‹ Âmes héroïquesChapitre 68 sur 85 · IV. — ECRIVAINS I · texte numérisé non relu

IV. — ECRIVAINS I

devenu invraisemblable, de la vérité, de la pureté d'âme et de la bonté. Dans ce monde vrai, mais arrangé pour l'enfance il n'y a pas d'envieux, point d'incrédules et point de méchants, du moins point de méchants noirs et obstinés. Les enfants qui n'ont pas assez de raison pour être méchants, en ont bien moins encore pour se rendre compte de la méchanceté. La méchanceté nécessiterait les dissertations philosophiques, il n'en faut point, le conte n'en veut pas. Le méchant n'y apparaît que dans un coin et dans une certaine mesure. Il est puni, c'est-à-dire corrigé et il n'est plus question de lui. L'envieux est plus ignore encore. Il n'est qu'un personnage sot et presque chimérique dont on a à peine ouï parler et qui ne se montre pas. Il est un pécheur et il commet un péché comme ceux dont saint Paul ne parle aux chrétiens que pour leur dire : qu'il n'en soit pas question entre vous. — Quel rapport peut-il y avoir entre l'envieux et le pauvre de Jésus-Christ, lequel n'a rien à perdre et rien à désirer, puisque rien ne lui manque ? L'humble n'envie pas et n'est pas envieux, car l'humilité est contente de tout ce qu'elle a et trouve autour d'elle tout ce qu'il lui faut. L'humilité, la douce et charmante humilité, est le grand caractère de ces contes. Son nom n'est pas prononcé, mais elle est présente et agissante partout, comme la vertu même du monde, la ressource de toute abondance et la cause de toute paix ; tellement naturelle, nécessaire et féconde, qu'il n'est pas besoin de la nommer. Elle a du pain, des amis, du travail et des fleurs ; et tout le conte fait bien voir qu'on ne pourrait manquer do quelque chose et de quelque joie que par manque d'humilité.

Un autre point qui paraît naturel, c'est le respect des supérieurs et des parents. Des enfants de l'école ne doivent pas savoir qu'il y a de méchants supérieurs et de méchants parents. Ce point de règle est ordinairement plus que négligé dans les livres pour l'enfance. Mme Testas n'en dit rien et ne le néglige pas, parce que c'est une chose naturelle à l'enfant d'obéir, et la preuve, c'est que l'enfant ne manque jamais à l'obéissance, qu'il ne soit bientôt puni ; car Dieu est là qui veille toujours pour redresser et corriger ce que les hommes ne verraient pas.

Tout en prenant soin de ne pas trop s'écarter de la volonté des supérieurs qui redoutent les empiétements de la théologie, elle sait cependant se montrer fidèle aux ordres de Dieu lorsqu'ils vont un peu plus loin que MM. les supérieurs ne le voudraient. Voici par exemple, une petite fille qui prêche un peu rondement un électeur parisien, chiffonnier de son état, qui se trouve arrivé, sans y penser, comme tout autre prince, à l'heure

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de la mort. Je veux terminer par ce tableau où je trouve un spécimen parfait du conte et de tout le recueil :

Havie rentra dans la chambre du vieux chiffonnier, s 'assit près de son lit, ruminant un tas de petites idées tout en Taisant un petit ouvrage de crochet. Marcel alla faire une commission aux halles, Renaudille s'en fut balayer la rue, et Flavie resta seule à garder le malade.

Après un grand moment de silence le bonhomme fit celle exclamation :

— Mon Dieu ! mon Dieu ! que je voudrais donc guérir î

— Oh ! vous ne guérirez pas, mon pauvre homme ! fit ingénument la petite fille.

— Tu crois, mon enfant ?

— Oui, parce que le médecin l'a dit à ma tante.

— Et comment a-t-il avoué ça, s'écria le malade en se soulevant sur son lit.

— Oh ! il a dit comme ça qu'on pouvait vous donner tout ce que vous demanderiez, parce que dans huit jours vous seriez mort...

— Hélas ! hélas ! fit-il en retombant sur son lit et pleurant.

— Ça vous fait donc bien de la peine de mourir ? ajouta la fillette, en s approchant du lit du père Simonet et lui essuyant doucement les yeux avec son mouchoir.

— Hélas i c'est si triste de mourir !

— Mais non ! vous verrez le bon Dieu assis sur son trône 11 vous jugera suivant ce que vous aurez fait ; si vous avez toujours été un brave homme, vous irez au ciel vous asseoir à une belle place, à côté d'un saint ; si au contraire vous avez fait quelque chose de mal, vous irez en purgatoire. Mais je prierai le bon Dieu pour vous, et vous en sortirez bientôt. Il n'y a que si vous avez commis de gros, gros péchés, oh ! alors, vous irez en enfer ! là, par exemple, c'est dur !

- — Qui est-ce qui t'a appris tout ça, ma petite ?

— C'est la dame de l'asile ; elle dit encore qu'il faut demander un prêtre quand on se sent bien malade pour en recevoir l 'extrême-onction.

— Qu'est-ce que cela ?

— Vous ne le savez pas ?

— Hélas ! non ; de mon temps il n'y avait pas de salles d'asile.

— L extrême-onction est un sacrement qui aide à bien mourir, et c'est un prêtre qui le donne. Vous en enverrez chercher un. n'est-ce pas ?

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