‹ Américains et JaponaisChapitre 78 sur 99 · Tôkyô Keizai Zauhi, 3 novembre · texte numérisé non relu

Tôkyô Keizai Zauhi, 3 novembre

d5è AMISRIGAÎNS ET JAPONAIS

Une déclaration de guerre ne nous serait pas aussi sensible, écrivait le professeur Mitsurikî, doyen 'des sciences de l'Université de Tôkyô ; longtemps le Japon a eu à lutter pour garantir son droit à exister comme État indépendant et pour gagner sa situation présente dans le monde civilisé. Si maintenant son ancien ami, qui est presque responsable de ravoir engagé dans cette voie, lui tourne le dos en déclarant qu'il ne s'associera pas plus longtemps avec lui à termes égaux, le ressentiment doit nécessairement être très amer.

Toutefois le sentiment des Japonais que le monde pourrait interpréter comme une ingratitude une attaque contre un pays dont jusqu'à présent Famitié était pour eux un dogme, a grandement comprimé tout désir de guerre. Parcourons le livre d'or de cette amitié. En frontispice, la statue du Commodore Perry qui élevée au Japon, symbolise Tère nouvelle; comme préface, le traité qu'il signa à Kanagawaen 1854, première entente du Japon avec une puissance étrangère : le Japon moderne -en est sorti. Puis des portraits de bienfaiteurs : le premier diplomate américain, Townsend Harris, qui conseilla aux Japonais de fixer les droits de douanes à 5 p. 100 ad valorem^ droits que les pays européens furent obligés d'accepter; le rev. D' Verbeck, le D' Hepburn et d'autres Américains qui travaillèrent à l'éducation des jeunes gens. Et voici le dénombrement des bienfaits; chacune des grandes réformes japonaises : fondation d'écoles et de l'Université de Tôkyô; frappe de la monnaie selon le système décimal, essai du système des banques nationales, adoption de l'étalon d'or, postes, télégraphe, chemins de fer, téléphone, électricité, forme parlementaire du gouvernement, idées de liberté, forma-

lion départis politiques, jeu de base-bail, etc., autant d'emprunts et d'hommages à la civilisation américaine. L'ambassade et la grande mission japonaises de 1860 et de 1870 commencèrent leurs visites des pays étrangers par les États-Unis.

A Tactif des Américains un beau trait de désintéressement : des navires anglais, après avoir bombardé et détruit la ville de Simonoseki en 1863, levèrent 3 milions de dollars d'indemnité qui furent divisés entre les Puissances. Plus tard, l'enquête ayant prouvé que tous les torts en cette affaire n'étaient pas du côté japonais, les États-Unis retournèrent au Japon les 750 000 dollars qu'ils en avaient reçus. Puis, dixhuit années durant, c'est la comédie en trois actes de la revision des traités. L'Amérique, la première, est disposée à reconnaître au Japon une entière juridiction dans les ports ouverts, et, continuant envers le Japon ses habitudes de patronage, fait mine en 1876 de conclure séparément un traité qui sacrifiait à l'orgueil japonais les droits d'exterritorialité. Si ce « Bingham treaty » resta lettre morte, la faute en fut, non pas aux Américains, mais bien aux négociateurs du Mikado qui, au moment d'obtenir l'avantage qu'ils désiraient, se prirent à hésiter, et — scrupule de dernière heure — ajoutèrent une clause d'après laquelle le traité ne serait appliqué qu'au cas où les autres puissances concluraient des traités analogues. En 1887, reprise du projet : les États-Unis, toujours les premiers, sont encore prêts à le signer. Encore une fois, l'affaire échoua : l'opinion japonaise prit peur à l'idée du péril que pourrait créer une immigration étrangère. Enfin, en 1894, le gouvernement anglais s'étant laissé arracher un traité, les États-Unis le ratifièrent immé-

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diatement. Ainsi de 1876 à 1894, dans cette grande affaire de la diplomatie japonaise, le bon vouloir des Américains fut toujours évident — même à se laisser berner. Enfin, en dernière page du Livre d'or, Tacr cuéil fait à miss Roosevelt et au secrétaire Taft, en 1905 : les foules campagnardes aux gares, les cadeaux envoyés en reconnaissance des services rendus par les États-Unis pendant la guerre qui s'achevait.

Cette reconnaissance, mise à rude épreuve» fut néanmoins assez forte pour tempérer les sentiments antiaméricains :

Quoique nous ne puissions cacher notre mécontentement, nous continuons, ^ comme le comte Okuma me Ta dit, — à taire notre angoisse pour cette raison profonde que rAmérique nous a toujours témoigné la plus vive amitié depuis un demi-siècle... Nous sommes fort chagrinés que nos adversaires soient les Américains, à qui nous devons tant. Toutefois nous sommes rassurés par le fait que tous les torts se trouvent du côté américain et que les Japonais n^ont rien fait pour ne pas payer leur dette de reconnaissance... Notre diplomatie a paru jusqu'ici dans une position inférieure. C'est que dans le conflit noua avons conservé des égards pour une nation à qui le Japon était lié par une amitié ininterrompue de quarante années. Il n'est pas désavantageux de reconnaître que cette situation inférieure du Japon dans le présent conflit est due à Fobservance par le peuplé des principes du Bushidé ^

Les proclamations du Mikado, les hakkai de soldats japonais et Topinion du monde civilisé venaient d'attribuer la victoire du Japon sur le Russe au Bushidô, à cette « Voie des guerriers » qui donne honneur et

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