‹ Ames religieusesChapitre 52 sur 63 · R. P. Larijent, p. 14f-lii · texte numérisé non relu

R. P. Larijent, p. 14f-lii

Le 15 mai 1866, au dernier jour de sa retraite, Paul de Broglie écrivait à M"*' Auguste de Staël la lettre suivante :

Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la communication du Saint-Esprit et l'amour de Dieu le Père soit avec vous î Dieu m'a béni dans cette retraite mille et mille fois plus que je ne l'aurais espéré. J'ai vécu en sa sainte présence, dans sa communion sensible, comme jamais je no l'avais fait dans ma vie, si abondamment inondée néanmoins de ses grâces. Il m'a conduit dans la solitude pour parler à mon cœur... J'ai senti mon âme se renouveler dans l'amour du Sauveur et se purifier de ses affections terrestres et charnelles. Mais, en même temps. Dieu m'a donné plua que je n'aurais osé V espérer la lumière que je lui demandais. Jo vois clairoment que sa volonté est que je devienne le ministre de son Evangile... J'ai soigneusement examiné ce désir et éprouvé l'esprit qui m'animait pour savoir s'il venait de Dieu, et toujours le témoignage de ma conscience et cette paix qui ne peut tromper m'ont démontré que le don venait d'en haut...

Sa tante n'en pouvait pas douter non plus ; ne lui avait-il pas écrit, cinq ans auparavant, ces lignes déjà décisives :

Retourner du côté des choses temporelles, me lier à quelque créature, mettre mon espérance, ma vie, mes désirs de ce côté du tombeau, avoir quelque chose à moi, spécialement une femme, une famille, une propriété, être autre chose que purement et simplement l'instrument dans les mains de Dieu et le dispensateur de ses grâces, cela me paraît aussi étrange que l'idée d'aller dans la lune ; je vais plus loin : après les grâces extraoï^dinaires que j'ai

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reçues de Dieu et le vif désir qu'il m'a inspiré de n'être qu'à lui, cela me fait pour ainsi dire l'impression d'une infidélité, d'un adultère ^

Quand un homme comme Paul de Broglie écrit de pareilles choses, on peut être sûr que, dût le cœur se briser, il agira en conséquence. Il fallait que, par une consolation douloureuse. M"" de Staël apprit de lui-même que le cœur s'était brisé pendant cette retraite dernière oxx, disait-il encore lui-même, il avait vieilli de dix ans-.

Vous étiez cependant présentée mon dme, pendant toute cette délibération, et bien des fois, j'ai senti avec une profonde amertume toutes les souffrances que je vous fais et que je vous ferai. Le glaive qui traverse votre cœur atteint aussi le mien, et je songe encore avec une douleur poignante et une sorte d'effroi à la visite que je vais vous faire. Il me semble que je vais vous faire subir une opération chirurgicale, sans savoir jusqu'où le couteau pénétrera. Mais je sentais aussi la voix de Dieu plus forte et ces paroles terribles : Celui qui aime son père et sa mère plus que moi, ne me permettait pas d'hésiter...

Je ne me suis pas senti la force d'aller vous annoncer moi-même la première nouvelle de ce dessein mystérieux de Dieu sur moi. Je reste encore ici deux jours pour me fortifier de plus en plus dans la communion avec Dieu 3...

Tout ce que j'ai dit n'était que pour amener cette page et pour réaliser plus intimement la

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