‹ Âmes héroïquesChapitre 80 sur 85 · V. — MARTYRS ET HOMMES DU MONDE l · texte numérisé non relu

V. — MARTYRS ET HOMMES DU MONDE l

ferait une telle œuvre pour y trouver une telle consolation ! Mais Dieu connaissait cette bonne âme qui ne se connaissait) pas. Il y a envoyé les joies et les douleurs qui purifient ; les bonnes joies dont on se souvient, et les douleurs inexorables et fécondes qu'on lui demande à garder, parce qu'elles nous courbent sous la main. Si Dieu ne venait pas, comment supporterions-nous la douleur ; et si ces douleurs saintes s'éteignaient, que resterait-il de la vie ? Ainsi Dieu forme et ramène une âme bien faite et l'oblige de confesser par toutes les choses de ce monde qu'il existe, qu'il est présent, qu'il s'occupe de nous, qu'il est juste et miséricordieux et éternel, et que la nature même de l'homme veut que Dieu soit tout cela.

Je n'ai pas besoin de dire que la religion était à cette fête de la mort, de l'amour et de l'espérance. Gomment n'y aurait-elle pas été, et qui aurait parlé si elle n'eût élevé la voix ? Il fallait là des paroles augustes, des consécrations qui allassent au delà du temps. Un prêtre éminent du clergé de Périgueux, M. le chanoine Labat, a béni le tombeau, la chapelle et l'église.

C'était lui qui avait baptisé Armand. Il a fait un discours de prêtre, d'ami et de citoyen, que n'oublieront pas ceux qui l'ont entendu. Nous en citerons un passage. Il est bon aujoud'hui de répéter ce que l'Eglise nous dit devant la mort, et d'opposer l'éloquence de ses pensées et de ses œuvres à la brutalité des sectes qui entreprennent de déshonorer les tombeaux.

M, FÉBURIER

31 Octobre 1873.

Mardi dernier a été enterré au milieu des regrets, des bénédictions et des larmes, un homme qui n'a pas eu d'emploi, ni de grade, ni de décoration d'aucun genre ; dont on pourrait dire qu'il n'a rien fait et qu'il n'a pas eu de nom, mais qui laissera pourtant une estime et une affliction impérissables à ceux qui l'ont connu. Il était riche, intelligent, instruit dans les choses de l'esprit et de l'art, d'une aménité charmante, d'un cœur élevé, d'une grande et généreuse sagesse. Il n'a jamais caché qu'il était honnête homme, et il est arrivé à soixante-six ans sans se faire un ennemi ; il s'est préservé des affaires et de l'oisiveté ; il a trouvé le secret de vivre pour lui-même en se donnant aux autres.

Il se nommait Féburier ; ses intimes disaient : le bon Féburier. Le secret de sa vie heureuse et utile a été d'aimer Dieu, d'être humble et de se dévouer aux pauvres, c'est-à-dire à ceux qui ignorent ou qui oublient la vérité. Il y a des pauvres plus pauvres que ceux qui manquent de pain. Le bon Féburier était un frère à ceux-là comme aux autres. Aux uns il donnait les soins de l'amitié, aux autres il partageait sa fortune. Tout à tous, et à Dieu et à l'Eglise toute sa vie et tout son cœur. Ver- Iransivit beiiefaciendo : rien ne le peint mieux que cette parole, et sa belle et douce vie en était le commentaire plein de lumière. Partout où l'on rencontrait Féburier, on sentait que cet homme était sur son chemin céleste ; il le sentait lui-même ; avec une

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