IV. ECRIVAINS 10 I
glement interprété par les supérieurs. Mais je m'applique surtout à contenter le goût des enfants qui est en général meilleur que le mien et bien meilleur que celui du règlement, surtout du règlement expliqué par M. le Maire. Eh bien, je me suis aperçue que ce n'est pas absolument facile !
Ce public de trois à sept ans est très délicat et très franc. Je veux dire très impertinent. Quand l'histoire ne l'intéresse pas, quand les caractères ne sont pas vrais ou sont trop faux, ou mal introduits ; quand le drame n'est pas accessible ; quand la morale est mal tirée ; quand les descriptions sont mal ampoulées et trop longues ; quand l'orateur n'est pas naturel dans son geste et dans sa voix ; quand il n'est pas animé ou quand il l'est trop ; lorsqu'il est lent, lorsqu'il force le pas ou lorsqu'il manque de clarté, ou lorsqu'il a une clarté froide ou monotone et trop claire (voilà bien des nuances, j'en pourrais énumérer bien d'autres), mes bambins ne manquent pas de s'ennuyer, de le laisser voir et même de le dire. Dans les commencements j'en ai fait l'épreuve mortifiante. Ils bâillaient, se détiraient, se dissipaient, demandaient à sortir ; quelques-uns tombaient endormis sans aucune pitié. J'ai eu des séries d'échecs épouvantables, des échecs même préventifs. Ils ne me laissaient pas le temps d'ouvrir la bouche et poussaient la cruauté jusqu'à bâiller d'avance. Plus d'une fois je me suis crue sifflée à ne m'en relever jamais. Cependant j'ai persévéré. Quelques succès, la plupart de hasard, se mêlant aux chutes répétées m'ont montré ce qu'il y avait à faire. J'ai d'abord, lâchement, je l'avoue, suivi le goût qui n'était pas parfait, et plus vite j'ai corrigé le mien qui laissait aussi à désirer ; et enfin je suis arrivée à tenir sûrement mon affaire :
D'abord, il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien; Puis enfin il n'y manqua rien.
Le gros de mon secret était dans La Fontaine. Mais pour le trouver il fallait d'abord le connaître. Il faut de l'expérience, du goût, du bon sens, de l'attention et du je ne sais quoi. Le je ne sais quoi se trouve je ne sais comment, et vient je ne sais d'où. Entre nous, je crois bien que c'est la prière qui le donne. Mais je ne l'avouerais pas à tous mes supérieurs : je serais soupçonnée de théologie. En vérité, cependant, la prière fait beaucoup. Là aussi, elle procure du courage. Il en faut même là. Elle ouvre la porte aux idées ; elle les conduit. Elle sert à léducation de tout le monde, particulièrement à celle des maîtres. C'est elle qui a fait mon éducation et c'est par elle que j'ai pu perfectionner et affiner celle de mes auditeurs. Le Pater ne «'apprend pas seulement avec de la mémoire. Maintenant nous