‹ Âmes héroïquesChapitre 3 sur 85 · I. — DEUX RÉCITS BIBLIQUES · texte numérisé non relu

I. — DEUX RÉCITS BIBLIQUES

lites auraient commis certaines transgressions qu'ils osaient méditer, et que ce serait le moment favorable pour donner l'assaut. « Dieu m'a envoyée, dit-elle en terminant, pour accomplir avec toi des choses qui frapperont d etonnement ceux qui les apprendront. » Holopherne, aussi ravi de son langage que de sa beauté, voulut qu'elle habitât la tente où étaient déposés ses vases d'argent, et qu'on lui servît les vins et les mets de sa table. Elle refusa les mets, interdits par sa religion, disant qu elle se nourrirait de ceux qu'elle avait apportés. Holopherne lui ayant demandé de quoi elle vivrait ensuite, elle répondit « Vive ta vie ! mes provisions ne seront pas consommées que le Seigneur n'ait accompli par ma main ce qu'il a décidé. » Elle exprima ensuite le désir de pouvoir aller prier chaque soir dans le vallon. Holopherne accorda tout.

Pendant trois jours, Judith, toujours suivie de sa servante, sortit du camp sans être inquiétée. Elle faisait ses ablutions à la fontaine qui est dans le vallon, et, s'étant ainsi purifiée, elle rentrait sous la tente, jeûnant et vaquant à la prière comme elle avait coutume en sa maison de Béthulie.

Le quatrième jour, Holopherne donna un grand festin à ses serviteurs, où il invita Judith. Elle s'y rendit dans tout l'éclat de sa parure, prévenant toutefois l'eunuque qu'elle sortirait à l'heure accoutumée ; et elle but et mangea à la table du général assyrien ce que sa servante avait préparé pour elle. Holopherne, joyeux et déjà enivré de la présence de Judith, but plus qu'il n'avait fait en aucun jour de sa vie. Enfin, l'eunuque fit retirer les convives, tout alourdis par le vin, et Judith demeura seule dans la tente avec Holopherne, déjà assoupi sur sa couche, « le vin ruisselant autour de lui. »

Judith, debout, pria et pleura. Elle dit en son cœur :• « Seigneur Dieu des armées, regardez. C'est le temps de ressai- « sir votre héritage. » Ayant décroché le cimeterre qui pendait à l'une des colonnes du lit, elle se pencha, saisit les cheveux d'Holopherne, le frappa au cou deux fois de toute sa force et lui trancha la tête.

Ensuite, elle fit rouler le corps au bas de la couche, enlevai le moustiquaire de pourpre entrelacé d'or, de pierres précieuses et d'émeraudes, et sortit de la tente, cette tête et ces dépouilles à la main. La servante les cacha dans le sac aux provisions. Ayant traversé le camp sans alarme, les deux femmes furent bientôt devant Béthulie. Judith cria de loin aux sentinelles : — Ouvrez ! Dieu est avec nous !

Les anciens et le peuple accoururent, et l'on fit un grand feu. Lorsque Judith les vit rassemblés, elle leur montra la tête :

8 II. AMES IIKROÏOrES

— Voici, leur dit-elle, Holopherne, généralissime de l'armée d'Assyrie, et voici le filet sous lequel il dormait lorsqu'il était ivre. Le Seigneur l'a frappé par la main d'une femme. Et vive le Seigneur qui m'a gardée ! Ozias dit à Judith : — Sois bénie entre toutes les femmes. Tant qu'il y aura des hommes, jamais l'espoir que tu as mis en Dieu ne s'effacera de leur cœur ! Tout le peuple répondit : Ainsi soit-il !

Judith ordonna qu'on fit venir Achior. Voyant la têto d'Holopherne aux mains d'un homme de l'assemblée, il tomba la face contre terre et le souffle lui manqua. Revenu à lui, il se jeta aux pieds de Judith : — Bénie sois-tu, s'écria-t-il,, bénie sois-tu en toute demeure de Juda et en toute nation ! Quiconque ouïra ton nom sera ému d'amour. Dis-moi maintenant comment cela est arrivé. Judith alors, en présence du peuple, raconta tout ce qui s'était passé depuis son départ de Béthulie jusqu'au moment où elle parlait. La ville entière retentit d'allégresse, et Achior crut au Dieu de Judith, le Dieu vivant. Puisse la même grâce être accordée à tant d'Ammonites, qui n'attendent aujourd'hui qu'un malheur pour croire au Dieu Nabuchodonosor.

Cependant Judith prit le commandement de la ville et ordonna une sortie contre les Assyriens. Ses ordres eurent un plein succès. Les Assyriens furent taillés en pièces ; on les poursuivit jusque par-delà Damas et son territoire. Ainsi Israël fut sauvé et Assur commença de périr, par la main de Judith, fille de Mérari, de la tribu de Siméon.

Le grand-prêtre et les anciens de Jérusalem vinrent honorer Judith à Béthulie. Ils lui dirent : — Tu es la gloire dTsraëL Bénie sois- tu à jamais par le Seigneur tout-puissant ! Tout le monde cria : — Ainsi soit-il !

Ils lui firent une grande part dans les dépouilles, des Assyriens ; elle eut la tente d'Holopherne, toute son argenterie, ses lits, ses cratères et ses vases ; on la couronna d'olivier, elle et ses femmes. Et elle dit :

« Je chanterai à Dieu un hymne nouveau.

« Assur est venu des montagnes de l'Aquilon ; il est venu « avec les myriades de son armée ; leur multitude a comblé? « les vallons, leur cavalerie a couvert les collines.

« Il avait juré de livrer mon pays à la flamme, de faire (« périr mes jeunes hommes par le glaive, d'écraser mes en- « fants à la mamelle, de faire de mes enfants un butin et de « mes vierges une proie.

« Le Seigneur tout-puissant les a effacés par la main d'une « femme.

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