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Dans le projet de budget du Japon pour l'année fiscale

de tous les avantages, économiques, géographiques : les encouragements à la marine marchande atteignent

1907-1908, les dépenses ordinaires et extraordinaires de la guerre présentent une augmentation de 153510000 Arancs; celles de la marinade 110 940 000. Le déficit de Tannée financière 1907-1908 est de 480 millions de francs; l'augmentation des dépenses est surtout causée par les besoins de Farmée et de la flotte. Le Japon dépensera en sept ans 650 millions de francs pour augmenter sa puissance navale. Toutefois, le 17 novembre 1907, le Times disait qu'il y avait conflit entre les autorités militaires et navales du Japon et le ministère au sujet du budget de la guerre que Ton voulait- réduire pour éteindre les dépenses extraordinaires non productives, et le 6 décembre il annonçait que les autorités de Farmée et de la marine acceptaient une prolongation du délai dans lequel le programme extraordinaire doit être mis à exécution. A la fin de janvier 1908, le budget pour l'exercice 1908-1909 a été publié. Le montant des revenus ordinaires a été évalué à 1 milliard 190 millions de francs, alors que les dépenses ordinaires ne seraient que de 1 067 500 000 francs. Cet excédent de 122 500000 francs diminuera d'autant le recours aux recettes extraordinaires, qui seront ramenées ainsi à 350 millions, pour couvrir 472 500 000 fr. de dépenses extraordinaires. Le total des revenus et des dépenses est le même que celui du budget de l'année précédente; mais le budget pour 1908-1909 est plus sage car les revenus ordinaires permanents accusent un accroissement de 130 millions de francs (27 500 000 francs doivent résulter d'une majoration des impôts sur le saké, le sucre et le tabac d'un impôt nouveau sur rbuile d'éclairage) et les revenus extraordinaires subissent une diminution d'autant, tandis que les dépenses ordinaires augmentent de 37500 000 francs et les dépenses extraordinaires diminuent d'autant. On s'efl^orce ainsi de revenir à un budget normal. Le gouvernement a réussi à limiter le cbiffre des dépenses à 1 540 000 000 francs en «tournant à un exercice ultérieur certains crédits autorisés par la Diète, notamment sur les budgets de l'armée et de la marine. Ces réductions qui se montent à 300 millions de francs porteront principalement sur les années 1908-1909. Les plans restent les mêmes; seules les dates auxquelles la construction des navires de guerre et des armements doit être terminée ont été retardées. Bnfln on mande de Tôkyé au Times le 26 janvier 1908 qu'un fort parti se forme au Japon soutenu par la grande majorité de la classe commerçante et industrielle pour s'opposer à l'augmentation des armements et à l'accroissement des impôts.

dans le budget 1907-1908, U 004 534 francs ; on nationalise les chemins de fer du Japon, pour qu'ils soient mieux au service de F État; on améliore les chemins de fer de Corée et de Mandchourie pour relier le système japonais au transsibérien et aux réseaux chinois. C'est à plus d'un milliard 400 millions qu'il faut estimer les avances ou subventions consenties depuis la paix, soit à des banques, soit à des compagnies de navigation, à des sociétés industrielles ou commerciales par l'État et ses banques. Le gouvernement a compris que l'initiative chez une nation aussi disciplinée que le Japon appartenait à l'État, que la confiance créée par la victoire et que le désir de revanche, né du demi-échec de Portsmouth, rendaient le moment opportun pour développer les exportations et rétablir ainsi en faveur du pays la balance du commerce extérieur : l'avenir du Japon, à proximité des énormes marchés d'Extrême-Orient beaucoup plus riches que lui en produits naturels, est dans l'industrie et le commerce. L'intérêt que le gouvernement japonais tire des prêts qu'il consent est supérieur à l'intérêt qu'il doit verser pour ses emprunts intérieurs ou extérieurs; peut-être même l'État s'est-il réservé, dans les nombreuses entreprises qu'il aide de ses deniers, une part des bénéfices qui pourra l'aider à servir les intérêts de sa dette. Sur les 4 milliards 50 millions que l'État a déboursés pour solder les dépenses de guerre, 1 milliard 729 millions seulement sont allés à l'étranger; le reste, 2 milliards 321 millions sont restés dans le pays, et y créent des disponibilités. Le récent emprunt conclu à l'étranger par le gouvernement pour le chemin de fer sud-mandchourien, pourrait, en cas de crise, recevoir une autre destination.

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Les budgets japonais témoignent présentement d'un grand optimisme. Que d'ici quelques années de mauvaises récoltes et les faillites de quelques centaines d'entreprises trop hâtivement montées déterminent tme crise analogue à la crise' que valut à l'Allemagne son essor économique après le traité de Francfort, et les raisons financières seront peut-être alors plus efficaces qu'elles ne peuvent l'être maintenant, en pleine confiance, pour combattre, le cas échéant, le désir d'une guerre. On ne prête pas encore attention à l'énorme part de crédit qu'implique la prospérité. Il a fallu à l'Allemagne de longues années pour que sa situation économique et financière tempérât son ardeur à continuer sa fructueuse industrie de la guerre. Elle fut plus près de recommencer la guerre contre la France pendant les dix années qui suivirent sa victoire de 1870-1871 qu'elle ne l'a été réellement depuis.

S'il ne s'agissait que de la paix de l'Orient, les armements du Japon paraîtraient superflus. Quelle puissance militaire, sauf peut-être un jour la Chine transformée, pourra jamais en Extrême-Orient lui opposer des forces semblables? Pourtant le Japon se hâte d'augmenter ses divisions et de construire des cuirassés : est-ce au réveil de la Chine ou à l'ambition américaine qu'il songe?

i. A peu près en m6me temps que les États-Unis, le Japon a traversé une crise financière, mais beaucoup moins graye que la crise américaine. Faillite de trois ou quatre négociants en cuivre à Osaka; faillite de trois banques à Tdkyô; démission du baron Sakatani, ministre des Finances et de M. Yamagata, ministre des Ck)mmunications, voilà les signes les plus importants de Texagération du crédit dans les finances privées et publiques.

Ce n'est pas sa situation financière qui empêcherait le Japon de faire la guerre, mais en dehors d'une indemnité et d'une augmentation de crédit, que pourrait lui rapporter une victoire sur les Américains?

Le contrôle de Tisthme de Panama? Mais à supposer que les Japonais puissent l'obtenir par conquête ou négociations, mieux vaut laisser pendant dix années encore les Américains le percer à coup de millions. Et jamais l'Europe ne permettrait la substitution d'un contrôle japonais au contrôle américain ; elle exigerait l'internationalisation de cette porte du Pacifique.

Les Hawaï, point de relâche incomparable dans le Pacifique nord seraient de bonne prise. Mais pourquoi se hâter? Dans ces Havsraï que les Japonais ont conquises économiquement, le temps travaille pour eux; le nombre des enfants, qui y naissent et qui pourront demander la naturalisation américaine, leur donnera un jour l'influence politique. Qu'ajouterait à ces perspectives d'avenir une possession immédiate? Des risques sans doute. Plus proches d'un millier de milles de San Francisco que de Yokohama, les Hawaï à protéger seraient une cause de faiblesse pour l'Empire dont l'avantage présent sur les États-Unis vient du groupement de ses possessions.

Maîtres des Hawaï, les Japonais tenteraient-ils de bombarder quelques villes sijr le continent américain? Mais auparavant ils auraient dû détruire toute la flotte américaine ; les ports du Puget Sound seraient protégés contre des obus venant de la haute mer; San Francisco est encore à moitié renversée; les

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autres villes de la côte ne comptent guère. Les entreprises japonaises en Californie seraient ruinées par représailles. Pour contraindre les Américains à une paix humiliante et à une indemnité de guerre, il faudrait que les Japonais s'emparassent d'une portion du territoire américain. Autant Ton comprend une invasion lente de la côte américaine par leurs coolies, autant Ton imagine mal qu'ils puissent la conquérir par les armes. Ils n'ont pas la prétention de traverser les trois quarts du continent américain et d'aller dicter leurs conditions aux 45 millions d'habitants qui vivent à l'est de Columbus , centre de la population au recensement de 1900. A supposer qu'ils s'installent sur la côte californienne, combien leur fauçirait-il amener de troupes au travers du Pacifique pour empêcher qu'une poussée en retour, partant de l'hinterland américain, ne vînt les jeter à la mer? Les Américains, naturellement combatifs et qui ont toujours guerroyé avec courage et achs^rnement contre les Anglais ou entre eux, et en qui la Victoire sur les Espagnols a développé depuis dix ans l'esprit chauvin, se lèveraient en masse pour la croisade contre le Jaune. A supposer encore — pure invraisemblance — qu'ils fussent battus, on peut être sûr qu'avant dix années le réflexe de ce peuple, qui a 1^ nombre e( les richesses, serait terrible, irrésistible.

L'Alaska est la seule portion du territoire américain dont l'invasion armée serait praticable pour les Japonais ; les Aléoutiennes qui en commandent les abords ne sont qu'à 500 milles de la plus septentrionale des Kouriles japonaises. L'Alaska, par ses mines et ses pêcheries; est une terre de grandes richesses où les Américains ne pourraient transporter des troupes que

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par mer et dopt la prise justifierait peut-être, en cas de rétrocession, une indemnité de guerre. Mais Fescadre américaine, cp^çentrée à San Francisco ou dans le Puget Sound, serait à portée de prévenir un gros débarquement de troupes japonaises en Alaska et les Japonais ne pourraient y envoyer assez de soldats pour s'en emparer qu'après Qvoir détruit la flotte américaine et réussi à empêcher tout transport de troupes ennemies.

]Sn cas de guerre, les Philippines seraient pour les Japonais la proie \^ plus sûre, la plus proche et la plus utile : retirer aux Américains la seule base navale qu'ils ^iept à proximité du Japon et dans le Pacifique occidental, serait le premier coup à tenter. Voisines de Formose, les Philippines compléteraient au sud le chapelet d'îles japonaises qui, depuis les Kouriles au nord, s'égrène au-devant du coatinent asiatique; avec rindo-Chine, les Philippines sont, en Extrême-Orient, les dernières terres méridionales d'où les Blancs soient à déloger.

Les alarmes que sonnent les journaux américains depuis la victoire du Japonais sur le Russe, retentirent autrefois dans les jourpauiç espagnols après la victoire du Japon sur la Chine : entrevues d'officiers japonais avec des Philippins; explorations stratégiques des îles; visites de colonels d'état-major déguisés; repèrement de points de débarguemeut à Manille et dans la baie de Subie ; envpis d's^rmes par une junte de Philippins installés ^ Yokphama ou à Tôkyô ; prétendues assurances de protection données à ces Philippins par les Japonais. La plupart de ces nouvelles, aux temps du joug espagnol comme'de la règle américaine, furent inventées ou colportées par quelques

conspirateurs qui avaient intérêt, pour encourager leurs partisans, à faire valoir Finfluence qu'ils disaient posséder sur le gouvernement du Japon.

Les victoires japonaises ont excité les Philippins qui rêvent d'indépendance et qui, en dépit de la généreuse et humaine politique instaurée par M. Taft, condamnent en bloc la domination américaine : de lourds impôts et des milices parfois brutales Tout rendue impopulaire. Des étudiants philippins séjournent au Japon et y intriguent; à Manille on rencontre des Japonais, artisans, charpentiers surtout, ou voyageurs de passage dont on se méfiie ; on disait en 1907 qu'une colonie de soixante femmes japonaises installées à Olongapo, station navale dans la baie de Subie, avait renseigné leur gouvernement sur cette place que les Américains arment fiévreusement.

Les Japonais, maîtres de Foimose, savaient avant 1898 que les Philippines échapperaient à l'Espagne; ils savent depuis 1898, que les Américains, n'y resteront pas toujours, mais désirent-ils faire une guerre pour les prendre? Présentement ils sont pourvus : la Corée et la Mandchourie à peupler d'émigrants, les côtes des Amériques à jalonner de Shin Nihon^ voilà des tâches plus importantes que de s'installer aux Philippines, très peuplées et trop chaudes pour le tempérament japonais. A maintes reprises, ils ont assuré le gouvernement de Washington qu'ils ne convoitaient pas les Philippines ^ Le secrétaire Taft, dans son discours du

1. CSf. Osaka Sfùmpo, 13 octobre 1907. Les Philippines ont toujours épè Toccasion de déceptions pour leurs propriétaires Espagnols ou Américains. Prendre ces Iles ne serait pas encore une bonne affaire. Et si les Américains en proclamaient maintenant Tindé-

1®' octobre à Tôkyô, a confirmé ces assurances : « On a suggéré que nous pourrions nous décharger de notre fardeau en vendant les îles au Japon ou à quelque autre pays. Cette suggestion est absurde. Le Japon ne désire pas les Philippines. Il a des problèmes à résoudre plus près de chez lui. Au surplus, les États-Unis ne pourraient vendre des îles à une autre puissance sans violer grossièrement ses obligations envers les Philippins. »

En 1906, après que Ton eût annoncé que le gouverneur général L. E. Wright ne retournerait pas à Manille et qu'il irait comme ambassadeur à Tôkyô, la nouvelle lancée par un journaliste anglais, que les Américains négociaient la vente des Philippines au Japon, trouva, six mois durant, une ferme créance par tout Tarchipel. En dépit de tous les démentis officiels, la presse, les délégations provinciales et municipales discutèrent passionnément la nouvelle et adressèrent des manifestes au gouvernement de Manille, pour qu'on câblât à Washington d'arrêter les négociations. De cette vaine agitation, il faut retenir que les Philippins, malgré qu'ils soient toujours prêts à sacrifier leur loyalisme à leur désir d'indépendance, préfèrent encore la règle américaine à la règle japonaise. Ils estiment que leur indépendance, ils ont plus à l'attendre des Américains idéalistes que des Japonais réalistes. Si les Américains n'avaient cherché que la prospérité matérielle de leur colonie, ils auraient ouvert les portes toutes grandes aux

pendance, c'est-à-dire « s'en débarrassaient sur le dos des autres », ce serait une occasion de conflits internationaux, fâcheux pour le Japon voisin. Aussi * nous demandons que les États-Unis gardent encore les Philippines et qu'ils entreprennent de les améliorer ».

Chinois et aux Japonais, et les Philippins, mous et paresseux, eussent été étouffés. Une domination japonaise mettrait fin aux destinées de cette race : il ne serait plus question d'assemblée philippine, de commissaires philippins collaborant au gouvernement, d'écoles élevant les indigènes au rang d'instituteurs et d'employés, les préparant à l'agriculture ou au commerce.

La politique du Japon à Formose et en Corée doiine aux Philippins la mesure des libertés et des privilèges qu'il a coutume de laisser aux pays qu'il protège*. Au surplus, les Philippins croient former un peuple à part en Asie; ils n'identifient pas leur sort à celui des autres Extrêihe-Orientaux ; ils ne sont pas sans quelque mépris pour le peuple japonais. Dressés pendant des siècles aux sentiments chrétiens et aux préjugés les plus anachroniques, ils ont gardé du règne des moines le mépris des païens. De tous les Jaunes qtii imitent les Européens, c'est eux les représentants les plus anciens, les plus achevés de la civilisation occidentale. Sans doute, en bons Orientaux, ils ont pris leur part aux victoires des Jaunes : ils admirent le Japon, le craignent et reconnaissent que ses succès viennent de son européanisation, mais ils s'estiment eux-mêmes trop européanisés pour accepter sa tutelle.

1. Les tentatives officielles pour diriger une émigration japonaise à Formose ont échoué. L*lle est non pas une colonie de peuplement mais une colonie d*exploitation, — au profit du Japon plus que des indigènes. Les Japonais, officiellement et privément, vivent à part de ces frères Jaunes qu*une police tracassière et brutale surveille. Élèves japonais et élèves indigènes ne fréquentent pas les mêmes écoles, et les élèves indigènes ne vont que dans des écoles primaires. L'Ile n*est pas complètement pacifiée.

Une régénération de l'Asie par une union de Mongols et de Malais, de Japonais et de Philippins, non pas la domination du Japon sur leur archipel, voilà le rêve des quelques Philippins mégalomanes, qui, ignorant leur faiblesse, se tournent présentement vers le Japon. La prise de possession de Tarchipel par les soldats du Mikado dissiperait ce malentendu : elle leur vaudrait sans doute, autant qu'aux Américains naguère, une résistance acharnée et des dépenses que de longtemps les ressources des îles ne suffiraient pas à remboursera

1. Sur cette question, cf. un article de M. James A. Le Roy, Japan and the Philippine Islands, Atlcaitic Monthly, january 1907. M. Le Roy est un des Américains qui connaissent lé mieux la question philippine.

C'est la Corée et la Chine qui surtout refréneront les dessins belliqueux du Japon *. Protecteur de la Corée, le Japon Test par tradition historique et par intérêt. Pour tout Japonais, dès Tenfance, la Corée c'est la côte voisine que depuis des siècles en insulaire il convoite, le pont qui a relié la civilisation japonaise à la civilisation de TÂsie, la bonne terre pour qui le Japon a entrepris toutes ses guerres et

i. « Le Japon a entrepris, avec un intérêt très légitime pour un voisin si proche, de réformer et de rajeunir la Corée ; en dépit des racontars et des critiques, le monde croit que le prince Ito et le gouvernement japonais y poursuivent une politique de justice, de civilisation et de bien-être, tout à l'avantage de ce peuple arriéré. Pourquoi le Japon désirerait-il la guerre? Elle arrêterait sérieusement ou retarderait Texécution de ses plans de réforme en Corée. » Secrétaire Taft, à Tôkyô, 1*' octobre 1907. Cependant, VÀsahi Shimbun du 18 novembre 1007 parle d'un mouvement procoréen aux États-Unis : « La Chambre de commerce de San Francisco a décidé, à Tinstigation d'un M. Hulbert, que les députés de la Californie, à la prochaine session du Congrès, demanderaient ce que sont devenus le traité coréo-américain et les droits de la Corée d'administrer son territoire. Le traité en vigueur autorise un droit de 7 p. 100 ad valorem sur les importations américaines en Corée. Or le Japon est en train de comprendre la Corée dans un zollverein : les droits sur les marchandises américaines en Corée seront

qu'après avoir occupée il avait dû toujours abandonner. Maintenant qu'il la tient, il faut qu'il s'y installe définitivement; mais la traditionnelle haine des Japonais qu'ont les Coréens, peuple chinoise, s'est accrue de leur irritation à voir maltraiter leur maison impériale, à être dépossédés de leurs meilleures terres et de leurs, droits de pêche, méprisés, réduits aux tâches les plus serviles, brutalisés et torturés.

L'empereur de Corée, ayant joué le double jeu d'envoyer des délégués à la conférence de La Haye pour protester contre la règle japonaise, et de nier qu'il l'avait fait, a été contraint d'abdiquer et remplacé par son fils, que le traité du 25 juillet 1907 soumet au Japon. Des troubles s'en sont suivis; l'état de siège fut proclamé à Séoul. Des soldats coréens et des jeunes gens se réfugièrent en armes dans la région du Sud-Est. Du 19 juillet au IS octobre, 236 policiers et 44 autres Japonais ont été tués par les Coréens. La répression fut terrible; les Japonais massacraient non seulement les rebelles, mais des villageois inoffensifs, après les avoir razziés*. En décembre 1907, on

désormais les mêmes qu'au Japon; d*où augmentation de 40 à 50 p. 100. Au reste, le Japon accapare les terres de la Corée pour y développer la culture du coton et du blé et pour chasser ainsi du marché les importations américaines... Des pétitions sont organisées aux États-Unis pour qu'on protège Tindépendance de la Corée. • Les Anglais aussi s'émeuvent des injustices et des atrocités japonaises en Corée. Cf. dans VEmpire Review, janvier 1908, un article de deux Coréens et surtout dans }& Contemporary RevieWy janvier 1908, un article de F. A. Me Kenzie. Ce n'est pas tant le manque de parole des Japonais au sujet de Tindépendance de la Corée et de Vopen door^ que leur parti pris de détruire toute nationalité coréenne et d'asservir ce misérable peuple qui est dénoncé dans ces articles.

1. Cf. le récit de M. Me Rensie qui, malgré les précautions et

parlait d'augmenter etieore les effectifs japonais : les révolutionnaires étaient actifs ; vingt Coréens appartenant à la légation japonaise avaient été assassinés.

Le prince Ito a déclaré que son programme de réformes nécessiterait une dépense de 50 millions de francs, répartie sur une période de cinq années. Une compagnie de colonisation, présidée par le comte Katsura sera créée en 1908 soUs le patronage du gouvernement pour exploiter la Corée. Mais, en raison de la tendance générale des Japonais, soldats ou coolies, et aussi soshi, aventuriers de basse classe, à ne pas ménager les Coréens, à en finir au plus vite avec ce peuple jugé incapable de progrès, il faudra au prince Ito et à ses conseille^ de la patience et de la prudence pour résoudre la question coréenne, beaucoup de troupes aussi et beaucoup d'argent et surtout la forcé de résister à la brutale avidité de ses compatriotes. Il n'est jamais prudent d'affamer et de torturer un peuple de plus de dix millions d'habitants. He ihal Englatid fain would win, musi with Ireland first begin. Celui qiii veut vaincre l'Angleterre doit s'attaquer à l'Irlande. Irlande de cette Angleterre d'Extrême-Orient, la Corée continentale crée au Japon, qui perd ses avantages de pays insulaire, le souci d'une frontière que quelque jour, peut-être, il lui faudra défendre contre un retour des Chinois.

La Mandchourie aussi réclame l'attention du Japon qui vient de conclure un emprunt de 100 millions de francs pour la construction et la transformation du chemin de fer sud-mandchourien, qui bouleverse et

les défenses des autorités japonaises pour qu*il ne vit pas ces cruautés, en fut le témoin.

assainit des quartiei^ô de Moukden, Thieling et Liaoyang. Aussitôt après la guerre, le gouvernement de Tôkyô envoya en Mandchourie une commission d^hommes d'État, d'ingénieurs, de militaires, chargée d'inventorier les ressources du pays et les moyens rapides de l'exploiter, car à la différence des Russes prodigues et imprévoyants qui engloutirent leur argent dans cette |)rovince chitioise, les Japonais se hâtent d'en titrer des bénéfices. Leurs soldats, (}ui ne l'ont pas encore évacuée, s'y conduisent en conquérants, leurs trafiquants en maîtres âpres et durs. Moins généreux et plus exigeants que les Russes, ils sont craints, mais détestés, et sous la poussée de leur concurrence, l'activité des Chinois se réveille. Il faut que le Japon fournisse du travail à ses nationaux, qu'il les soutienne contre la concuri*cnce des coolies chinois, plus résistants encore que le Japonais, davantage fixés à la terre, plus nombreux aussi, car sahs cesse ils montent du Chantoung et des provinces du Yâng-tsé. En dépit de l'avantage actuel des Japonais, les commerçants chinois seront quelque jour de sérieux concurrents. Présentement les Japodaiâ importent leurs marchaildises, soit [directement du Japon et ils ne payent pas de droits, soit par la Corée et les droits verfeés leur sont remboursés *. Les

1. Le correspondant du Times le D' Morrison a souvent protesté contre la lenteur des Japonais à « ouvrir la porte * au commerce international en Mandchourie. Cette temporisation japonaise qui rappelle la temporisation russe d'avant la guerre a développé les sentiments antijaponais des colonies étrangères d'Extrême- Orient qui prétendent que lors même que le Japon renoncerait maintenant à ses avantages douaniers et aux exceptionnels tarifs de chemins de fer réservés à ses nationaux pour accorder à tous mêmes facilités, l'avance que les Japonais ont prise en Mand-

Chinois, qui font venir leurs marchandises de Tchéfou ou de Shanghaï ont à acquitter, en plus d'un droit d'entrée, la taxe du likin. Depuis le printemps de 1907, les Japonais ont remis au gouvernement chinois la gérance douanière d'Inkéou (Nioutchouang) et de Dalny, mais ils n'ont pas encore cédé celle d'Antoung. Quand Antoung sera ouvert au commerce étranger et qu'une douane chinoise y sera établie. Chinois, Européens, Américains seront sur un pied d'égalité avec le Japonais et tous disposés à faire bloc contre son activité accapareuse et son appétit de commandement. Que les forces vives de la nation soient accaparées par une guerre contre les États- Unis, du côté de la Corée, le Japon n'aurait par ses derrières assurés, et l'œuvre mandchourienne, encore inachevée, pourrait péricliter.

Le Japon même vainqueur, risquerait encore, la guerre durant, de perdre la prépondérance économique et poUtique que son admirable effort cherche à conquérir en Chine. « Si nous rompons nos relations et nous combattons, déclarait naguère le baron Kentaro Kaneko au public américain S les liens commerciaux entre les deux pays seront rompus et le marché chinois tombera dans les mains de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la France. Les États- Unis et le Japon, en dépit de leurs avantages géographiques sur le Pacifique, perdraient tout le bénéfice du commerce asiatique ».

Plus que le Japon, les États-Unis risqueraient de

chourie, jointe à Tinfluence que leur donne leur occupation militaire, suffit dès maintenant à assurer leur suprématie économique en ce pays.

i. North American Review, f5 mars 1907.

perdre leur clientèle chinoise, mais le Japon pour ses exportations extrême-orientales a besoin du coton, des machines, des capitaux américains. A quoi bon évincer les États-Unis du marché chinois si c'est au profit d'un tiers, de l'Allemagne par exemple, dont les marchandises et les navires se multiplient en Extrême-Orient, de l'Allemagne, dont c'est l'intérêt depuis la défaite russe de détourner de Kiao-tchéou l'attention japonaise et de profiter d'une guerre où s'useraient ses rivaux américains et japonais pour fortifier son influence chancelante en Chine? Les journaux de Tôkyô ont souvent dit que le Kaiser était derrière les États-Unis et qu'il les excitait contre le Japon.

La crainte du problème chinois, on la sent dans les traités que le Japon depuis deux ans s'est hâté de conclure avec les puissances européennes. Lisez le traité anglo-japonais, les accords franco-japonais et russo-japonais : la Chine n'y est pas partie, mais c'est le tiers, dont on s'occupe. On ne la consulte pas, mais on la surveille ; malgré elle, on entend la protéger, et ses protecteurs se hâtent de prendre des assurances les uns contre les autres, tant ils craignent qu'une crise subite ne les oblige à intervenir.

A la rigueur, ces accords garantissent au Japon que l'Angleterre, la France et la Russie n'attaqueront pas la Chine, mais ils ne peuvent l'assurer contre les risques d'une révolte chinoise ; or c'est non seulement contre la politique des sphères d'influence en Chine que le Japon désire prendre des précautions, au cas où des troubles nécessiteraient une nouvelle intervention des grandes puissances, mais encore et surtout contre les dangers directs que lui ferait courir

cette révolte. Autapt que les Européens par leur brutalité et leurs appétits S le Japon par Texepiple de sa réussite et par sa propagande est responsable du formidable développen^ent que prend ^n Chine le mouvement réformiste. Si puissant que soit le Japon, il ne peut prétendre diriger ce mouvement trop vaste pour que les effets en soient prévisibles ; il sent bien que sa propagande y ^st débordée, qu'elle mèn^ à la

1. Depuis ane année les relations sino-américaines se sont améliorées. Les Chinois aux États-Unis ont été mieux traités. Le commissaire général de l'immigration avoue que « pendant le boycott il n*eût pas été S(ige d'arrêter, comme de coutume, les Chinois trouvés en fraude en Amérique » . Dans son rapport pqur l'année fiscale 1906-1007, M. Sargent estime que les lois d'exception votées contre les Chinois, depuis le traité sino-américain du 17 novembre 1880 jusqu'à Tacte du 27 avril 1904, ne sont pas heureuses. Il fait valoir l'utilité qu'il peut y avoir pour les États-Unis dans un avenir prochain, à se concilier les sympathies du gouvernen^ent chinois : le souvenir du boycottage organisé par les guildes chinoises contre les marchandises américaines est encore cuisant. Il souhaite qu'un traité sino-américain soit signé, par lequel la Chine s'engagerait à n'envoyer aucun coolie aux États- Unis, tandis que les Américains accueilleraient les commerçants, les étudiants et les voyageurs chinois.

Au surplus, les Chinois ont bénéficié de l'antijaponisme : les Califoraiens les préfèrent aux Japonais et, dans l'Bst des États- Unis, pour protester contre le projet d'étendre l'exclusion act des Chinois aux Japonais, quelques hommes politiques, des universitaires, des missionnaires, des capitalistes et aussi des ouvriers qui, i^yant fui ^x États-Unis l'oppression de leur pays, ne veulent pas que leurs compatriotes soient empêchés d'y vçnir par des restrictions de l'immigration en général, — tous ces hommes, soutenus par VAmerican économie association et Vlntemational missionary union, ont créé un mouvement en faveur de l'admission des Chinois. A la Chambre des représentants, un bill, dit Foster Bill, demande, — sans qu'on puisse s^attendre d'ailleurs à un succès imn^édiat^ — l'abolition de Vcssclmon aeU Le gouvernement de Washington a averti le gouvemen^çnt chinois, qu'il n'avait pas l'intention de toucher la totalité de l'indemnité qui lui est due par la Chine, depuis la campagne internationale de 1901. Get^ indemnité s'élevait & 2i millions de dollmv à payer

révolution et développe un nationalisme antiétranger sur lequel tous les Chinois sont d'accord.

Ce n'est pas pour F Europe que le Japoi^ travaille en Chine, c'est môme aux dépens de l'Europe qu'il veut assurer sa prépondérance économique et politique. Il veut fortifier la Chine assez pour qu'elle résiste aux tentatives européennes d'ingérence ou de démembrement, — pas assez pour qu'elle se ps^sse de toute protection japonaise.

par acomptes pendant de longues années ; les intérêts devaient faire monter la somme à 40 millions de dollars environ. Le gouvernement américain a reconnu que 1 i millions rembourseraient complètement les missionnaires, les particuliers et le gouvernement. 8 millions de dollars ont déjà été touchés. On abandonnera le reste. L^Amérique aide les Chinois à refondre leurs finances, envoie en Chine des expéditions scientifiques qui sont utiles aux indigènes, attire aux Etats-Unis le plus grand nombre possible d'étudiants chinois. Les Chinois qui qç sont guère satisfaits par les médiocres succès remportés aux çxamens par leurs étudiants qui ont été au Japon et qui surtout se méfient de leurs idées révolutionnaires favorisent l'envoi d'étudiants en Amérique ou en Europe. \Vu Ting Fang, le nouveau ministre de Chine à Washington est arrivé aux États-Unis, en mars 1903, accompagné de 32 jeunes gens.

Les Chinois paraissent reconnaître les bons offices des Américains et se tourner vers eux pour trouver un appui contre l'Europe, éventuellement contre le Japon. En 1905, lors du voyage du secrétaire Taft en Extrème^)riçnt, l'ami des États-Unis, c'était le Japon; la Chine alors boycottait les marchandises américaines : maintenant que l'amitié du Japon pour les Etats- Unis est moins sûre, les Chinois sont moins hostiles aux Américains. M. Taft a été bien reçu par les Chinois de Shanghaï et de Hong-Kong en octobre 1907. 11 leur a rappelé que les Etats-Unis s'étaient engagés à maintenir la porte ouverte en Chine; ii a félicité les Chinois élevés en Amérique de la part qu'ils prennent au mouvement réformiste. On anponce qu'une escadre américaine de quatre ou cinq navires escortera en avril 1908 M. Rockhill, ministre des États-Unis à Pékin, lors des visites qu'il doit rendre aux vice-rois des diverses provinces qui bordent la côte et le fleuve Yang-tsé.

Or la Chine ne se prête pas docilement et à point nommé à ces desseins. En dépit des belles assurances du Japon, les Chinois ne croient pas à son désintéressement et à son amitié. Le Japonais, quand il s'adresse aux Chinois, insiste sur la parenté de leurs langues, de leurs cultures, de leurs morales, de leurs idéals; il est toujours prêt à parler au nom des peuples d'Extrême-Orient dont il est « comme la tête », à les défendre contre les convoitises des Blancs, la race ennemie; mais en Amérique, il fausse compagnie aux Coréens, aux Chinois, et proteste quand les Californiens, le classant parmi les Mongols, l'envoient à l'école spéciale. Aux États-Unis, il n'est plus asiatique, mais occidental de cœur. Dans les protestations du gouvernement, du peuple, des journaux japonais, contre la mesure des écoles et l'antijaponisme en Californie, jamais il n'est question des Chinois : on ne se solidarise pas avec eux; on n'essaye pas de grossir les griefs japonais de leur cas; on préfère que les deux revendications restent distinctes : ces Chinois qui n'ont pas la force de se faire écouter, qu'on les relègue à l'école orientale, qu'on les exclue, ce sont des Mongols.

Le gouvernement japonais ne semble pas avoir encouragé le boycottage chinois des marchandises américaines, par crainte, sans doute, que le mouvement exploité par les étudiants et les révolutionnaires ne dégénérât en troubles antidynastiques et antiétrangers, mais par crainte aussi que le boycottage ne réussit à forcer la main aux Américains et qu'une loi américaine n'admit de nouveau les coolies chinois sur la terre américaine où les Japonais , à l'abri de la concurrence asiatique.

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remportaient sur les Blancs de si beaux succès.

L'exclusion des travailleurs chinois hors du Japon, pourquoi ne serait-elle pas aussi blessante pour la Chine que Texclusion des Japonais hors des États- Unis Test pour le Japon? Entre travailleurs chinois et travailleurs japonais au Japon ce sont les mêmes conflits d'intérêt et de race qu'entre travailleurs japonais et américains aux États-Unis. En 1906, un Japonais, directeur des écoles et conseiller du Taotaï de Long-tcheou affirma aux enfants de celui-ci, au cours d'une leçon, qu'ils « étaient de race inférieure ». Le Taotaï a expédié au Japon ce patriote qui disait trop haut ce que pensent ses compatriotes.

Le nationalisme chinois entend n'être protégé par aucune puissance, même par le Japon. Il a fort mal accueilli les accords franco-japonais et russo-japonais. Le WaUwou-pou a protesté auprès de la France, de la Russie, et par deux fois auprès du gouvernement de Tôkyô contre ces ententes qui portent atteinte à la souveraineté de la Chine : il n'appartient qu'à elle de maintenir l'ordre et la paix dans ses provinces limitrophes du Tonkin, de la Corée, du Liatoung et de la Mandchourie. Elle n'accepte pas de se laisser dépouiller, même par le Japon, de ses droits. Elle les fait valoir sur le territoire de Kwanto au nord de la Cor^e peuplé de 600 000 Coréens et de 400 000 Chinois, que le Japon a saisi non pas pour lui sans doute, —> il s'empresse de l'affirmer, — mais en tant que protecteur de la Corée; elle proteste contre la hâte des Japonais à établir un réseau télégraphique en Mandchourie, à ouvrir des bureaux à Takéou et ailleurs, qui acceptent déjà des télégrammes pour tous les points du monde au tarif japonais; elle réclame la plus

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grande part des bénéfices du chemin de fer de Sin- Minting-Moukden. Les Japonais refusent et offrent de lui vendre à très haut prix un terrain qui ne leur appartient pas. Elle veut construire un chemin de fer de Sin-Minting à Takumen ; le Japon déclare qu'une ligne parallèle à la ligne de la Mandchourie méridionale ne sera pas construite : ce serait une violation du traité de Pékin (1905). Chemins de fer, postes, télégraphe, mines, forêts ; toutes les entreprises du Japon en Mandchourie, qu'il traite en terre conquise, le mettront en conflit avec la Chine qui se considère toujours comme suzeraine.

Dans une petite histoire destinée aux écoles primaires S où Ton énumère tous les malheurs de la Chine au xix® siècle, le Japon, qui s'est emparé des Lyoukiou, de Formose et de la Corée, n'est pas mieux traité que la Russie ou la France ; une autre histoire à l'usage des écoles résume ainsi les malheurs de la Chine : « Depuis quelques dizaines d'années, l'Angleterre, la Russie, l'Allemagne, la France, le Japon, tous ont pris des lambeaux de notre territoire; on le diminue sans cesse. Ah 1 il y a 4 398 années que l'empereur Hoang-ti, victorieux des races qui occupaient le territoire, a fait de ce pays des esprits la terre où devaient vivre ses descendants! L'abandonneronsnous à d'autres en nous croisant les bras? »

Le Japon maître de la Corée, ancienne dépendance de la Chine, maître de la Mandchourie du sud, pays de la dynastie qui règne à Pékin, quelle atteinte au programme de la Chine aux Chinois ! À l'exemple du

1. Analysée par M. Noël Péri, dans la Bévue de Parie du 15 juin 1907. L*Êducation nouvelle en Chine.

Japon, la Chine se reprend à honorer le métier des armes, à vouloir la force militaire. Et môme elle se promet de faire rapidement plus et mieux que lui : « Nous sommes quatre cents millions et notre race occupe le premier rang parmi celles qui peuplent la terre. Ne devrait-elle pas être la plus puissante du monde?... Les autres races gouvernent des territoires qui sont à nous ; elles frappent sur notre peuple qui courbe humblement la tête... Il faut développer la valeur guerrière de nos compatriotes, reprendre l'esprit et le courage de nos ancêtres ».

Une Chine qui n'accepte pas les acquisitions du Japon en Mandchourie et en Corée, et qui refuse d'être protégée par le Japon aussi bien que par la Russie, une Chine guerrière aux portes du Japon, et qui ne lui est point reconnaissante de l'aide qu'il lui fournit pour se réformer, une Chine qui fiévreusement veut parcourir deux fois plus vite les étapes que le Japon a franchies naguère pour s'européaniser, mais qui, à la différence de son maître, ne garde ni discipline, ni respect de l'autorité, ni dévotion à sa maison impériale, et qui subitement, à la mort de la vieille impératrice, peut renier la dynastie mandchoue, une Chine dont presque tous les réformateurs, à commencer par les milliers d'étudiants chinois au Japon, sont de tempérament révolutionnaire et haïssent les étrangers qu'ils imitent, — une telle Chine n'est-elle pas pour le Japon un dangereux voisin, menaçant pour sa sécurité immédiate, et plus encore pour ses rêves de prépondérance en Extrême- Orient?

De quel côté le Japon se rangera-t-il dans les prochaines révoltes ou révolutions chinoises? Du côté

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des révoltés pour obtenir d'eux, s'ils peuvent établir un gouvernement viable, des avantages en Mandchourie, ou bien, imposant au gouvernement mandchou sa protection, lui fera-t-il payer cher la pacification du pays et le salut de la dynastie? De toutes façons, la situation n'est pas aisée.

L'avidité du Japon et son intransigeance en Mandchourie; sa promptitiide dans Taffaire du Taisu Maru^ à poser un ultimatum à la Chine; le ton rude qu'il prend pour parler au gouvernement de Pékin; toute cette politique agressive, après bien des tentatives d'enjôlement, prouve que les Japonais ont dû rabattre de leurs espérances d'il y a trois ans : aujourd'hui une politique intéressée en Mandchourie leur paraît plus sûre que la politique sentimentale à

1. Le Tatou Maru transportait des armes envoyées par uae maison japonaise de Hong-Kong à un armurier de Macao. Le 5 février 1908 le bateau attendait la marée pour entrer dans le port de Macao quand il fut abordé par quatre canonnières chinoises qui, après avoir amené le pavillon japonais et Tavoir remplacé par un pavillon chinois, emmenèrent le bateau à Canton. Le motif donné pour cette saisie était que le Tatsu Maru transpor* tait des armes destinées aux révolutionnaires chinois du Rouang- Toung et du Rouang-Si. Voilà longtemps que le gouvernement chinois soupçonne, sinon le gouvernement japonais, du moins des Japonais d'entretenir la révolution dans les deux Kouang en envoyant des armes aux agitateurs : beaucoup des propagandistes du mouvement sont des Chinois qui ont étudié au Japon. La Chine ofiFrait de faire des excuses et de rendre le navire, mais, comme il a été saisi dans les eaux chinoises, elle voulait garder les armes et munitions de contrebande, sans payer d'indemnité* Les Japonais envoyèrent un navire de guerre à Hong-Rong et, repoussant toute enquête et médiation, adressèrent un ultimatum au gouvernement de Pékin : ils exigeaient la mise en liberté du navire, qu'un hommage public fût rendu au pavillon japonais et une indemnité. La Chine ayant consenti & faire des excuses au lapon, le Japon a aceepité rintervention du ministre anglais h Pékin pour régler Taffaire.

longue échéance d'éducateur et de tuteur de la Chine * ; ils vont au gain immédiat, car ils n'augurent rien de bon pour leur pays du réveil de la Chine. Ces Chinois, comme les Coréens, puisqu'ils ne comprennent pas le profit et l'honneur qu'il y aurait à accepter docilement la « paix japonaise » et qu'ils mettent en bloc Japonais et Occidentaux, doivent être traités en inférieurs, en impuissants.

Ce changement de ton des Japonais à l'adresse de la Chine a coKncidé avec la résolution qu'ils ont prise de céder temporairement aux Américains du Nord sur les afi^ires d'émigration. Ces deux problèmes chinois et américain sont trop importants pour qu'il ne soit pas nécessaire de les sérier : le ralentissement de l'émigration japonaise en Amérique a déterminé un renouveau d'activité japonaise en Mandchourie. Il faut que le Japon profite du loisir, assez court peut-ôtre, que lui laissent les affaires améri» caines pour frapper vite et fort à Pékin. Une poli-

1. J*ai exposé le détail de cette politique dans Paiœ japonaise, La propagande japonaise, auprès des étudiants chinois au Japon, et en Chine par des professeurs japonais continue; mais le Japon n^étant plus aussi sûr que les réformes en Chine se feront au profit du Japon, a moins de confiance dans sa campagne d'éducation et plus de hâte à se payer en Mandchourie des bienfaits que la Chine lui doit. Les milliers d'étudiants chinois à qui les Japonais oat enseigné les principes de la politique sont plutôt antijaponais, quand ils retournent en Chine. Les Japonais se sont plaints de l'accueil fait par les Chinois à une mission de Bouddhistes japonais; les Chinois se sont plaints de l'accueil fait à leurs officiers, pendant les dernières grandes manœuvres japonaises. Entre Pékin et Tôkyô, il y eut des discussions à propos de naturalisés ou de protégés japonais à Formose ou en Mandchourie que le Japon demandait à la Chine de lui livrer pour les punir ou de venger en punissant leurs assassins. Et le Japon s'est plaint souvent de Vhostilité témoignée aux ^^aponais par les taotaï ou mandarins de Mandchourie.

tique fière et agressive en Chine, c'est, au reste, pour les ministres japonais un moyen de détourner des mesures sur Témigràtionqui Font déçu et humilié, l'attention du peuple, et de donner une revanche à son orgueil.

Par moments, devant le danger chinois, le Japon se sent solidaire de TEurope et des États-Unis : il craint d'avoir le monde entier contre lui. Comment se lancer dans une lutte qui peut être longue, sans être plus sûr de son Voisin immédiat, et risquer de n'avoir pas toutes ses forces disponibles au moment où il faudra mater une révolution chinoise, contenir les ambitions européennes en quête de profits et jouer, entre la Chine et l'Europe lésée dans ses biens ou dans les personnes de ses nationaux, le rôle d'honnête courtier? Un homme d'État japonais disiait récemment : « En Extrême-Orient il y aura de terribles convulsions dont une grande nation comme les États- Unis ne pourra se désintéresser. En vue de telles crises ceux dont les intérêts sont communs ne devraient pas se disputer ».

Aux États-Unis comme au Japon, une politique stricte d'intérêts est pour la paix : depuis un an et demi que dure le conflit, la guerre a été évitée. Mais, tandis que les deux gouvernements déclaraient que toute idée de guerre était absurde, les opinions des deux pays se montaient. L'affaire a été plus grave que ne voulurent le laisser croire les gouvernements, moins immédiatement menaçante que ne l'imagina

aux États-Unis ou en Europe the man in the street. Le danger dans les deux pays était qu'à force de croire la gyerre nécessaire on fît de nécessité vouloir, que les journaux et une partie du peuple en vinssent par nervosité à la provoquer.

Depuis dix-huit mois, les griefs se sont amoncelés : rimmigration japonaise aux États-Unis ne s'arrêtait pas; la flotte américaine était partie pour le Pacifique; Japonais et Américains augmentaient leurs armements et prenaient toutes leurs précautions. Point pour point, les épisodes du conflit ont rappelé les préliminaires de la guerre russo-japonaise, coïncidence qui frappait l'imagination fataliste des deux peuples assez disposés à croire que l'histoire se répète. Une fausse nouvelle, et Ton croyait à la guerre : n'était-ce pas un indice que la paix pouvait être à la merci d'un incident?

La raison du conflit est permanente : il est impossible que les Américains, sacrifiant les deux idées essentielles de leur civilisation, standard ofliving et assimilation, traitent de même manière immigrants japonais et immigrants européens. D'autre part, le Japon estime que sa civilisation et ses victoires doivent lui assiu*er cette égalité et qu'on ne peut se passer de ses émigrants en Amérique. Quel traité pourra ajuster ces contradictions avec assez de justice pour satisfaire définitivement les deux peuples? A maintenir sa position, le prestige de chacun des deux pays est engagé. Sans doute les États-Unis n'auraient rien à gagner d'une guerre, pas même d'une victoire, et le Japon, avant de rê^ver d'une grande politique d'expansion dans le Pacifique, ferait mieux de liquider ses dettes, d'assimiler ce qu'il vient de con-

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quérir et de veiller à la sécurité de ses frontières du côté de la Chine ; mais, en dépit d'intérêts évidents pour la paix, qui estimera précisément la force que peuvent avoir un jour les raisons d'orgueil chez deux peuples que le succès a gâtés, que le monde encense de louanges et qui n'ont jamais connu sur leurs territoires les douloureuses leçons d*une invasion?

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