Bière de mil ou de maïs
CAPTIFS l^i 1
et les kolas ^ sauraient bien allumer son sang.
Cette autre, aux hanches carrées, à la poitrine bombée sans rondeur de seins, aux cuisses et aux bras épais, c'était la vraie bête de somme. Elle semblait pleine de vigueur, un rude corps dont on tirerait longtemps de larges profits.
Ce jeune mâle, métissé de Bambara et de Peuhl, ferait un excellent berger. Celui-ci, d'allure découplée, pourrait porter les lances derrière les guerriers... Quant à cette demivieille, qui claudicait péniblement et dont il redressa la marche d'un coup de lanières, elle vivrait et produirait toujours assez pour payer le peu qu'elle avait coûté...
Satisfait, il bourra d'un tabac grossier un court tube de bois dur, incrusté de filigranes d'argent, en tira quelques lentes bouffées et atteignit les esclaves de tête.
1. Les noix de kola ont des propriétés non seulement toniques, mais encore aphrodisiaques.
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Il passa, regardant longuement chacun de ces hommes et de ces femmes de haute stature, dont la massive corpulence plaisait à ses instincts de brutalité. Il s'applaudissait de ce que les occasions lui eussent permis de tels choix.
11 y avait là de quoi fournir aux plus pénibles travaux, à ceux de la guerre ou du campement, aux transports des marchandises, aux exploitations des mines de sel de la Sebkha d'Idjil ou de Taoudéni. Les maîtres les plus exigeants ne pourraient user les forces de ces colosses !
Et, tout en passant, dans un désir de se vanter à lui-même la valeur de sa marchandise, il appuyait sur les lourds fardeaux dont étaient chargées les têtes et se réjouissait de sentir les corps rester droits, sans une flexion, sans même l'apparence d'un effort.
L'affaire semblait décidément bonne...
Mais, on n'était pas encore sorti des limites du Soudan français. Restait à franchir les
dernières parties du Ouadagou et, surtout, l'espace compris entre les deux postes européens de Goumbou et de Sokolo K Là était le
danger.
Les spahis, les tirailleurs, tous ces maudits d'Allah, que Mahmadou appelait par dérision (( les captifs des Blancs, » parcouraient les pistes d'Akhor, de Boudjiguiré ^ donnant la chasse aux marchands d'esclaves, fermant l'accès des steppes où nomadisent les Maures; et il fallait leur échapper. Le mieux, maintenant que le soleil déclinait déjà, serait de s'arrêter et de passer pendant la nuit, par une marche forcée.
Mahmadou rejoignit rapidement les trois autres Maures, qui chevauchaient en avant
1. Postes de la hgne Nioro-Tombouctoii, qui marque la lisière nord du Soudan français et la limite septentrionale des populations noires sédentaires. Le Ouadagou est le pays aux environs de Goumbou.