TROIS MARTYRS EN CORÉE
6 Mai 1867.
Le dernier numéro des Annales de la Propagation de la foi (mai 1867) contient des lettres de Chine, de Corée, du Dahomey et de la Polynésie orientale.
Les lettres de Corée, adressées par M. Féron, de la congrégation des Missions-Etrangères, complètent les détails déjà publiés sur la persécution qui sévit en Corée depuis 1866. Elles racontent le martyre de trois néophytes coréens, mis à mort après les neuf missionnaires français. Ces trois néophytes ont été torturés plus cruellement encore que leurs prêtres ; Dieu leur a accordé de montrer la même vertu.
Nous abrégeons ce récit, tracé avec une simplicité sublime par l'apôtre qui survit seul à ses frères.
Paul 0 Pan-tsi, de race noble, après une jeunesse dissipée s'était montré digne du baptême, et il vivait en pénitent. Arrêté le 11 mars 1866, il subit un premier interrogatoire suivi du supplice du Isioul ou ploiement des os des jambes. Interrogé de nouveau, la lorture ne put lui arracher que quelques soupirs. Comme on le ramenait du prétoire, un bourreau le frappa sur la tête et le sang jaillit. «, — Pourquoi, dit-il, me fraipper sans l'ordre du mandarin ? » Les bourreaux lui donnèrent de nouveaux coups, il se tut. On essaya de le faire apostasier. Deux Chrétiens, ses compagnons de chaînes eurent le malheur de faiblir et reçurent aussitôt la liberté. Il demeura inébranlable. Désespérant de le vaincre, on l'étrangla.
i 7^1 n. — un:s m'.Koïm Efl
Il avaii passé cinquante ans. Les Chrétiens recueillirent son corps et l'inhumèrent dans un terrain appartenant à sa famille.
Hyacinthe Hong, aveugle ei sexagénaire, refusa d'apostasier. Les bourreaux, lui ayant ôté ses vêtements, le lièrent par les pieds, les mains et les cheveux, el le frappèrent avec une extrême violence. Remis en prison, el chargé d'une lourde cangue, il resta ainsi sept jours, distribuant aux autres prisonniers chrétiens, privés de nourriture, presque tout ce qu'on lui apportait à manger. Bientôt on cessa de le nourrir lui-même. Jusqu'à sa mort, qu'il attendait encore cinq jours, les geôliers ne lui donnèrent plus même une goutte d'eau.
Il fut soumis à une torture inaccoutumée : les satellites lui ramenèrent la tète jusque sur les pieds passés dans les ceps, tandis qu'il avait les bras étendus en croix. Pressé de ce supplice, il souhaita qu'on y mit fin. Les bourreaux lui dirent d'abjurer, il se tut. On ne le délivra que pour lui faire subir un nouvel interrogatoire au milieu d'une autre torture. Huit bourreaux, quatre de chaque côté, le frappaient sans relâche, ne s 'interrompant que pour laisser au juge le temps de lui demander s'il était encore Chrétien. Ce saint martyr confessait sa foi, et les bourreaux continuaient de frapper. A diverses reprises la violence des coups le fit évanouir. On le déliait alors, et lorsqu'il avait repris connaissance, il disait : « Je suis Chrétien. » Enfin, sur l'ordre du juge, il fut étranglé le lundi saint.
Thomas Song, homme de vingt-huit ans, fidèle, mais jusque-là d'un caractère peu énergique, était devant le mandarin et réclamait des objets volés, lorsque tout à coup ce magistrat l'interrogea sur sa foi. Il se déclara Chrétien. Jeté aussitôt en prison, il fut si cruellement battu qu'ayant été envoyé au gouverneur de la province, les satellites furent obligés de le porter. Néanmoins, chaque jour il était dépouillé, lié et frappé à coups de bâton.
Une fois, les satellites le suspendirent par les pieds et lui couvrirent le visage d'ordures. Le martyr dit : « C'est bien ! » Les satellites, étonnés, l'interrogèrent sur le sens de cetle parole. 11 répondit : « C'est bien pour un pécheur qui a fait suer le sang à Jésus-Christ. Voilà le fiel et le vinaigre (pie lui ont fait boire nos péchés. » Une autre fois, ses compagnons de captivité ayant voulu frictionner ses membres enflés et en exprimer le sang corrompu, il s'y refusa. « Du reste, ajouta-t-il, Jésus et Marie sont venus toucher mes blessures. » L'on assure. en effet, observe M. Pérou, que dès le lendemain ses plaies étaient cicatrisées.