St Malhcw's day
môme et s'en remet avec une sérénité d'enfant à la bonté infinie de Dieu.
Comme on peut facilement le prévoir, si la fièvre intellectuelle et les préoccupations littéraires d'Oxford n'ont en rien troublé chez Keble ces sentiments de simple, affectueuse et confiante dévotion, le calme d'un petit presbytère de campagne va leur donner plus de force encore et plus de douceur. En effet la carrière universitaire du poète de la Christian Year fut courte; le devoir filial d'abord, puis l'attrait du repos et du silence lui avaient fait choisir le ministère pastoral .et, après quelques postes provisoires, accepter définitivement la cure et le bénéfice de Hursley.
Or, comme si la Providence avait voulu que tout concourût à augmenter en lui l'inclination que je décrivais tout à l'heure, le curé de Hursley passa presque toute sa vie, à égayer, à distraire, à consoler, deux malades, sa femme et sa sœur Elisabeth. Nous les avons aperçues toutes deux, lisant, près de lui, la Divine Comédie àdM^ le petit salon du presbytère. Rien de touchant que celte vie à trois, elles ne se soignant que pour lui, lui s'oubliant pour ne s'occuper que d'elles. L'épuisement physique avait rendu plus paisible encore la très calme nature d'Elisabeth. Les quelques traits qui nous restent d'elle nous font deviner ce que dut être, dans la maison, malgré
tout heureuse, le rayonnement de cette pieuse résignation. Un jour qu'elle était assise au jardin, un coup de vent renversa à ses pieds quatre petits oiseaux et leur nid. On les remit dans leur nid sur les genoux d'Elisabeth et on courut demander au jardinier de les replacer sur larbre d'oîi ils étaient tombés. Dès que la jeune Kilo fut seule, le père et la mère, perchés sur une branche voisine, descendirent et s'occupèrent de leurs petits, comme si personne n'avait été là. Un autre jour, on parlait devant elle de la peine qu'avaient causée à quelqu'un des paroles de violent mépris : « Oh! l'affreuse chose que le mépris! » dit-elle, et sa douce figure prit une expression d'horreur. M"* Keble — la dear Charlotte, dont parlent presque toutes les lettres — avait tout à fait, dit un évêque américain, l'air de la femme d'un poète. Ce n'est pas a elle pourtant que rêvait le jeune agrégé pendant les délicieuses vacances de Sidmouth, quand il écrivit son joli poème sur le mystérieux épanouissement des fleurs, des étoiles et de lamour.
Qui a vu jamais la première rose
. Ouvrir son doux calice, Ou, le soir, quand le soleil descend, La première douce étoile, dans la couronne du soir, Allumer les étincelles de son aigrette ^ ?