‹ Ames religieusesChapitre 46 sur 63 · Ibid., t. II, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. II, p

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il était intéressant de voir un de ces esprits obligé^ par un spectacle de ferveur protestante, àabordcfr sérieusement le problème religieux. En vérité, on ne sait ici ce qui doit nous surprendre davantage, ou de voir ce grand raisonneur dont la métaphysique ne se met en branle qu'après que le cœur a été touché, ou de constater que, pour le père de l'abbé de Broglie, la première étincelle de conversion partit d'un foyer protestant.

Ces recherches, où je m'attarde peut-être trop volontiers, ne sont pas cependant une digression. Nous avons, en effet, maintenant moins de peine à comprendre comment aucune ombre d' « esprit huguenot » ne se mêle à la foi de Tabbé de Broglie et comment cette foi fut simplement, absolument, pleinement catholique. Sans doute, Thonneur en revient aussi à la délicatesse de conscience de la pieuse femme qui se fit un strict devoir d'élever son neveu dans une religion qu'elle-même ne professait pas ; mais nous avions le devoir, en sondant les origines de Paul de Broglie, de reconnaître qu'entre autres causes naturelles d'un si rare privilège, il doit en grande partie la pureté de ses convictions religieuses à l'influence, à Texemple de son père et, plus encore, à la tournure d'esprit métaphysique et dogmatique qu'il avait héritée de lui.

Nous sommes déjà assez embarrassés pour

LÀ VOCATION DE l'aBBÉ DE BROGLIE il5

démêler les causes qui ont agi dans la formation d^une intelligence et d'un caractère, et on ne saurait nous demander de savoir ce qui serait arrivé si d'autres causes, qui de fait restèrent inactives, avaient eu leur libre jeu. Qui nous dira ce que Paul de Broglie serait devenu s'il avait vécu quelque temps sous le charme et l'action de sa mère? La marque des Staël serait alors sans doute plus sensible en lui, comme elle a dû l'être dans l'âme et le talent de son frère aîné*. Le R. P. Largent, parlant quelque part du style de son ami, pense avoir vu cette prose « austère et nue 2 », s'éclairer parfoisd'un rayon deM™^ de Staël. Tous les lecteurs n'ont pas eu la même joie et pensent, au contraire, que la vérité sur ce sujet a été dite longtemps avant que l'abbé de Broglie eût envoyé son premier manuscrit à l'imprimeur.

C'est bien, c'est ingénieux, c'est profond, mais c'est un peu dense, — écrivait Sainte-Beuve, à propos de quelques articles littéraires du duc Victor de Broglie, — il y manque du jour et de la lumière, quelques éclaircies par-ci par-là... On voit trop l'esprit sérieux qui s'est appliqué tout entier à la chose même et qui n'écrit qu'en présence de son sujet sans s'inquiéter assez de l'effet sur ses lecteurs... En général, quelque soit le sujet qu'il traite, l'auteur remonte aux

1. Le problème serait d'autant plus curieux qu'il faudrait encore démêler — dans cette influence — ce qui viendrait du protestantisme de Necker et de la nature si personnelle de M— de Staël et de sa fille.

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