Y. MARTYRS ET HOMMES DU MONDE I
de sa cause que de toute autre. Il était par excellence le bon chrétien, ce que Ton appelait autrefois avec un sens si humble et en même temps si fier : l'homme craignant Dieu. Il marchait dans la voie des commandements. Il avait commencé dès sa jeunesse et il continua tous les jours de sa vie. Il semblait ne pouvoir autrement faire, et rien de ce qui détourne le commun des hommes ne le sentait. On eût dit qu'il ne le voyait pas.
Cette vie si simple, si tranquille au milieu des douleurs de la maladie et des perpétuelles menaces de la mort dont il calculait le progrès incessant, eut une fin héroïque et magnifique. Il y a huit jours, la mort apparut tout à coup. Il pouvait la croire plus loin, mais il avait étudié son mal, il connaissait le symptôme. Il ne fut ni surpris ni troublé et se tint prêt.
Le redoutable symptôme s'affermit, et lui fit de même. Il regarda d'un œil toujours calme et plus ferme, tout ce qu'il allait quitter, sa femme, sa maison, ses enfants, ses amis peu nombreux, mais intimes et très chers. Il dit à quelques-uns, grave et souriant : « Dieu peut faire un miracle, priez ; mais c'est la mort et c'est une grâce. » Il dit aussi, voyant la neige et la pluie : « Beau temps pour s'en aller... Eh bien, j'aurais cru que c'était plus difficile. » Il avait toujours redouté la mort. Présente, il ne la craignit pas. Lui aussi vérifia cette maxime de saint Vincent de Paul, qui disait que l'aumône éteint l'effroi des derniers moments et dépouille la mort de ses terreurs.
Les souffrances étaient fortes et incessantes, la vie lui était arrachée par un travail continu, mêlé de secousses terribles ; mais son âme, pleine de confiance en Dieu, n'était ébranlée dans aucune de ses puissances. Dieu était doux à son âme pure, et son âme était douce à la mort. Il se sentait au but ; il savait que la prière fidèle le suivrait au delà du redoutable seuil ; il avait toujours cru et il croyait à cette heure plus fortement que la mort ne vient au chrétien que comme messagère de Dieu, et qu'elle apporte la véritable vie. Sa chambre mortuaire s'illuminait des chères images de ceux qu'il avait pleures, et qu'il allait revoir dans la lumière de Dieu, parce qu'ils étaient morts comme lui dans la vie et dans la beauté de cette lumière.
La force el la grâce de son esprit demeuraient entières ou plutôt s'accroissaient à chaque minute qui rapprochait la fin. Ses yeux avaient tout leur affectueux éclat, sa voix tout son calme. In de ses parents, prenant congé de lui, s'agenouilla près du lit, et lui tenant la main, récita Y Ave Maria. Il s'associa à cette prière, et à et in hora mortis nostrœ, il appuya du doigt, comme pour dire: Nous y sommes. Ce parent lui ayant dit: A demain, il reprit, souriant toujours : Vous me trouvère: ccr-
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lainementl Cette sérénité dominait tout. 11 y avait autour lui une immense douleur, mais point d'épouvante. Cet honn allait à Dieu.
Il demanda les derniers sacrements, répondit aux prière-. recul le Dieu vivant avec la ferveur de la première communion, fit venir ses quatre jeunes enfants, les exhorta, leur dit sa reconnaissance et son respect pour leur mère, et leur donna sa bénédiction. Que de grandeur, que de majesté, que de gloire véritable autour de cet humble lit d'un chrétien inconnu du monde, mais qui se sait connu du grand Dieu qu'il connaît, et qui va entrer en possession du royaume éternel !
Bonne vie et bonne mort ; bon travail et bon salaire ! Arthur Murcier avait vécu pour cette mort ; elle a couronné son labeur et son espérance.