‹ Ames soudanaises. Préf. de Paul AdamChapitre 27 sur 46 · Barres de sel extraites des carrières de la Sebkha · texte numérisé non relu

Barres de sel extraites des carrières de la Sebkha

d'Idjil et de Taoudéni (Sahara). Sont importées en

grande quantité au Soudau français. Chaque barre

pèse environ 25 kiiogs et vaut de 14 à 16 francs, à

Nioro ; de 20 à 25 francs, à Sokolo; de 45 à 60 francs,

à Bammako, Ségou, Siguiri

Ces petites qu'il vient de corriger violemment ne sont que d'une faible valeur, si jeunes encore, à peine nubiles et impropres aux durs travaux: rien donc de ce qui peut donner du prix à la femme. 11 les a eues presque en surplus : cette Soghda surtout, venue de son plein gré, en remplacement de sa mère, très vieille, dont son maître voulait se débarrasser, mais qui se lamentait, geignant qu'elle ne pourrait marcher, qu'elle aimait ses maîtres, qu'elle voulait mourir auprès d'eux. Et la petite était partie pour elle ^

— On m'a dit qu'elle deviendrait belle, pensait-il, en se retournant sur sa selle vers la queue de la colonne. Aujourd'iiui, elle est bien décharnée. — Sa face de férocité se ridait d'un ricanement. — Il est vrai que J6

1. Dévouement que les noirs montrent quelquefois envers leur mère. C'est ainsi que Samory commença par être un esclave volontaire.

ne la nourris que pour ce qu'elle vaut maintenant !

Une idée l'arrêta. 11 fit faire brusquement demi-tour à son cheval et se dirigea sur Soghda. L'enfant, qui marchait péniblement, les yeux baissés, se raidit pour paraître vaillante. Elle assujettit sur sa tête la pesante charge de sable et affermit son pas.

— «Lève la tête, Soghda, et regarde-moi » lui dit Mahmadou.

L'enfant tourna vers le Maure ses yeux craintifs, brûlés de sable et de soleil, agrandis par la fatigue et la souffrance, brillants de fièvre et de larmes.

Mahmadou les fixa longuement.

— «Ce soir, aucampement, tu viendras me trouver. »

Et, cet ordre jeté, il reprit sa marche vers la tête de la colonne.

Il dépassa les petits, ceux de faible taille ou d'âge peu avancé, dont il se souciait peu,

tous maigres, quelques-uns d'aspect squelétique, la peau fripée gainant les os.

11 atteignit les tailles moyennes, et, là, ralentit l'allure, comme s'il se plaisait à supputer ce que lui vaudraient ces chairs de jeunes femmes ou ces muscles d'adultes qu'il s'efforçait de tenir, à bon marché, en satisfaisant état.

Il appréciait celle-ci pour sa croupe développée et roulante, pour sa peau fine et douce, pour ses seins déjà lourds. Les soirées de campement l'avaient renseigné sur ce qu'elle pouvait donner comme bête de volupté. Un peu maigre encore, il est vrai ; l'œil trop triste, sans les flammes qui doivent y briller pour provoquer le désir. Mais, quelques semaines de pleines calebasses de lait caillé ^ lui gonfleraient la peau et, les soirs d'amour, ledolo^

1. Chez les Maures, la femme n'est considérée comme belle que lorsqu'elle est grasse à l'excès.

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