Vlnquiélude religieuse^ p
« Sweet is the sniile of home : Doux est le sourire de la maison. » Ce vers d'un cantique de la Christian Year se présente naturellement à la mémoire quand, par la porte encadrée de jasmins et de roses, on entre dans le presbytère de Hursley. Afin que cette impression de douceur soit sans mélange, choisissons, pour notre visite, une de ces années heureuses, de 1835 à 1840, où aucune sérieuse divergence d'idées ne fait redouter la catastrophe future. Depuis 1835, Keble est curé de cette petite paroisse, d'où il suit et encourage au combat ses amis d'Oxford. 11 a attendu la mort de son vieux père pour se marier et pour accepter ce bénéfice qu'il doit garder trente ans encore, jusqu'à sa mort.
Sweet is the smile of home, Keble, assis près de la fenêtre, corrige, en souriant, les épreuves d'une nouvelle édition de Hooker, pendant que sa femme chante au piano. C'est une des fantaisies de ce poète. Assez pauvre musicien lui-même, il aime qu'on chante pendant qu'il travaille, ou du moins, quand, la veille d'un sermon, le sens des paroles
chantées pourrait le distraire, il veut qu'on reste au piano pour entraîner le mouvement de ses pensées. Le travail fini, il descend pour aller visiter Técole, ses pauvres et ses malades, ou bien il se promène lentement dans une allée de grands arbres qu'il appelle sa cathédrale. Il rentre. Sa sœur ou M°^ Keble lisent, à haute voix, quelques pages de la Divine Comédie ou un livre français. Des amis viennent, le jeune vicaire et sa femme, ou bien Moberly, principal du collège de Winchester, qui est tout près de Hursley, le juge Coleridge, Newman, Pusey, Williams ou quelque autre tractarien. On cause : on donne les nouvelles d'Oxford et du monde politique, et puis naturellement, sans ombre d'effort, sans contention, l'enjouement cesse, l'humour s'interrompt, le sourire se fait plus grave. Une allusion, un souvenir, un mot ont ramené Keble à sa contemplation habituelle des choses saintes. C'est, par exemple, la pensée de Tétat de Tâme après la mort. Il laisse tomber sa voix, signe ordinaire chez lui d'une émotion religieuse intense, et ses amis se rapprochent de lui dans un silence plus recueilli. « Ces morts bienheureux qui sont tout près de nous. Pensez donc. Libres du péché et de la tentation ; que cette certitude est réconfortante! » et sa voix descend encore pour parler avec un respect qui touche à la crainte, et qui n'en est pas
moins suave, du bonheur do ces âmes qui voient de tout près le Christ. Mais bientôt il se ravise, il a peur d*avoir trop parlé de lui, et d'avoir donné de sa vie intime une impression trop favorable, et le voilà qui relève ses lunettes audessus du front, et met de nouveau Tentretien sur quelque sujet plaisant. Ses yeux pétillent de malice, tout Tamuse et il rit, comme un enfant, de quelque saillie qu'il a entendue ou de quelque malice qu'il prépare. Alors on se met à table. Après le repas, tous se rendent ensemble à l'église pour le service. Puis, quand le temps est beau, on lambine dans le jardin avant de rentrer pour la prière du soir. La prière dite. M"*' Keble entonne encore un cantique; les hôtes reprennent le refrain en chœur, et la maison s'endort sur une parole de confiance.
Soleil de mon dme, ô cher sauveur,
Si tu restes avec nous, nous ne sommes pas dans la nuit ^
Que le lecteur veuille bien excuser ces citations poétiques. Le nom de Keble est attaché à quelques-uns des plus beaux cantiques d'Angleterre, et si ces deux principaux ouvrages la Christian Year et la Lyra Innocentium étaient moins inconnus en France, une glose anecdotique, qui relierait entre eux les principaux passages de ces deux