‹ Ames religieusesChapitre 28 sur 63 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

18 novembre 1678. — J'ai pris ce matin du cocolat; c'est un breuvage dont on se sert dans le Mexique, qui est fort stomacal... Nous prendrons enfin les modes, nourritures et habits des nations étrangères.

49. — C'est un perpétuel changement ici-bas. Je crois qu'il y a peu de gens à présent qui se souviennent, je veux dire qui aient vu les biscornettes. Pour entendre l'explication de ce terme, faut savoir qu'il y a quarante ou cinquante ans que les principales dames ou bourgeoises de cette ville portaient des couvre -chef qu'on appelait couvrechef de damoiselle (feu ma mère est peinte dans ma galerie avec le sien), et leurs filles portaient une coiffure qu'on appelait biscornette. L'une et l'autre étaient de fines toiles blanches, claires et empesées. Cette coiffure était très belle et plus belle que leurs écharpes de taffetas noir qu'elles portent à présent^.

On aura remarqué le soupir philosophique qui prélude à ce dernier fragment. Il n'est pas rare, en effet, que des sentences gnomiques du même genre viennent interrompre cet aimable bavardage. Oh! rien de bien métaphysique; mais ces petits refrains de placide et pesante sagesse ont pour nous leur importance, puisqu'ils achèvent de nous peindre notre héros. Cueillons donc sans ironie, s'il se peut, quelques-uns de ses aphorismes.

C'est un bel exercice que le jeu quand on gagne... Le bon jugement est bien plus nécessaire que l'esprit vif dans la conduite de la vie et des affaires....

1. Journalier, p. 261. M. Jadart estime que la biscornette devait ressembler à la coiffe des Sœurs de Saint- Vmcent de Paul.

LA VIE RELIGIEUSE d'uN BOURGEOIS AU XVIl'' SIÈCLE 77

C'est un beau mot qu'il faut prendre le temps comme il vient et faire de nécessité vertu...

Les livres in-folio se lisent assis ; mais ceux in-quarto et in-octavo se peuvent lire en se promenant et faire de temps en temps quelque pose, et diversifier les bons et les prendre avec modération...

Il n'y a pas de remède contre les maux incurables...

C'est grand'pitié quand l'esprit manque <...

C'est grand'pitié dans un ménage quand il n'y a pas d'argent 2.

Je ne dis pas que ces pensées soient bien nourrissantes; mais, semées à chaque page des Mémoires et du Journalier, elles nous aident à réaliser le bel équilibre de cette nature à la fois très vive et très raisonnable. Là semble être, en effet, la marque non seulement de Jean Maillefer, mais de la classe à laquelle il appartient, de son époque et de son pays, et par là, non certes par le talent, mais par le bon sens, la simplicité, la verte santé de Tesprit et du cœur, il rejoint de très près ces autres bourgeois admirables qui s'appellent Pierre Corneille, Jean Racine et Bossuet. « Je pèse presque toutes mes actions, dit-il de lui-môme en une page significative, non pas si fort les paroles*^. » Voilà bien

1. A propos de Roussain, marchand tailleur, qu'on vient de mettre en pension t chez les Frères Prêcheurs pour ce qu'il a perdu Tesprit... on a mis ledit Roussain dans une cage, chez les Frères Prêcheurs, où ils en tiennent d'autres... ». (P. 143.)

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