Recollections of Aubrey de Vere, p
avait rhabitude de dire : « C'est tout à fait ce que mon père m'a appris*. »
Pourtant, si je les ai bien compris tous deux, Tenfant ressemblait plutôt à sa mère. D'elle, sans doute, lui viennent les traits caractéristiques de sa délicate nature, cette fraîcheur et jeunesse de pensées, de sentiments et d'images, cette avide curiosité de ce qui, même dans les choses de piété, offre plus de grâce et de tendresse, cette souplesse à comprendre les autres âmes, et enfin une sorte d'instinct de tout ramener au calme, à Tapaisement, de se résigner aux compromis, de fuir les partis extrêmes, non pas certes par égoïsme, mais par une soif de concorde et comme par une peur religieuse de la souffrance. Ces choses se sentent mieux qu'elles ne s expliquent, et je vais essayer de prendre sur le vif ce dernier ensemble de dispositions, en feuilletant les lettres écrites par Keble dans quelques-uns des moments les plus douloureux de sa vie.
Voici, par exemple, au lendemain de la mort de cette mère, quelques lignes envoyées àColeridge :
Je n'ai jamais rien vu qui ressemblait plus à un ange que ma chère sœur Marie-Anne, venant m'éveiller dimanche matin, pour me dire que maman venait de s'en aller si doucement, presque sans un soupir.
1. Sir J. Coleridge, Memoir of the Rev. J. Keble, p. 7 et 564 (édit. de 1869).
On attache parfois peut-être trop île prix à ces circonstances qui sont, après tout, si peu de chose en comparaison du grand chanf^ement qu'elles précèdent. Mais, à mes yeux, il n'y a rien de plus précieux sur terre que de voir ceux que nous aimons le plus s'évanouir ainsi, sans peine, sans trouble, sans délire, et passer insensiblement de la terre au cieP.
Le lendemain de cette mort, il eut la force de retourner à Oxford, où il devait faire passer des examens, et il y resta jusqu'au jour des funérailles. Un des candidals ayant préparé VAlceste, d'Euripide, l'explication tomba, par hasard, sur les lamentations d'EumeUis au moment de la mort de sa mère. Keble était debout, selon Tusage d'alors. Il se contint pendant toute la lecture du triste passage, puis, vaincu par Témotion, il se laissa tomber sur sa chaise, et il resta quelque temps la tôte dans les mains et silencieux.
11 est clair que, chez un homme de tantd'alfection, une telle résignation suppose une foi profonde. Mais la pensée religieuse n'explique pas tout ici, ou du moins elle s'harmonise avec les tendances optimistes et lallégresse naturelle d'une âme pure, frêle et confiante, qui ne semble pas avoir été créée pour souffrir. Entraînée par ce double élan, la volonté maîtrise promptement tout ce qui menacerait de rompre l'harmonie intérieure