I. ' DEUX RECITS BIBLIQUES
Seigneur ; et il n'était personne qui élevât la moindre parole contre sa vertu.
Elle fit venir plusieurs princes et des anciens, et elle leur dit : Que me rapporte-t-on d'Ozias, et de cet engagement de livrer la ville, si dans cinq jours Dieu ne l'a pas secourue ? Et qui êtes-vous, vous autres qui fixez une limite au Seigneur ? Au lieu de sa miséricorde, craignez plutôt de provoquer ainsi sa colère ! Elle ajouta qu'il fallait beaucoup de larmes, beaucoup de prières, beaucoup d'humilité, mais aussi beaucoup d'espérance, puisqu enfin Israël ne suivait pas ses pères en tous leurs crimes et ne connaissait d'autre Dieu que Dieu. — C'est pourquoi, poursuit-elle, attendons avec une humble patience les consolations que Dieu ne manquera pas de nous donner. Il nous vengera des afflictions que nos ennemis nous font souffrir, il couvrira de honte toutes les nations qui s'élèvent contre nous. Vous donc, anciens du peuple, relevez-lui le cœur. Rappelez-lui les épreuves d'Abraham, de Jacob, de Moïse. Tous ceux qui ont été agréables à Dieu ont passé par les tribulations ; mais ceux qui n'ont pas reçu l'épreuve dans la crainte du Seigneur et se sont laissés aller aux murmures, ceux-là ont péri. Nos souffrances n'égalent pas nos péchés. Les fléaux sont envoyés pour nous sauver, et non pour nous perdre.
Les anciens répondirent à Judith : — Il n'y a rien à reprendre dans tes paroles. Prie pour nous, femme sainte et craignant Dieu. Judith reprit : — Et vous, priez afin que Dieu m'affermisse dans un dessein que j'ai conçu. Vous vous tiendrez cette nuit à la porte de la ville, et je sortirai avec ma servante. Je ne veux point que vous vous mettiez en peine de ce que je ferai. Jusqu'à ce que je vienne moi-même vous donner de mes nouvelles, qu'on ne fasse autre chose que prier pour moi. Ils répondirent : — Que le Seigneur marche devant toi et qu'il tire vengeance de nos ennemis !
Telle était la grandeur d'Israël, que ceux qui le voulaient détruire se faisaient ennemis de Dieu.
Restée seule, Judith, la tête couverte de cendre, se prosterna devant le Seigneur pour l'entretenir de son dessein. Résolue de sauver sa patrie et tout le peuple par le seul moyen qui fût en son pouvoir, convaincue d'ailleurs que Dieu lui inspirait cette action, elle stipula pour son honneur, exposé aux insultes d'un brutal soldat.
Elle dit : « Seigneur, souvenez-vous de mon père Siméon. « Vous lui avez mis le glaive à la main pour tirer vengeance « des étrangers quand ils eurent dénoué la ceinture de la jeune
0 II. — A M Es HEROÏQUES
« vierge, et vous avez inondé de leur sang la couche où les re- « tenail la ruse des fils de Jacob. Car c'est vous qui avez fail « les choses antérieures, et celles-ci, et celles qui suivront. Vou^ « avez conçu les choses d'à présent et celles de l'avenir, et tout « ce que vous avez arrêté en votre esprit est arrivé. Et les cho- « ses que vous avez méditées ont comparu, et elles ont dit : « Nous voici.
« Or, ces Assyriens viennent pour profaner votre sanctuaire ; « ils veulent souiller votre tabernacle et abattre avec le fer la « force de votre autel. Faites tomber votre courroux sur leur> « têtes ; donnez à mon bras la force d'exécuter ce que j'ai « conçu. Ecrasez leur arrogance par la main d'une femme.
« Votre force n'est pas avec la multitude, ni votre puis- « sance avec les grands ; mais vous êtes le Dieu des humbles. « l'auxiliaire des petits, le défenseur des faibles, le refuge des « méconnus, le sauveur des désespérés. Oui, oui, Dieu de mon « père, Dieu de l'héritage d'Israël, maître des cieux et de la « terre, créateur des eaux, roi de toutes vos créatures, vous « exaucerez ma prière. Répandez l'intelligence parmi tout vo- « tre peuple ; qu'ils sachent que vous êtes le Dieu des royaumes « et des armées, et qu'il n'est point pour Israël d'autre protec- « teur que vous. »
Ayant ainsi prié, Judith ôta ses habits de veuve et reprit ceux des jours de joie, quand Manassès vivait. Elle arrangea sa chevelure, se frotta de parfums, noua sous ses pieds des sandales, reprit ses bracelets, ses colliers, ses bagues, ses pendants d'oreilles, toute sa parure, et Dieu lui augmenta encore sa beauté qu'elle ornait par un désir de vertu (i).
Suivie de sa servante, qui portait un sac de provisions, elle se rendit aux portes de la ville, où les anciens l'attendaient. Etonnés eux-mêmes de la voir si belle, ils lui dirent : — Que le Dieu de nos pères accomplisse ce que tu as projeté pour Israël î Elle adora Dieu et s'éloigna. Ils la suivirent du regard jusqu'à ce qu'elle eût disparu dans le vallon qui menait au y gardes avancées des Assyriens.
Comme ceux de Béthulie, les Assyriens furent émerveilles de sa beauté. Holopherne lui dit de ne rien craindre. Elle lui parla devant sa cour.
Entrant dans la pensée qu'avait dû lui laisser le langage d'Achior, elle lui fit croire qu'elle l'avertirait quand les Israë-
(1) Oui etiam Dominus oontulit spiendorera : quoniaui omnis ista con> positio, non ex llbidine. sed ex virtute pendebat ; et ideo Dominus hanr illam pulchritudineni ampliavit. ut inoompara.bili décore omnium oculis appareret. (X, -1.)