CHAPITRE VII
Dans la hâte des Européens à prédire depuis dixhuit mois une guerre entre Américains et Japonais il y eut sans doute le désir de racheter leur lenteur à voir venir naguère le conflit russo-japonais. Bien qu'elle intéresse surtout le monde lointain du Pacifique, cette crise a eu son contre-coup en Europe. Pour les gens d'Occident qui pendant des siècles ont placé le centre de l'Histoire dans la Méditerranée, et depuis la découverte des deux Amériques, dans l'Atlantique, commencent de se vérifier les prophéties japonaises et américaines sur le Pacifique, centre de l'histoire du monde, d'une histoire à la taille de cet océan qui couvre plus du tiers du globe et dont les populations riveraines dépassent en nombre les populations de l'Europe.
II y a un siècle l'Europe était le seul personnage historique et ses entreprises coloniales semblaient lui assurer le gouvernement du monde; mais, depuis, ses colonies d'Amérique se sont transformées en nations, et en Asie les peuples jaunes se réveillent :
notre histoire d'Europe n'est plus qu'un chapitre de rhistoire de Thumanité que nous ne pouvons plus ignorer. Entre les deux jeunes rivaux de l'Europe, les États-Unis et le Japon, c'est la vieille théorie de la suprématie du Blanc qui est en question mais c'est l'Amérique qui aujourd'hui est le tenant de la race blanche.
Le traité anglo-japonais, contemporain du traité de Portsmouth, ne pouvait prévoir le différend entre les Américains et les Japonais. Dirigé surtout contre toute velléité de revanche de la part des Russes, il n'obligerait pas l'Angleterre à marcher avec le Japon en cas d'une guerre contre les États-Unis.
L'article 2 spécifie les conditions d'une assistance armée :
Si par suite d'une attaque non provoquée ou d'une action agressive, où que ce soit qu'elles se produisent de la part de toute autre ou de toutes autres puissances, une des deux parties contractantes est impliquée dans une guerre pour la défense de ses intérêts territoriaux ou de ses intérêts spéciaux mentionnés dans le préambule, l'autre partie viendra immédiatement au secours de son allié et fera la guerre en commun et conclura la paix d'un accord mutuel avec elle.
Voici les intérêts territoriaux et les intérêts spéciaux mentionnés dans le préambule :
l"" Consolidation et maintien de la paix générale dans les régions d'Asie orientale et d'Inde ;
396 ABIÉRIGÂINS ET JAPONAIS
2* Préservation des intérêts communs de toutes les puissances en Chine en assurant l'indépendance et Tintégrité de Tempire chinois et le principe de facilités égales pour le commerce et Tindustrie de toutes les puissances en Chine;
3® Maintien des droits territoriaux des hautes parties contractantes dans les régions de TAsie orientale et de rinde et défense de leurs intérêts spéciaux dans iesdites régions.
Et voici les commentaires de lord Lansdowne dans sa lettre à sir Ch. Hardinge :
J'appelle spécialement votre attention sur la rédaction de Tarticle qui établit distinctement que c'est seulement dans le cas d'une attaque non provoquée contre l'une des parties contractantes par une ou plusieurs autres pui»pances et quand cette partie défend ses droits territoriaux et ses intérêts spéciaux contre une action agressive que l'autre partie est tenue de venir à son aide.
Une agression contre le Japon par les Étais-Unis n'est guère probable, et Témigration des Japonais aux Hawaï et aux États-Unis, la rivalité du Japon et de rÀmérique dans le Pacifique ne font pas partie des intérêts territoriaux et des intérêts spéciaux dans les régions de TÂsie orientale et de Tlnde, que TÂngle-* terre et le Japon ont convenu de défendre contre une agression non provoquée : leur traité d'alliance ne s'applique qu'au continent asiatique.
Quoique son traité ne l'implique pas dans le conflit, l'Angleterre y est intéressée : « avec le Japon, ses relations sont des plus amicales; avec l'Amérique elle a en commun non seulement des sympathies de race mais aussi une certaine perplexité^ ». Aussi la diplo-