‹ Âmes héroïquesChapitre 69 sur 85 · IV. — ÉCRIVAINS l · texte numérisé non relu

IV. — ÉCRIVAINS l

— C est-il donc vrai que je suis à la mort !

— Puisque le bon médecin l'a dit voyez-vous, à un prêtre, vous lui direz tous vos péchés, les gros comme les petits ; il vous donnera l'absolution, c'est-à-dire qu'il fera un signe de croix, et tous vos péchés seront effacés. Ensuite le prêtre tracera avec de l'huile bénite, des croix dans vos mains, sur vos pieds, sur Votre poitrine, et demandera en même temps au bon Dieu de vous guérir. Peut-être bien que le bon Dieu le lui accordera ; mais s'il veut que vous mouriez, le prêtre priera pour que vous alliez dans le ciel tout droit. Vous voyez bien, père Simonet, que c'est bien utile d'envoyer chercher M. le curé.

Renaudille rentra en ce moment, et Flavie en resta là de son petit discours. Cependant il ne fut pas perdu...

L'après-midi, Simonet appela près de son lit la petite prêcheuse et lui dit tout bas :

— Va à l'église me chercher un prêtre, et dis-lui de venir tout de suite, je sens que je m'en vas.

Flavie partit comme une flèche....

Voilà le sermon et la théologie. Nulle part on n'en trouve exemple plus long et plus compliqué. C'est bien simple comme; on voit. Mais quelle justesse d'esprit et quel esprit de justice et de cœur il faut avoir pour s'en tenir à cette simplicité !

Je regarde Mme Testas comme un auteur heureux, très heureux, parce qu'elle peut s'exempter de l'horreur de voir et de montrer les méchants. C'est une vengeance qui pour elle n'existe pas. De quelle utilité, dit-elle, sont les méchants et quel besoin ont les enfants de faire si vite connaissance avec, eux ? Le bon moyen de s'en garer est de ne les connaître pas. S'habituer à vivre parmi les bons et prendre le goût d'être bon soi-même est cent fois plus heureux et plus sage, puisqu'ils enseignent la pratique de la vertu. Plus tard il faudra bien rencontrer les méchants puisqu'on habite la terre. Ils sont là, tout près de vos pieds. Ils rampent. Il faut bien livrer à leur brave une partie de sa robe, à leur dent une partie de son cœur ; mais levez les yeux au ciel, et vous verrez toujours le chemin où ils ne sont pas. Heureuse l'âme qui a acquis cette science et qui, à soixante ans, conserve cette jeunesse, cette fraîcheur et cette bonté. Elle a fait son profit de la vie. Elle peut en braver les dernières amertumes.

Page 1