‹ Âmes héroïquesChapitre 39 sur 85 · ECRIVAINS · texte numérisé non relu

ECRIVAINS

AMLS HÉROÏQUES. - II. ■ <

EDOUARD OURL1AC (d)

(m. ire s. iv, 58o)

Edouard Ourliac est mort le 3i juillet i848, jour anniversaire de sa naissance. Il avait trente-cinq ans. Un mois avant sa mort il appela un cousin, le seul parent qui lui restât. Il lui fit jurer de prendre tous ses papiers, tous ses livres, et de brûler tout ce qu'il trouverait écrit de sa main ou portant son nom. Je n'ai pas fait le même serment, et j'aurais eu de la peine à le tenir. Malgré cette passion d'être oublié, qu'Ourliac éprouvait en mourant, je crois pouvoir satisfaire mon cœur qui veut payer un tribut d'affection et de respect à sa mémoire. De tous les hommes que j'ai connus, aucun ne m'a paru plus vraiment estimable ; entre tous ceux que j'ai vu mourir, il n'en est point que la mort ait délivré de plus de douleurs ; et pourtant combien je l'ai regretté !

Il était une de nos espérances ; nous comptions qu'il deviendrait un excellent écrivain religieux, et d'une qualité bien rare chez nous, ou qui, plutôt, y manque tout à fait : fin, enjoué, plein à la fois de bon sens, d'honnêteté, de sel, et pardessus tout inventif. Il quittait les petits sentiers de la fantaisie littéraire pour entrer dans le grand chemin de la nature, avec ses qualités propres, avec un esprit perfectionné par de longues éludes, une âme fortifiée par la foi, un cœur instruit par le malheur. C'était un mélange de Sterne et de Lesage, où l'on voyait sourire la naïveté de La Fontaine et pétiller l'ironie de

(1) Cette notice a été publiée dans le Correspondant.

Voltaire. Epuré et christianisé, [ensemble était original et loucliail à toutes les choses délicates de l'esprit et du cœur. Ourliac n'écrivait rien qui ne laissât une émotion de bonté, de raison, de courage. Rien d'emphatique jamais, et rien de languissant. Il avait le goût de simplicité des maîtres ; il s'était mis tout de bon ta leur ferme et saine école, et personne ne les connaissait mieux.

Ce chrétien si fervent, ce classique si pur, avait commencé par être voltairien et romantique. Ses parents, plus artisans que bourgeois, malgré l'habit et 1 emploi, s'étaient efforcés de lui faire donner de l'éducation. Gens du Midi, ils ne manquaient point de sentiments religieux, quoique fort ignorants et éloignés de toute pratique de piété. Ils l'avaient d'abord placé à Montdidier, chez les Lazaristes, où il eut pour professeur cet humble et héroïque Père Perboyre, le plus timide des hommes qui n'osait réprimander un de ses élèves, et qui, plus tard, missionnaire en Chine, méprisa tous les supplices et mourut au milieu des tortures, martyr de Jésus-Christ. Ourliac reçut là de bonnes semences ; il y fit sa première communion dans la candeur la plus parfaite et avec la foi la plus vive. Mais ses parents, venus à Paris, le mirent au collège. Le collège étouffa tout. Il en sortit de bonne heure, sans innocence et sans foi, pour occuper une petite place dans l'administration des hôpitaux. Sa vocation ne l'y laissa pas longtemps. Il tomba aux mains de certains spéculateurs en papier imprimé, les uns écrivains, les autres libraires, qui exploitent la verve, l'ignorance et l'audace des jeunes gens. On lui fit faire un roman, dont le titre seul était déjà un scandale. Il n'avait pas dix-huit ans. Le voilà lancé dans la littérature, par quelle porte grand Dieu ! Je ne connais pas ce premier ouvrage. Un jour, je demandai à Ourliac ce que c'était. — « Je l'ai rencontré dernièrement sur les quais, me dit-il, je l'ai acheté et je l'ai jeté dans la Seine ; mais je me suis gardé de le lire. »

Ce début le mit en relation avec d'autres écrivains à peu près de son espèce et de son âge. Il y avait, comment dirai- je ? non pas un salon, non pas un camp, mais une sorte de wig-' wam littéraire, alors fameux, où l'on accueillait tout ce qui s'annonçait, même de loin, capable de tenir une plume ; les plus ignorants les plus imberbes étaient préférés. Pour être reçus, ils n'avaient pas de profession de foi à faire, ni en religion ni en politique ; on ne leur demandait pas de louanges, oa leur en donnait. On leur disait qu'ils sauveraient l'honneur des lettres, qu'ils seraient applaudis, honorés, riches. Ils faisaient d'abord le métier de claqueurs au parterre ; ensuite on les

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