‹ Âmes d'aujourd'huiChapitre 17 sur 20 · I. Le Radical, n février igi · texte numérisé non relu

I. Le Radical, n février igi

nous figurer leur petite revue comme un recueil d'études spéculatives et de dissertations abstruses ; les rédacteurs ont un penchant notoire pour les écritures affectives, pour les épanchements du cœur, et leurs articles prennent volontiers la forme d'élévations, de méditations, de soliloques, dans la manière du grand converti d'Hippone. A les lire on demeure émerveillé qu'un tel jaillissement mystique s'élève d'un monde où l'on croyait que la science laïque et la pure érudition avaient desséché les cœurs ! Une miraculeuse ardeur de prosélytisme les possède et leur fait accomplir des prodiges comme convertisseurs. Lorque Agathon publia son enquête, M. Lotte avait groupé dix-huit professeurs de Facultés et cent quatre-vingt-quatre professeurs de lycées. Ils sont aujourd'hui plus de cinq cents! l Quand, au siècle dernier, Ozanam fut nommé professeur à la Sorbonne, il

i. Le ao février 1914, les abonnés fermes étaientau nombre de 5a8, parmi lesquels 4a3 professeurs de l'Université de l'État. Dans ce n° du ao février M. Lotte écrit :

« Le fait que /ja3 professeurs et instituteurs de l'Université de l'Etat se trouvent aujourd'hui publiquement réunis en un groupement aussi cohérent que le nôtre, ce fait là donne beaucoup plus à penser aux radicaux de gouvernement que l'élection ou la non-élection de tel ou tel candidat catholique. Un député — fût-il catholique — on sait comment ça se manie. Nous, nous sommes l'inconnu et un inconnu plein de menaces. Si au cœur de la citadelle laïque on peut compter 423 soldats mobilisables au premier appel des évêques, combien, le moment venu, se lèveraient dans le pays. Mille électeurs dans leurs maisons ne valent pas dix hommes dans la rue. On commence à écouter nos évêques quand ils parlent, on les écoutera de plus en plus» croyez-moi, parce que si le nombre des catholiques flasques diminue, le nombre s'accroît des catholiques fermes et parce que, par eux, l'autorité spirituelle trouve à s'appuyer sur une force temporelle faite de bras solides et de cœurs indomptables. »

était, si je ne m'abuse, le seul catholique de la Faculté des Lettres. Il y trouverait aujourd'hui tout un groupe d'amis. MM. Lanson, Seignobos et Durkheim ont beau faire une garde sévère aux barrières du sérail, leur action extra-universitaire, comme disaient un jour Les Débats, ne peut plus désormais barrer la route à tous les nôtres. C'est assez qu'ils aient pu écarter des hommes de la valeur de Maurice Souriau et de Louis Arnould ! Un collaborateur de La Revue pratique d'Apologétique, 6 scandale, prenait tout récemment possession d'une chair en Sorbonne à la barbe de ces janissaires!

Il serait étrange que la foi catholique ayant touché l'élite des professeurs n'atteignît pas par rayonnement l'élite des élèves ! « Les jeunes gens, dit Victor Giraud, sont les apprentis de la pensée; ils pensent comme quelqu'un. >> Ne soyons pas surpris qu'ils pensent, de plus en plus chaque jour, catholiquement. Bernard Veuillot nous disait il y a quelques semaines dans La vie nouvelle avec quelle émotion il avait vu, l'hiver dernier, pendant toute une nuit à Montmartre quarante polytechniciens en uniforme monter la garde devant le Saint-Sacrement exposé1. Ces héroïques jeunes gens avaient fait une journée entière de rude travail et ils donnaient encore à Dieu leur nuit par

i. Pourquoi ne rappellerais je pas ici, dans le même ordre d'idées, que pendant l'année 19 12, 4a. 900 hommes sont venus à Montmartre faire une ou plusieurs heures d'adoration devant le Saint-Sacrement? Parmi les heures d'adoration ainsi faites par des hommes, il y a eu ao.468 heures d'adoration nocturne dont 4.000 pendant les nuits de juin. Encore dans ce chiffre de 43. 000 adorateurs ne figurent que ceux dont la présence fut contrôlée par le pointage des cartes d'adorateurs.

NOTRE JEUNESSE INTELLECTUELLE ET LITTERAIRE 43g

surcroît ! Étaient-ce là d'inconsistants bergsoniens * ? L'admirable, c'est qu'on recruterait actuellement de pareils bataillons sacrés dans toutes nos grandes écoles, à Saint-Cyr, à Centrale, aux Mines, aux Travaux publics, dans tous les lycées de Paris. « Les professeurs de philosophie des lycées les plus « intellectuels », écrit Agathon, Condorcet, Henri IV, Louisle Grand, témoignent de cette renaissance catholique. « La majorité de nos élèves, nous disait l'un d'eux, est composée de catholiques pratiquants. »

Et ce professeur de philosophie interrogé par Agathon complétait sa pensée en disant : « Parmi les indifférents, nulle passion anticléricale; ceux-là mêmes qui sont incroyants de nature savent tout le prix de la croyance2. » C'est ici, sur ce groupe des amorphes, que nous pouvons mesurer à quelle profondeur cette génération fut travaillée par la vérité. Les jeunes gens de ce groupe eurent des pères anticléricaux et voltairiens pour qui le catholicisme était ce qu'il est resté pour M. Beauquier une ridicule magie. Hier, dans les Facultés, dans les Ecoles et les Lycées, les incroyants considéraient les catholiques avec la dédaigneuse pitié d'un civilisé qui voit un

i . Dans l'Almanach de la Jeunesse catholique de l'Ardèche, je relève une intéressante statistique des retraites fermées suivies par les jeunes gens de cette région. En 1908, il y eut a4 retraitants; en 1909, 69; en 1910, aïo; en 1911, 33 1 ; en 1912, 43i ; et en 1913, 462.

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