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LA VIE RELIGIEUSE d'uN BOURGEOIS AU XVIl'' SIÈCLE 91
cependant elle est encore plus loin de la grande voie trop large où passent les égoïstes et les satisfaits. Elle est capable d'héroïsme ; mais, si Ton peut ainsi parler, d'un héroïsme en pantoufles. Elle aime, elle cherche ses aises, mais moins par mollesse que par un certain instinct de Tordre naturel et de l'équilibre des choses, et toujours avec de secrètes ressources de détachement que les plus dures épreuves ne parviennent pas à épuiser. Point mystique, au sens un peu exalté du mot, elle n'a pas trop de peine à se remettre et à vivre dans la présence de Dieu. Ses prières sont calmes et courtes, mais pleines de sens et toutes prêtes à s'épanouir en actes.
Bourgeoise, encore un coup, — elle ne rougit pas de cette épithète, — mais sérieuse, généreuse, ne cherchant pas à voler plus haut que ses ailes, allant à Dieu par d'humbles chemins, mais, en somme, et malgré de nécessaires insuffisances, s'approchant assez de lui et vivant assez de sa présence pour avoir le droit de ne pas rougir quand on lui oppose un mysticisme plus détaché de la terre et de marcher devant lui «la tôte levée ».
LA
LA
« Il pensait tout droit devant lui. »
(Sainte-Beuve, M. de Brogiœ -.)
Sî, comme le voulait Joubert, un livre tient en une page et cette page en une phrase de peu de mots, l'histoire d un homme, quoique naturellement plus complexe que le plus embrouillé de tous les livres, doit cependant pouvoir se résumer en quelques anecdotes significatives et en un petit nombre de détails révélateurs. On ne trahit donc pas Taimable, brillant et savant auteur de la Vie de l'abbé de Broglie, le R. P. Largent, en ramenant à une scène unique le beau livre qu'il a consacré à la mémoire de son ami. La scène d'ailleurs n'est pas vulgaire, et, loin d'en épuiser la richesse, nous ne ferons qu'indiquer à peine les idées qu'elle suggère et les souvenirs qu'elle remue.
1. Augustin Largent, prêtre de l'Oratoire, VAhbé de Broglie^ sa vie, ses œuvi^es. Paris, Bloud et Barrai, 1900.