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CONTES POUR LES ENFANTS

4 Décembre 1876.

Nous avons déjà loué les Contes de Mme Testas. Nous voulons y revenir d'une manière plus sérieuse à l'occasion des cadeaux du jour de l'an. Beaucoup de cadeaux sont plus coûteux, très peu possèdent les mêmes mérites. Nous nous faisons un devoir de recommander ces petits contes sans faste, sans illustrations ni brevets d'aucune sorte, mais dont rien, à notre connaissance, ne surpasse la bonne grâce, la candeur et, pour dernier et suprême éloge, la salubrité. Nous les avons lus en père de famille, en patron et en parrain. Ils ne peuvent gâter, ni ennuyer, ni alarmer personne. Nous les avons lus même en homme de lettres et nous pouvons dire qu'à ce litre nous n'en avons pas été moins content. Certes, nous ne cherchions point là un plaisir littéraire et nous nous attendions plutôt à quelque déconvenue. Mais nous avons trouvé aussi ce plaisir là, et exquis et parfait. Ces aimables contes sont aussi pleins de bon goût que de bon sens. Ils sont faits avec un art qui s'ignore, tout entier fourni par la nature et qui peut-être ne se trouverait plus si l 'auteur avait la prétention de le montrer. Néanmoins, Mme Testas s'entend au choix du sujet, à la conduile du drame, au développement des caractères, aux épisodes, à la façon de dire. I^lle sait toucher le cœur, intéresser l'esprit, amener

(1) V Asile du quai d'Anjou. — Récits de M. Jean-Antoine. — Défauts el Vertus de l'Enfance. — Une jonchée de Fleurs. — Librairie Blériot, C5, rue des Craiids-Aug-ustJn", Paris.

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doucement, comme il convient, Je rire cl les [armes : tout cela sans se l'être proposé et presque sans le -avoir, parce que la situation le commande et parce que le récit le rencontre tout' naturellement sur son chemin bien choisis, surtout lorsqu'on jm va pas vers l'extraordinaire et qu'on l'ait même profession de n\ }>a^ aller ? C'est la grande sagesse des enfants. Ils von<t devant eux, s'arrêlanl à tout ce qui les intéresse et s'intéressant à tout ce qu'ils voient, mais pas longtemps, passant vite, ne demandant pas le pourquoi du pourquoi, satisfaits de la première venue, pourvu qu'elle soit bonne ; c'est la sagesse aussi de ceux qui les conduisent de ne donner que l'explication qui suffit. Mme Testas possède au suprême degré ce rare talent. Elle ne dit que ce qu'il faut sans bredouiller et sans lambiner. Elle écrit pour les tout petits enfants du tout petit peuple ; son grand but est de les amuser et de les instruire un tout petit peu elle leur glisse, en les amusant, une petite instruction dont elle tire une petite morale, et c'est fait. Elle s'en tient là. Ce n'est à proprement parler, qu'une goutte de lait. Elle ne veut pas changer sa bande légère en une harde de citoyens et d'hommes d'Etat, ce qui la changerait elle-même en pédagogue assommant. Elle ne ferait ainsi le compte do personne. A ce pédant qui la voulait induire en grammaire et en orthographe surfines, Mme de Sévigné répondait : Vous avez raison, sans doute, mais je croirais qu'il me pousse de la barbe. — Aujourd'hui, nos dames d'écritoire, même celles qui confectionnent pour enfants, veulent toutes avoir quelques brins de barbe. Moyennant ce charmant appendice, elles semblent croire qu'il est facile d'écrire pour les enfants comme pour les hommes. Elles rencontrent des académiciens sans enfants et sans barbe, qui les encouragent lâchement dans cette immense erreur. Ces dames et leurs académiciens se trompent. Mais les enfants ne s'y trompent pas et refusent les bouillies que leur prépare cette nouvelle et redoutable espèce de sapeurs. Rien n'est sacré pour un sapeur! la chanson le dit, et surtout oeux-là qui n'ont point d'enfants et qui n'aiment point les enfants. Mme Testas sait qu'elle est née. Elle en veut faire ; elle en fait. Mais quelle bouillie, saine, légère, cuite à point ! Quel lait pur ! quelle fleur de farine î Quelle dose de sucre savamment choisie et savamment ménagée. Une telle bouillie requiert un art aussi consommé et plus prudent que celui de n'importe quel cordon bleu. Elle n'y admet rien qui puisse fatiguer l'estomac, rien qui, sous prétexte de flatter l'appétit, l'irrite et le déprave. Tout le talent d'une cuisinière émérite ne pourrait réussir un pareil met : l'art qu'il

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