‹ Âmes héroïquesChapitre 36 sur 85 · DEUX MORTS DE LA GARDE MOBILE · texte numérisé non relu

DEUX MORTS DE LA GARDE MOBILE

25 janvier 1871.

Il y a trois jours, à l'ambulance de Rueil, un jeune Breton de la garde mobile, au moment de rendre l'âme, fit un suprême effort, se souleva sur sa couche, et d'une voix forte et solennelle, il dit : « Jésus-Christ vaincra.... Jésus-Christ Notre-Seigneur. Oui, il vaincra, son règne arrivera sur la terre... Mon Dieu, que votre règne arrive ! que votre volonté soit faite !... » Sa voix s'éteignit et il expira. Il y avait là diverses sortes de gens bien éloignés des pensées religieuses, mobiles de 48, francs-tireurs de Paris, etc ; ils se regardèrent étonnés, quelques-uns émus jusqu'aux larmes. D'autres découvrirent leur front, saluant involontairement cette âme qu'ils semblaient voir monter au ciel, et un long et respectueux silence régna dans la salle.

Le même jour, dans une autre ambulance, on amputait des deux jambes un soldat blessé d'un éclat d'obus, sa double blessure était affreuse, et l'opération fut longue et formidable. Le soldat garçon de vingt et quelques années, Vendéen, subit le terrible traitement sans donner aucun signe de faiblesse, ne disant que ces mots : « Mon Dieu, pardon ! Mon Dieu pardon pour la France et pour moi ! »

Nous entendons encore la voix du témoin qui nous racontait le fait tout à l'heure ; nous voyons ses yeux pleins de larmes et rillumination de son visage, qui nous rendait mieux que ses paroles l'impression de cette sérénité sublime.

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