R. P. Largent, VAbbéde Broglie, p
origines, aux causes; il s'y complaît, il reprend tout dès le principe, et il redescend de là jusqu'à l'extrême conclusion sans passer un seul anneau de la chaîne. Il ne compte pas assez avec la légèreté française, cette légèreté que son père et tout le xyiii® siècle connaissaient si bien et que le xix'' n'a pas encore tout à fait oubliée ^
Si, plus tard, il avait eu connaissance des Souvenir s du duc de Broglie, Sainte-Beuve aurait légèrement modifié son jugement, sauf à l'appliquer ensuite sans en rien changer à l'auteur de VHistoire des religions.
Si j'avais à tracer ici le portrait de Paul de Broglie, ce serait le moment de montrer comment, dans les affections aussi, il ressemblait à son père par une certaine réserve et une apparente sécheresse de sentiments. Ils étaient tous deux, semble-t-il, de cette race des timides que la foule trouve sans cœur, qui souffrent d'être jugés tels et qui finissent par se ranger tristement à l'opinion qu'on a sur leur compte. « Les affections naturelles sont presque nulles chez moi, » écrivait l'abbé de Broglie, «et, malheureusement, je me fais souvent l'illusion de me complaire dans cet état-». Non, l'illusion n'est pas là pour lui. Le cœur de Paul de Broglie ne manque pas de tendresse ; mais la timidité, l'abstraction métaphysique, et
i. Causeries du Lundi, t. II.