‹ Âmes héroïquesChapitre 67 sur 85 · II. — IBIS9 RÉROÏQ1 ES · texte numérisé non relu

II. — IBIS9 RÉROÏQ1 ES

allons bien, el telle que vous me voyez, j'ose dire que je suifl presque assurée d'avoir toujours du succès. Si j'osais avouer toute ma pensée, je dirais que cliez moi, au milieu de mon peuple, je suis un orateur presque de premier ordre. On ne baille plus d'avance. J'empoigne mon public récalcitrant, et je n ai besoin que de très peu de ficelles pour le tenir attentif jusqu'au bout du discours. Il faut pourtant des ficelles et j'en ai. La principale est de conclure très vite quand le temps est beau.

Voilà tout. Je vous avoue que les grands succès sont flatteurs et qu'on y prend le goût d'écrire que j'avais autrefois si peu, mais dont j'ai fini par être tourmentée. Quand toutes ces petites tètes sont tournées vers vous attentives, vivantes et immobiles, tellement qu'un hanneton dans la salle ne les distrairait pas, on peut se dire et on se dit que l'on tient des propos intéressants. Aussi ai-je fait à mes enfants tous les contes qu© j'écris, et je n'en écris pas un qui n'ait subi cette épreuve plusieurs fois. Celui qui n'a pas été approuvé et redemandé avec instance, je le supprime, m'eût-il plu excessivement. Mais quand le conte a excité des rires et des attendrissements, lorsqu'il s'est imprimé dans ces mémoires de sable fin assez profondément pour que le grand vent qui se produit en deux ou trois jours d'intervalle n'ait pu l'effacer, comment croire alors que ce n'est pas un maître conte? et comment résister au plaisir de le jeter en plein désert et en plein océan, comme un moment éternel ? Maintenant c'est votre affaire de tirer de là une poétique. Je n'en sais pas plus long.

Et moi je ne sais pas si les maîtres de conférences à l'école normale parlent mieux que cette maîtresse de petite école. Mais je sais que si cette maîtresse de petite école parle comme elle écrit, elle écrit comme il faut, et que son dernier recueil : Une Jonchée de fleurs, est agréable, salubre et édifiant. Certainement s'il m'était conté,

J'y prendrais un plaisir extrême.

et c'est déjà un plaisir de le lire. Rien qui heurte, rien qui choque, rien qui sorte du ton. C'est proprement une fleur des champs en plein champ, avec sa grâce, sa flexibilité, sa simplicité, son aimable peinture, son parfum léger et très doux. Elle n'est pas plantée dans une porcelaine historiée, mais dans la bonne terre, au milieu des herbes et des buissons. L'air de la nature, le libre grand air est partout, baigne tout. Ses effluves sont bénins et sains ; tout est simple, tout est vrai, tout est pur, les caractères, les descriptions, les sentiments, le langage. On est transporté dans un autre monde, le monde inaccoutumé et

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