‹ Âmes héroïquesChapitre 72 sur 85 · LES QUATRE MARTYRS · texte numérisé non relu

LES QUATRE MARTYRS

(m. 2e s. ii, 465)

15 avril 1856

M. Rio publie un fragment du vaste travail où il voulait traiter de la Poésie chrétienne dans son principe, dans sa matière et dans ses formes. Les études l'avaient conduit à envisager le martyre comme un des plus riches domaines qui, dans la famille du Christ, constituent la matière de l'art. C'est là en effet, que l'âme et l'intelligence humaine peuvent contempler le plus direct, le plus pur et le plus touchant reflet du Beau souverain et l'absolu. Le martyre est l'idéal du dévouement et du sacrifice, toujours grand, noble, parfait dans son principe, dans sa marche dans son but. C'est l'amour de Dieu qui se propose l'œuvre même de Dieu, et qui l'accomplit par les mîmes moyens que Dieu a voulu l'accomplir au milieu des hommes ; c'est-à-dire, par les souffrances et la mort de la croix. On comprend à quel point l'intelligence de la poésie chrétienne est liée à l'étude, à la méditation du martyre. M. Rio nous dit qu'à mesure qu'il réunissait les matériaux, ce sujet devenait pour lui 1 objet d'une prédilection particulière. Ne pouvant donner suite à son dessein, il a du moins voulu signaler à la sympathie de ses lecteurs, quatre types, qui, sans épuiser toutes les variétés du martyre réunissent chacun dans son genre les conditions de l'idéal religieux, lesquelles sont identiquement les conditions de l'idéal poétique.

Ces quatres types sont quatre biographies, tirées avec une exactitude scrupuleuse des documenta les plus authentiques.

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L'écrivain n'avail rien à inventer pour intéresser ses lecteurs, et le chrétien se serait roproché d'inventer quelque chose. On pourrait dire que ce sont quatre chapitres qu'il ajoute aux Acta niartyrurn et qu'il restitue à la famille catholique. Us étaient ignorés ou tombés dans l'oubli. En voici les titre- : Philippe Howard, martyr de la vérité ; Ansaldo Ceba, martyr de la charité; Helena Cornaro. martyr de l'humilité: Marc- Antoine Bragaduw, le soldat martyr. Noms profondément inconnus, sauf peut-être de quelques rares érudits ; mais désormais, grâce à une plume habile et savante, placés avec honneur dans ces pieux souvenirs qui sont la meilleure richesse des cœurs chrétiens. M. Rio s'est heureusement acquitté de sa tâche. Il a écrit noblement et simplement ces nobles et simples liistoires, dérobant en quelque sorte son émotion sous les faits qu'il raconte. Le cœur bat, la voix est calme. G est l'art qu'il faut en de pareils sujets : mais cet art ne s'apprend point. Heureux ceux à qui Dieu l'a révélé !

L'histoire d'Ansaldo Ceba et celle d'Helena Cornaro paraissent moins, au premier aspect, avoir le caractère de ce que l'on appelle ordinairement le martyre. Ansaldo Ceba, poète génois de la fin du seizième siècle, échoua dans ses efforts pour convertir au christianisme une juive belle et célèbre qu'il aimait sans l'avoir jamais vue. Il mourut sans espérer le salut de celte âme pour laquelle il avait tant souffert et tant prié. Helena Cornaro. fille d'un patricien de Venise, fut toute sa vie victime de l'étrange orgueil de son père, qui voulut absolument qu'elle devînt un prodige de science humaine, lorsque Dieu semblait l'avoir destinée à la vie du cloître. Elle dut apprendre toutes les langues savantes, se rendre capable de demander 1<> doctorat en théologie, si l'Eglise y consentait, et se faire recevoir maîtresse es arts et docteur en philosophie à l'Université de Padoue Elle succomba à la fleur de son âge, belle, aimable et pure, la femme la plus admirée de l'Italie, célèbre dans toute l'Europe, mais crucifiée par celte gloire dont elle avait eu toujours horreur ; martyre, en effet, de l'humilité, comme dit son biographe, et martyre aussi de l'obéissance. L'auteur a su. par une analyse délicate et profonde, dans l'histoire d'Ansaldo. et surtout dans celle d'Helena, faire comprendre ce martyre de l'âme qui se poursuit et se consomme lentement, sans que la victime ait à répandre une goutte de sang ni pour ainsi dire une larme ; supplice invisible, où les bourreaux sont des ami qui frappent avec constance, d'une main douce et d'un cœur affectueux. Sur leur croix, Ansaldo et Helena étaient d'ailleurs deux parfaits chrétiens, résignés, tendres, acceptant leurs souf-

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