‹ Âmes héroïquesChapitre 8 sur 85 · I. — DEUX RÉCITS BIBLIQUES l · texte numérisé non relu

I. — DEUX RÉCITS BIBLIQUES l

déroute et lui tua o.ooo hommes. Revenu de la poursuite, il se retourna vers Gorgias pour achever sa défaite. Celui-ci, ayant trouvé vide le camp des Juifs, croyait qu'ils avaient fui; mais, au jour, il vit du haut de la montagne la fumée qui s'élevait de son propre camp livré aux flammes. Judas s'avançait victorieux. Le voyant paraître, les ennemis épouvantés s'enfuirent dans la plaine, et il y en eut 6.000 de tués. Leur camp regorgeait de richesses. On y trouva les trésors des marchands qui étaient venus pour acheter des Juifs, et plusieurs furent vendus eux-mêmes. On partagea ensuite les dépouilles entre les infirmes, les orphelins, les veuves et les soldats.

Après cette armée meurtrie et dispersée, il en vint encore une autre, de 60.000 hommes d'infanterie et de 5. 000 cavaliers. Judas la détruisit encore, rentra dans Jérusalem, purifia, rebâtit et fortifia le Temple, et y rétablit le culte. Son triomphe excita la rage des ennemis d'Israël. Ils firent effort de toutes parts pour écraser ce peuple qui se relevait et qui avait relevé le Temple. Judas puisa dans sa foi assez de courage et de génie pour dissoudre ce nouvel orage.

Aussi habile tacticien que valeureux soldat, il fit face de tous côtés, battit en détail cette multitude ; et, sauf quelques courts et rares intervalles de paix, ce fut toujours ainsi durant six années. Les frères de Judas combattirent sous ses ordres. L'un d'eux, Eléazar, s'illustra par une glorieuse mort. Voyant les siens inquiets devant une de ces terribles armées que le roi de Syrie envoyait sans cesse et que Judas détruisait toujours, remarquant surtout l'épouvante qu'ils avaient du nombre, et de la taille prodigieuse des éléphants, il poussa droit à celui du roi, qu'on reconnaissait à sa hauteur et à son armure. « Il se livra pour son peuple et pour acquérir un nom éternel ; et s étant fait jour à droite et à gauche au milieu des ennemis qui tombaient de çà et de là à ses pieds, il arriva sous l'éléphant, lui perça le ventre et mourut écrasé par sa chute. »

Judas mourut à peu près de même, après tant de victoires. Il se sacrifia pour donner l'exemple de ne pas craindre la mort, et afin qu'il ne fût pas dit que l'ennemi avait fait fuir le vengeur de Dieu. Il tomba sur le champ de bataille. Ses frères; encore vivants, Jonathas, qui fut aussi un grand général, et Simon, le dernier qui resta et qui fut aussi un grand roi, l'ensevelirent au sépulcre de leurs pères. Tout le peuple criait : « Comment est tombé l'homme fort qui sauvait Israël ? »

Politique plein de sagesse, capitaine plein de ressources, soldat plein de courage, bon, pieux, vigilant, éloquent, aussi fidèle dans ses alliances avec les hommes que ferme dans sa foi,

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Judas Machabée fui le modèle des héros. Tan! qu'il véi personne ne fit impunément du mal à sa patrie et ne trangres impunément les lois de Dieu. Il dissipa huit grandes armées

avec des forces toujours inférieures, armant les siens et les nourrissant, pour ainsi dire, de la foi qui remplissait son âme, et qui, ne le laissant, pas un moment incertain du secours de Dieu, ne le laissa jamais hésitant devant l'ennemi. Après lui, Jonathas soutint la guerre ; après Jonathas, la vaillance et le conseil de Simon affermirent la victoire et la paix. Depuis longtemps le dieu Antiochus, rongé vivant par les vers, était mort en demandant pardon.

« Antiochus, dit Bossuet, ne se proposait rien moins que de détruire la nation israëlite et le culte qu'elle professait, et d'en éteindre la mémoire ; de profaner le Temple, d'y établir l'idole de Jupiter olympien. Voilà ce qu'on avait entrepris et ce qu'on exécutait contre les Juifs, avec une violence qui n'avait point de bornes. » Les Machabées se levèrent, et la conscience humaine fut délivrée. La valeur et le patriotisme de Judas remontèrent au-dessus de l'homme, en Dieu, source première de toute force et de toute patrie. Unissant la prudence au courage, il n'attendait que de Dieu seul le succès. En combattant et en mourant pour sa patrie, il combattit et mourut pour l'humanité entière. Si Antiochus avait réussi dans son projet impie de faire changer à son gré de croyance à tous les peuples, et de ne leur laisser reconnaître au fond d'autre Dieu que lui ; si le peuple juif, qui seul, avec la connaissance précise du vrai Dieu et les annales authentiques du genre humain, gardait en dépôt l'ensemble des vérités religieuses et morales destinées à opérer un jour la régénération universelle, s'était lâchement prosterné, à l'exemple des autres, devant les idoles du tyran, c'en était fait de l'humanité. Les peuples s'abrutissaient à jamais, comme de vils troupeaux, sous le sabre des dieux Antiochus et Néron. — Tel est le commentaire de Rohrbacher dans son Histoire de l'Eglise. Quand l'histoire de l'Eglise sera enseignée aux enfants comme elle doit l'être, et lorsqu'elle sera encore la sérieuse étude de l'adolescence et de la jeunesse, la France aura des hommes qui lui manquent aujourd'hui.

Voltaire nous a appris à rire de ces historiens sublimes. Il avait un Antiochus qui en riait avec lui. Au bout d'un siècle, les fils de cet Antiochus viennent rire chez les fils de Voltaire.

Que ceux qui veulent vivre fassent maintenant ce qu'il faut pour que Dieu, selon la profonde parole du jeune martyr d'Antioche, soit consolé dans ses serviteurs, et nous suscite des Machabées. Autrement, les adorateurs d'Antiochus ne manqueront pas.

HOMMES DETAT

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