‹ Âmes héroïquesChapitre 76 sur 85 · V. — MARTYRS ET HOMMES DU MONDE TJÙ · texte numérisé non relu

V. — MARTYRS ET HOMMES DU MONDE TJÙ

Dans sa prison, il observait avec une scrupuleuse exactitude les jeûnes et les abstinences de l'Eglise ; rien ne lui put faire omettre aucune de ses pratiques ordinaires de piété. Il avait un oncle, apostat et délateur, qui osa lui écrire pour l'exhorter à l'apostasie. Il rejeta la lettre de ce traître, ce qui lui valut un surcroit de mauvais traitements.

Cependant, ne pouvant obtenir de lui un acte ni un mot qui permit de lui attribuer le bénéfice de l'apostasie le mandarin s'avisa de lui dire qu'il le regarderait comme ayant obéi, s'il n'arrachait pas avec les dents un morceau de sa propre chair. Le martyr répondit que son corps appartenait à Dieu, et qu'il ne lui était pas permis de le mutiler ; mais que le mandarin ayant sur lui l'autorité paternelle, et exigeant cette preuve de son attachement à la foi, il ne la refusait pas. Aussitôt, d'un coup de dent, il s'arracha un morceau de chair à chaque bras.

Ce fut ainsi que Thomas Song voyagea du lieu de sa première prison jusqu'à la ville nommée Rong-Esiou. Il arriva le samedi-saint et parut aussitôt devant le gouverneur, lequel ordonna de le mettre immédiatement à la question. Il la subit trois fois de suite. Après la troisième épreuve, on l'emporta sans connaissance, et le même jour il fut étranglé dans sa prison. Ce jour-là aussi, les bourreaux mirent à mort deux femmes chrétiennes, dont l'histoire n'est pas encore suffisamment connue. Les fidèles ont recueilli les corps précieux de ces témoins du Christ.

Voilà l'œuvre de la prédication catholique parmi ces peuples si terriblement « assis dans l'ombre de la mort. » Pour savoir de quelle fange nos missionnaires pétrissent de tels héros, il faut connaître les chefs de la société païenne, les lettrés (ils le sont tous) qui la protègent contre la lumière du Christ.

Un missionnaire raconte qu'invité à entrer dans un temple d'idoles, il y trouva quantité de bonzes et de lettrés qui le pressèrent de questions : « Le Christianisme, disaient-ils, enseigne de saintes doctrines. Mais que reçoit-on par an pour être chrétien ? — Rien, répondis-je. — Mais le jour du baptême, ne reçoit-on pas quelques sapèques ? — Pas une. — Com- « ment ! on n'accorde au chrétien aucun salaire ? — Aucun. « — Mais alors quelle utilité peut-il y avoir à devenir chré- « tien ! »

A ce cri de morale positiviste, le missionnaire répond il que L'utilité d'êlre chrétien consiste dans la possession des biens spirituels en cette vie et dune gloire éternelle dans l'autre. Les bonzes el les leltrés ne comprirent point. Ces hommes n'onl de pensée, de vie, de religion que pour l'argent ; ils sont prêts à

toul dès qu'ils voient des sapèques à gagner ou ;'i voler. La plupart du temps, ils ae persécutent les chrétiens qui en nie de les piller. « Gomment <le tels hommes, s'écria le missionnaire, embrasseraient-ils la religion de Celui qui c'avait pas

où reposer sa tête ? » Cependant les pauvres, les ignorants, les opprimés se rendent au Christ, et leur foi s élève jusqu'à 1 héroïsme.

On aurait tort de croire que les immenses populations de la Chine et des contrées tributaires — quatre cent millions dames, peut-être davantage, — ne sont que de timides troupeaux, en qui nulle énergie ne se réveillera jamais. In jour les Orientaux auront les armes de l'Occident ; un jour quelque prince baptisé ira par là se munir de chair à canon, et y sèmera la graine militaire ; un jour quelque souverain de la Chine achètera la fleur des écoles savantes de l'Europe, et cette élite abjurera sans difficulté le Christianisme et la patrie européenne.

Alors la fière Europe verra de durs conquérants arriver de ces lointains déjà si rapprochés où son stupide dédain laisse égorger les apôtres. Elle ne veut pas leur porter le baptême, ils viendront le chercher.

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