IL - AMES II L ROHM
ger, mais je nie défends tant que je peux. J'ai dîné avec Monseigneur l'évoque de Chartres (i) (qui est un aimable et admirable homme), et j'en suis d'autant plus flatté qu'il m'a constamment appelé ô'Ourillac ou d'Houriaque, signe qu'il me connaît sous de bons rapports. Il habile un évêché qui est une rareté pittoresque, à côté du magnifique porche de sa cathédrale. Malheureusement, il fait là un vent qui me chassait sans cesse. L'abbé Germond a été d'une bonté que je ne qualifierai pas. attendu que les termes me manqueraient pour l'abbé Gobil et ses amis. Me voilà établi, comme un vieux de province, dans un grand fauteuil, derrière un carreau tranquille. Je bois trois pintes de lait par jour ; j'habite une rue où il n'est passé, depuis ce matin, qu'un homme en paletot bleu, qui semblait s'être trompé de route ; j'ai un petit jardin où j'irais me chauffer au soleil, si le soleil n'était pas un astre destitué ; enfin, je mets les pieds en sortant dans une superbe campagne qu'on songe à éclairer aux bougies (spécialité du Mans)... Je demeure chez un professeur de l'Université. Oui, M. P., professe la quatrième au collège ! Mais nous nous sommes montré nos chapelets, et le soir, j'entendais les petits enfants qui récitaient en cadence : Mn, mn, mn, Ora pro nobis ; mn, mn, mn, Ora pro nobis, etc. ; je me suis endormi là-dessus. J'ai retrouvé ici plusieurs abbés Morisseau ; l'abbé Boulanger notamment, semble taillé sur le patron de votre chanoine de Tours : c'est la même gaieté, la même pétulance et la même candeur sautillante d'oiseau privé. En somme, je ne vais pas mieux ; je ne souffre point, ma poitrine est bonne, nulle oppression ; mais je tousse, je crache, je suis faible. Rien n'y fait ; je cherche à démêler, tous les matins, si je n'étais pas crocheteur la veille et si je n'ai point charrié des meubles. La Rancune lui-même, en arrivant au Mans, n'était pas plus las du poids de sa contre-basse. Je le vois d'ici, montant la route avec Mademoiselle de la Caverne et sa troupe. Ce roman est le seul souvenir historique qui me soit venu ici : J'oubliais H... Avez-vous connu H... ? Il en a fait de belles dans ce pays ; c'est lui qui pense que l'on doit à Marat, sinon de l'amour, au moins l'estime la plus affectueuse. Voilà une dette que vous ne vous connaissez peut-être pas.
On peut maintenant m 'adresser directement le journal. Voici mon étiquette : à M. Ourliac, chez M. P., rue du Champ- Carreau, 38, au Mans (Sarthe). J'attends des nouvelles des divers paquets qui pourraient m 'arriver, à propos de quoi votre cher frère a eu la bonté de m 'offrir ses services. Il y a certaines
(1) Mgr Clausel de Montais.