IV. ECRIVAINS IO
une pleine d'un attrait agreste et religieux, intitulée : La Procession de Matières. C'est la description d'une procession de la Fête-Dieu dans les champs. Si je ne m'abuse, on voit là ce qu'Ourliac aurait pu faire, ce que l'on pouvait attendre de son art épuré par son cœur. Parmi ces paysans qui se sont naïvement mis en fête pour honorer Dieu et qui escortent respectueusement le dais orné de bouquets d'herbes sauvages, il fait intervenir des esprits forts, qui proposent leurs éternelles objections. Il les réfute avec une grâce aimable et vive, et avec une véritable explosion d'amour pour le Dieu bon qu'ils outragent. Personne n'aurait été plus capable que lui de réduire à leur platitude native ces arguments de l'impiété vulgaire, dont s'empêtrent tant de hautaines raisons. Il avait des sourires qui faisaient choir toute la pompe de la dialectique incrédule ; quelques bons mots lui auraient suffi pour jeter bas plus d'un prétendu géant.
Ces combats auxquels il se préparait, il ne devait pas les livrer. Sa santé déclinait rapidement ; chaque jour il voyait diminuer le chétif reste de ses forces. Un coup terrible vint l'achever. Sa mère, qu'il avait recueillie près de lui, mourut. Ramenée à Dieu par l'exemple de son fils, elle expira dans les sentiments d'une foi sincère ; mais Ourliac perdait en elle l'appui le plus sûr de son cœur et le confident le plus attendri de ses chagrins. Bientôt les médecins l'avertirent de chercher luimême un air plus doux que celui de Paris. Où aller ? Il était pauvre et ne pouvait entreprendre un long voyage. On lui dit que le lieu importait peu, pourvu qu'il changeât d'air et qu'il pût trouver un peu de distraction. « Allons, dit-il en souriant, je vois que j'ai une maladie inconnue. Mais obéissons sans raisonner, et allons cracher ailleurs, par ordonnance du médecin. »
M. l'abbé Gobil, jeune et excellent prêtre, qu'il avait eu occasion d'apprécier, s'était fixé au Mans. Ourliac résolut d'aller le trouver, afin, disait-il, d'avoir un confesseur tout prêt. Il partit dans les premiers jours du mois d'août i845 et nous informa de son arrivée par une lettre que je me sais gré de n'avoir point perdue :
Le M.uis. 11 août 1845.
Je n'ai pas eu le temps, mon cher ami, de vous remercier, avant de partir, de vos bonnes lettres de recommandation, don! je recueille les fruits depuis trois ou quatre jours. Hélas ! le mai est qu'il me faut parler. Ils voudraient aussi me faire man-