II. — Son dernier message
29 septembre 1875.
Au moment où paraissait notre esquisse du caractère et de la vie de Garcia Moreno, les nouvelles de l'Equateur arrivaient à St-Nazaire. Elles confirment les traits sous lesquels nous avons peint ce grand homme. On a été tenté de les trouver exagérés et invraisemblables, ils sont à peine fidèles, les détails sont plus grands, l'ensemble plus majestueux et plus beau, et la douleur publique plus navrante que nous ne l'avons pu dire. Le peuple de l'Equateur sent qu'il a perdu son père et le pleure avec d'intarissables larmes. Autour de l'homme de Dieu et de l'homme de bien si cruellement enlevé par un crime, nous voyons le spectacle, non moins touchant et plus rare, d'un peuple reconnaissant. Les documents officiels, les journaux, les lettres privées sont pleins de paroles éloquentes et sublimes ; il semble que tous se soient élevés à la hauteur du héros qui a quitté la terre. Rien dans le monde, depuis longtemps, n'a égalé cet essor de l'âme publique : Nous n'étions pas dignes de lui ! Il n'a fait que du bien ! Le saint est mort !
On a trouvé sur lui, taché de son sang, le message qu'il devait adresser au congrès national, le jour prochain de l'expiration de ses pouvoirs. Il avait achevé de l'écrire le matin même, dans sa maison, et il le rapportait au palais du gouvernement en passant par l'église, voulant sans doute une dernière fois mettre sa pensée sous la protection de Dieu et de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Il avait cette coutume, car il
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trouvait que Les paroles publiques d'un chef de peuple doivent d'abord être dites à Dieu, parce qu'elles contiennent les engagements les plus sérieux et les plus sacrés. Cet homme, qui savait que Dieu ne meurt pas, savait aussi que Dieu lui demanderait compte de toute parole tombée de ses lèvres dans l'exercice de ses fonctions et qu'il fallait qu'elle fût trouvée sincère au dernier jour.
Les ministres ont recueilli ce document solennel, désormais l'un des papiers précieux de la république, et ils en ont donné lecture au Congrès. Nous traduisons intégralement le commencement et la fin de cet acte mémorable. Il ne s'adresse pas moins au monde entier qu'à l'humble république de l'Equateur, si grande en ce moment dans le rayonnement de son admirable martyr. Un homme comme Garcia Moreno, parlant à son peuple en présence de son Dieu, a le droit de parler à tous les peuples, et tous ont besoin d'entendre. Des paroles de cette gravité, de cette dignité et de cette bonne foi ne retentissent pas souvent sur la terre ; il faut honorer, autant que l'homme qui les a dites, le peuple, quelque petit qu'il soit, qui a mérité de les recevoir.
Nous analyserons à part la partie du message qui regarde les affaires. Elle est à peine moins importante que la partie doctrinale. Elle montre par faits et par chiffres comment Garcia Moreno entendait l' administration, en quel état il a trouvé son pays, en quel état il le laisse et jusqu'où il voulait le porter.