ARMAND PARROT
31 Juillet 1873.
Armand Parrot était fils unique d'un médecin de Périgueux. Il vint à Paris pour étudier la médecine. Son père, ami de ma jeunesse, me l'adressa. Il était laborieux, intelligent, très honnête et très beau. Je fus effrayé pour lui de ce temps d'études qu'il avait à traverser. Hélas ! me disais- je, dans quel état son père le reverra-t-il ? Que feront de ce bel enfant les leçons qu'il recevra de ses maîtres et les exemples que vont lui donner ses compagnons ? J'essayai de le prémunir. Il me dit qu'il resterait fidèle à sa mère, dont il emportait les larmes. Je le revis souvent. Il était en effet fidèle. Il étudiait son grand art, essayait d'apprendre ailleurs ce que ses maîtres ne lui disaient pas et ne savaient pas, et se gardait du reste avec les souvenirs de sa chère maison paternelle. Le noble enfant avait le courage d'aimer son père et sa mère. La tendresse, les espérances, la fierté de ceux-ci se devinent. Ses progrès étaient grands et môme rares. Son père, médecin très accrédité et riche, travaillait encore pour lui. Lui, ne rêvait que de prendre ses diplômes pour quitter Paris et revenir médecin à Périgueux. Son père lui faisait bâtir une maison dans un très beau domaine aux portes de la ville. L'excellent jeune homme n'avait pas d'autre désir que de vivre là, dans son aimable pays, avec ses parents, et d'être médecin des pauvres. (Tétait une vie d'honnête homme. bien commencée, sage et modeste. Un coup de foudre la termina héroïquement. La guerre survinl, Armand Parrot se trouva
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enfermé dans Paris et lui attaché comme aide-major au forl de Vanves. Le - .janvier, pansant un blessé sous ';• feu, il in atleinl d'un éclat d'obus el mourut quatre jours après, Fai
d'avoir accompli son devoir et n'ayant de regrel qu'aux larn inconsolables qu'il allait l'aire couler. Chose admirable, qu'à âge des beaux rêves on lienne si peu aux réalités qu'ils annoncent, et qu'une mort inopinée puisse èlre re aie comme un 1) soudain que ne permettait pas la vie ï Cependant, c'esl le si;. des jeunesses très pures de faire leur sacrifice avec indiffère. ou même avec une secrète joie. L'âme, en se retirant, laisse un sourire sur ces lèvres qui n'ont pas fait de parjures, et qui closent pour jamais, après avoir déposé un baiser filial sur l'autel domestique et sur l'autel de la patrie. Armand Parrot avait vingt-deux ans. Le père et la mère infortunés restaient livrés à leur douleur, mais cette douleur était sainte ; elle avait le parfum sacré de cette mort. Lue même pensée leur vint à la nouvelle qu'ils n'avaient plus de fils : ils se dirent en même temps que leurs fils ne mourrait pas. Ils emportèrent son corps pour lui consacrer un tombeau saint, durable et vivant. Orphelins de leur cher enfant, ils donnèrent le domaine, qui devait être le sien, et la maison qu'ils lui avaient bâtie et tous leurs biens aux onphelins pauvres de la ville. Ils ne réservèrent rien, que l'emplacement du tombeau qu'ils voulaient élever pour être à perpétuité la chapelle de la fondalion. Là ils prendront leur sépulture, à côté de ce fils qui devait les suivre, et qui, par Tordre de Dieu et pour le service de la France, les a précédés.
L'OEuvre est terminée, elle est grandiose et charmante. Elle a reçu la précieuse dépouille du jeune héros, et l'amour paternel qui l'a donné aux pauvres par son fils mort, a voulu qu'elle portât ce nom destiné à l'heureuse obscurité du bonheur. L'asile Armand Parrot sera l'un des orphelinats agricoles les mieux entendus de la France, et si quelque chose y manque. M. le docteur Henri Parrot travaillera, tant que Dieu lui en laissera la force, pour ajouter à son bienfait.
L'inauguration a eu lieu le 21 Juillet. Elle a produit à Périgueux et dans toute la contrée une émotion profonde et salutaire. J'éprouve le besoin de dire ici tout mon regret de n"; avoir pas assisté. Il y a entre M. Parrot et moi une amitié d quarante ans, qui a duré malgré la séparation de la foi. Quand nous avions l'âge où est mort son fils, nous ne le valions pas. Nous étions nés et nous avons vécu dans une autre atmosphère. Sans doute, grâce à Dieu, malgré l'atmosphère, nous n'avoir pas donné dans le travers d'une impiété raisonnée et formelle. Cependant, qu'il s'en fallait peu, et qui nous eût dit alors qu'il