III. — SOLDATS
s'est point assis dans les chaires de pestilence et n'a point écouté leur pestilentiel enseignement ! Heureux qui, négligeant les œuvres de la foi, ne s'est pas néanmoins refusé aux œuvres du devoir ! Heureux qui n'a blasphémé ni la justice, ni la lumière, ni la miséricorde, et qui réveillé d'un long oubli, a cru naïvement et sagement que Dieu veut pardonner !
J'ai dit que le comte d'Argy était de la bonne race militaire. Il rappelait ces guerroyers tant aimés en France, qui traversant une longue vie le sabre au poing, arrivaient à se faire des amis partout et jusqu'au ciel. Il avait une taille et une carrure de géant, la mine martiale, la douceur ronde de la force disciplinée par elle-même et polie par l'éducation. Je ne peux mieux le quitter qu'en vous redisant cette épitaphe qui fut faite je crois pour le maréchal Boucicau :
« On doit honorer les faicts d'armes Que il fit pendant qu'il vivoit, Que Dieu ayt pitié sur toute âme De la sienne, car bonne estoit. »
LE COMTE D ESTOURNEL
25 janvier 1871.
Le jeune comte d'Estournel, lieutenant de la garde nationale, se trouvait, le 19, au combat de Buzenval. Il s'offrit pour porter un ordre pendant la nuit, rencontra un poste prussien et tomba horriblement frappé. La balle lui brisa le coude et traversa tout le corps. On l'apporta a la ferme Fouilleuse, où il fallut passer la nuit sur le pavé d'une écurie ouverte à tous les vents. Un prêtre, heureusement, se trouvait là et put lui donner quelques soins, comme aux autres blessés qui encombraient ce misérable asile. La nuit fut longue, M. d'Estournel en supporta patiemment les atroces douleurs. De temps en temps, pour se délasser, il reposait sa tête sur les genoux du prêtre. Profitant d'un moment de répit, il se confessa avec une admirable tranquillité d'âme et une parfaite résignation à la volonté de Dieu.
Tout secours matériel manquait ; son charitable infirmier ne put trouver à lui donner qu'un peu d eau saumâtre. Non moins charitable envers celui qui se désolait de ne pouvoir mieux le servir, le blessé lui rendit grâces de ce peu d'eau dont il ne voulut point avouer l'amertume. Encore que la douleur lui arrachât quelques gémissements, il ne se plaignait de rien.
Enfin les voitures d'ambulance arrivèrent, plusieurs heures après le jour. Le prêtre put y installer son cher blessé et suivit