‹ Ames religieusesChapitre 17 sur 63 · W, Lock, ch. VII, p · texte numérisé non relu

W, Lock, ch. VII, p

On voit de quel jour ces détails éclairent la question qui nous intéresse. Cette humilité, poussée à Textrême, supprime toute possibilité de controverse. Comment, en effet, attendre d'un homme, accablé par le sentiment de ses responsabilités antérieures, Ténergie nécessaire pour encourir des responsabilités nouvelles et plus lourdes encore? Le pauvre malheureux Koblo en est venu à se mépriser lui-môme, et quand une telle disposition est vive et sincère, elle interdit toute marche en avant et semble imposer comme premier devoir la résignation et le silence. Quelque misérable que paraisse à Keble l'Eglise anglicane, elle est encore assez bonne pour un homme comme lui; elle garde encore, malgré tout, assez de grâce et de vie pour suffire aux besoins d'un pauvre pécheur.

N'espérons donc plus que Keble suive Newman.

Voici d'ailleurs que, par une singulière rencontre, la vraie, l'intime raison qui le retient dans Tanglicanisme va prendre, aux yeux de son cœur, une force nouvelle au moment précis où le drame de Littlemore touche au dénouement. Dans les premiers jours de l'automne de 1845, on crut que M"" Keble allait mourir, et, devant le calme et la ferveur confiante de cette agonie, son mari réalisa mieux que jamais le fameux argument des lits de mort, dont Newman se servait autrefois pour

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montrer que Dieu n'avait pas abandonné TEglise d'Angleterre.

Mon cher Coleridge, Que de terribles hauts et bas depuis ma dernière lettre ! Samedi, j'ai cru que tout était fini. Elle nous a fait ses adieux ; ô, mon cher ami, tout ce qu'il y avait dans ces paroles et dans son regard !... et puis elle est revenue comme des portes du paradis M...

Cette lettre est du 27 septembre. Le 3 octobre, dans le pressentiment de la catastrophe prochaine, il écrivait à Newman :

Je sens que j'ai quelque chose à vous dire, et je ne sais pas bien ce que ce sera; mais, puisque la maladie de Charlotte me laisse un peu de répit, je reviens à vous, mou cher ami, et à la pensée de l'agonie qui nous menace et qui nous viendra de vous. En m^'me temps, je pense à mon frère gravement malade aussi. De tous côtés, tout semble tenir à un fil. A de pareils moments, on est plus près des réalités, et il faut que je vous avoue que j'ai senti davantage la réalité des choses au milieu desquellosla Providence m'a placé. Si parfois elles m'ont paru insuffisantes, c'était ma faute et non la leur. Cette impression se fortifie en moi dans ce voisinage de la mort, et de plus en plus il me paraît trop dur de supposer que Dieu puisse permettre que des âmes, comme celles que je viens devoir et d'entendre vivent et meurent dans l'illusion et se persuadent à faux qu'elles ont la grâce des sacrements!

Eh oui, on le voit; elle a eu raison, elle devait avoir raison de tout, même de Tinlluence de

i. Coleridge, II, p. 30:;.

Newman, la douce et frêle mourante, qu'en des jours plus heureux nous avons vu sourire, pâle et gracieuse, à la fenêtre encadrée de fleurs. Comment Keble aurait-il résisté à cette prière suprême, aux tristesses, aux leçons et aux promesses de celte agonie !

Arrivé à ce point culminant de la vie de son héros, le vieux juge Coleridge a peur des commentaires malveillants qu'on pourrait donner à cette douloureuse histoire, et, de sa bonne volonté un peu lourde, mais que Taffection rend ingénieuse et éloquente, il s'efforce de tout expliquer.

On aura souri peut-être, dit-il, mais sans mauvaise ironie, j'espère, en lisant ce passage de Keble sur ce qu'il croyait être les dernières paroles et le dernier regard de sa femme. J'avoue que de telles considérations ne seraient pas à leur place dans un argument de rigoureuse théologie et, cependant, à mon humble avis, étant données les préoccupations actuelles de Keble, je crois qu'il a eu pleinement raison de donner tant d'importance à un incident de cette nature. En effet, celle qui lui parlait ainsi au moment de mourir avait été mêlée de tout cœur à sa vie, l'avait aidé et conseillé dans son ministère pastoral et toutes ses autres inquiétudes; mieux que personne elle savait le vrai prix de Tœuvre accomplie par son mari dans la sphère où Dieu l'avait placé, et celle-là même, à cet instant d'épreuve, et peut-être aussi de plus abondante lumière, lui attestait avec conviction qu'il y avait pour elle des trésors de force et d'espérance dans le credo auquel elle le suppliait de rester désespérément fidèle. Ces circonstances qui n'entrent

pas dans la catégorie des preuves mathématiques, peuvent néanmoins inspirer notre conduite ; et, pour ma part, si une conviction s'était formée en moi au contact d'un iiomme comme Keble et à la vue de ses « expériences » personnelles, Je n'aurais garde de la mépriser *.

Cet anglican est dans le vrai. Non en soi, Tagonie pieuse, tranquille, conliante do sa femme ne dispensait pas Keble d'examiner plus attentivement les fondements de l'anglicanisme. Ce sont là de pauvres arguments dont le plus novice des logiciens n'aurait aucune peine à montrer la faiblesse. Mais nous ne sommes d'impeccables raisonneurs que lorsqu'il s'agit de discuter des questions inditférentes, et quoi que prétende l'orgueil de notre intelligence, Dieu permet que les plus grands esprits et les désintéressés s'abusent euxmêmes et prennent souvent pour raison dernière de leurs actes le secret désir de leur cœur.

Le 8 octobre 18i5, Newman fut reçu dans ri'iglise catholique. Voici la réponse de Keble à la lettre qui lui annonçait celte catastrophe :

H octobre, minuit. — J'avais commencé cette lettre il y a huit jours et, de fatigue, je l'avais laissée. Gomme j'allais la reprendre, j'apprends que la foudre vient de tomber sur nous, et que ce que nous redoutions si fort est arrivé. Je ne vous tourmenterai donc pas du récit que j'allais vous faire de ce qui s'est passé entre ma femme et moi, à votre sujet, il y a quinze jours... Elle va mieux,

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