‹ Âmes héroïquesChapitre 77 sur 85 · LE COMTE DARIUS PON1ATOWSKI · texte numérisé non relu

LE COMTE DARIUS PON1ATOWSKI

(M. 3e S. II, 299)

26 Décembre 1867.

On nous annonce d'Hyères la mort de M. le comte Darius Poniatowski, d'une grande et illustre famille de l'Ukraine. C'était dans la force et la beauté du mot un homme de bien, et, pour dire davantage, un chrétien véritable. Il avait au suprême degré toute la noble fierté des grandes races, et toute la charmante humilité d'un disciple de Jésus. Ecarté des affaires par son état constant de maladie, il faisait largement l'aumône, se donnant au soin des pauvres avec un cœur aussi ardent que son esprit était élevé. Il avait étant jeune, étudié la médecine ; aussi longtemps que ses forces le permirent, il servit de ses mains ceux qu'il assistait de sa bourse. Ses compatriotes malheureux le comptaient au premier rang de leurs bienfaiteurs ; mais sa charité ne s'arrêtait pas là, et il était vraiment le frère de tous ceux qu'il voyait souffrir. Son intelligence, très belle et très cultivée, l'aurait rendu remarquable partout ; elle n'était toutefois qu'un charme secondaire dans le rayonnement de son ardente bonté. Sa vie durant les dernières années, ne fut en quelque sorte qu'une agonie. Dans cet état même, à force de patience, de piété, de courage, il savait encore se rendre aimable à ceux qui l'entouraient.

Il était un de ces hommes rares qui sont joyeux dans la douleur, qui apparaissent grands dans les petites circonstances de la vie cachée. Il a souffert et il est mort au milieu de l'obscurité de ses vertus avec la constance sereine d'un héros exposé aux regards du monde. Mai" par sa foi il avait sur lui bien plus que les regards du monde : il avait les regards de Dieu, et ses regards étaient sur Dieu. Perte irréparable, si ceux qui l'ont subie n'avaient appris de lui-même à reconnaître et à bénir en tout la volonté qui nous donne la vie et nous en assigne les chemins et les travaux.

ARTHUR MURC1ER

10 Février 1873.

Elève distingué de l'école des Chartes, M. Murcier a laissé un opuscule sérieux et solide sur les sépultures chrétiennes, et quelques autres travaux qui dénotent son mérite. Il assista son beau-frère dans ses curieuses recherches sur le droit du seigneur au moyen-âge, et il fut durant quelques années l'associé de la librairie Gaume, où ses études et son goût trouvaient leur emploi. Sa chétive santé l'obligea de se retirer, et dès lors, sans renoncer aux études, il n'eut plus guère d'autre occupation que d'être malade. On pourrait dire que ce fut l'art difficile où il excella. Il sut être malade avec patience, avec sérénité, malade sans espérance et avec une invincible douceur.

Il accepta le poids de l'inutilité et le chagrin de ne pouvoir donner tout ce qui était en lui. Seul il ignorait combien il se rendait utile, et tout ce qu'il donnait, non seulement par l'exemple de sa résignation et de son courage dans la maladie, mais encore par les bons offices qu'il prodiguait à tous ceux qu'il pouvait obliger. Moins occupé au service du prochain, il eût trouvé le temps d'avancer et peut-être terminer quelques-uns des ouvrages qu'il regrettait tant d'abandonner. Il préférait consacrer ce qu'il conservait de forces à des intérêts qui lui plaisaient moins et que son cœur affectueux jugeait plus importants.

Il était pieux, dans une simplicité tranquille et inébran~ lable, plus attaché à l'Eglise qu'à lui-même, et plus soucieux

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