‹ Âmes héroïquesChapitre 33 sur 85 · MORT CHRÉTIENNE D'UN SOLDAT · texte numérisé non relu

MORT CHRÉTIENNE D'UN SOLDAT

(m. 3e s. iv, 186)

29 janvier 18704

La mort du comte d'Argy édifie Rome. On s'en redit les détails doux et héroïques. Je vous les transmets. Ils peignent bien la race d'espérance, la race du Christ, qui sait qu'elle revivra. Aux fanfares qui saluent maintenant le dernier saut des libres-penseurs illustres « piquant une tête dans le trou ! », il est bon d'opposer ce dernier pas tranquille d'un simple fidèle montant à son repos, entrant dans la vie éternelle comme chez lui.

Il ne s'agit pas d'un docteur, ni d'un saint, ni de ce que l'on appelle un dévot. Encore que fort instruit en beaucoup de choses, le bon colonel était je crois, assez court en matière de doctrine chrétienne. Il était honnête, bon, miséricordieux, dévoué. Pour le reste, dans les dépendances du christianisme, sa foi avait dormi, gardée par l'honneur, comme un soldat qui dort gardé par son armure. Mais au premier avertissement de la mort, au premier appel dû clairon, le chrétien s'était réveillé, prêt à combattre, — Debout ! — Présent ! Il avait reçu les sacrements avec une foi sereine. Il avait accueilli avec une cordialité courtoise et reconnaissante des visites illustres qu'il savait être un suprême adieu. Son confesseur était là, ses officiers 1 entouraient. Le moribond n'avait plus rien à faire. Il attendait, sans souffrance, sans aucune altération de ses facultés intellectuelles, se laissant patiemment mourir.

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Tout à coup, il tourna les yeux vers un portrait du Saint- Père qui était près de son lit, le fit approcher de ses lèvres, le baisa trois fois et dit : Fidèle jusqu'à la mort ! Appelant ensuite son neveu, l'un des officiers de la Légion, il lui remit le portrait : « Mon ami, lui dit-il, je te le donne. Qu'il te soit un souvenir ! N'abandonne pas la religion, qui nous est si douce et si salutaire. Aime-la, défends-la toujours... » Et montrant le portrait : « Tu m'entends, la religion... la vraie ! » Ainsi devant l'image du Pontife, le soldat chrétien, par la même parole, confessait sa foi et saluait son drapeau.

On lui présenta le crucifix. Il le prit, le pressa tendrement sur ses lèvres ; puis, élevant le bras, il dit à ses officiers : « Messieurs, je veux vous bénir. » Ils s'inclinèrent, et le colonel, le crucifix à la main, fit sur eux le signe de la croix. Ayant baisé de nouveau l'image de son Rédempteur, il ajouta : « Messieurs, baisez-le tous. » Il voulut par cette action donner une fois l'exemple qu'il regrettait de n'avoir pas donné toujours. Monseigneur Bastide, l'aumônier de Mentana et de Nerola reprit le crucifix et le présenta aux officiers. Ils vinrent ensuite, tour à tour, le cœur plein de tendresse et de respect et les yeux pleins de larmes, baiser la main de leur chef. Il les remercia : « Maintenant, messieurs, adieu ! il est tard, allez dîner. Vous avez encore bien des manœuvres à faire ; moi je n'en ai plus qu'une.... la grande ! » En ce moment entra M. Prévost, l'un des capitaines de la Légion, revenant du Vatican où il s'était rendu pour solliciter une suprême bénédiction du Pape. Il dit que le Saint-Père avait voulu s'informer lui-même de l'état du colonel, et qu'il lui envoyait sa plus affectueuse bénédiction pour la vie et pour la mort. Le mourant fit un dernier effort, et dit : « Messieurs, voyez comme le Saint Père est bon, comme Dieu est bon. Je remercie le Saint Père de la grâce qu'il me fait. C'est un honneur pour la Légion... Major, vous mettrez cette bénédiction à l'ordre du jour. »

Ce fut son dernier commandement, presque sa dernière parole II s'assoupit, ce beau commandement sur les lèvres, la croix sur le cœur. Monseigneur Bastide, au milieu des officiers à genoux, commença les prières des agonisants ; l'âme passa lorsqu'elles allaient finir.

Ces détails sont très exacts. Je les tiens d'un témoin encore tout ému, je pourrais dire tout embaumé. Ainsi ce brave soldat, homme simple et droit dans son cœur, a recueilli le fruit surnaturel de ses vertus humaines. Une sainte mort a couronné sa bonne vie. C'est la grâce de Rome et la grâce des sacrements. Heureux qui aime Rome, et qui l'a défendue ! Heureux qui ne

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