaka 5/Umpo, 16 septembre : Le Travail à Tétranger des ouvriers japonais.
Quelle raison y a-l-il, observent les Japonais, de regarder cette concurrence entre ouvriers jaunes et ouvriers blancs, comme un fait nouveau, extraordinaire et qui réclame des mesures spéciales? C'est un phénomène naturel et que les Américains devraient accepter tout comme Ton s'incline dans tous les pays de civilisation industrielle devant la lutte entre Blancs non syndiqués et syndiqués : « La concurrence des travailleurs n'existe pas seulement entre les Asiatiques et les Blancs. Ce n'est pas chose rare qu'une violente querelle entre ouvriers jaunes ou entre ouvriers blancs*. »
Pourquoi dès lors la haine des ouvriers blancs à l'adresse des Jaunes est-elle différente et plus tenace que l'hostilité des syndiqués américains contre les immigrants européens, non encore syndiqués? — C'est que les Japonais vendent leur travail à bas prix et qu'ils envahissent les champs d'emploi du travailleur blanc. — Cela est absurde, répliquent les Japonais. N'est-il pas plus vraisemblable que nous cherchions à gagner les plus hauts salaires et que nous nous livrions aux besognes que délaissent les Blancs*?
Au vrai, estime-t-on au Japon, lesmotifs d'exclusion chez les Américains sont beaucoup moins d'ordre économique que d'ordre politique et sentimental. Les syndicats et leur égolsme ont lassé les gens sensés de San Francisco. L'heure est mauvaise aux gens de la municipalité qui, à la dévotion de syndicats, ont