‹ Ames soudanaises. Préf. de Paul AdamChapitre 31 sur 46 · Sorte de lit indigène · texte numérisé non relu

Sorte de lit indigène

humide et comme chargée d'eau cette chaleur de la saison des pluies.

La case est primitive et pourtant un vrai monument, dans ce pays où les Noirs n'habitent que huttes, paillotes ou plates taupinières. La large toiture de chaume déborde, jusqu'à presque toucher le sol ; tout autour courent de hautes nattes, dressées debout et soigneusement entrecroisées. On dirait quelque lourde et massive forteresse de paille, élevée contre le soleil, l'ennemi de l'homme à la peau blanche, au cerveau trop développé, au crâne trop mince, aux nerfs qui vibrent et s'affolent sous les ardeurs du climat.

A l'intérieur, entre les épais piliers de terre durcie, qui soutiennent la toiture, quelques mètres carrés qui forment la seule partie habitable de la case; sur le pourtour, la véranda, qui protège cette sorte de réduit central; partout où se trouvent des ouvertures, dans les baies qui séparent les piliers, dans les entrées ménagées entre les nattes, de larges

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rideaux de guinée bleue qui les aveuglent. Et, contre l'énorme, mais fragile édifice, l'astre meurtrier s'acharne, comme en un gigantesque effort contre l'homme du Nord. Ses rayons piquent leurs pointes subtiles à travers les joints, glissent leurs aiguilles par les plus étroites fissures, découpent dans la véranda des arabesques d'or en fusion, jettent dans l'intérieur même la mobilité sautillante de ronds, d'ovales et de losanges, en sillonnent l'obscurité de minces rayures flamboyantes aux bords irisés de bleu sombre.

Sous cet assaut du soleil de septembre, qui filtre moins clair, mais plus perfide que celui de la saison sèche S dans cette atmosphère sufl"ocante, comme celle d'une salle de va-

1. Dans le nord du Soudan français, la saison sèche va généralement de novembre à juin, la saison des pluies de juillet à octobre. Ces limites ne sont pas absolues.

peur, l'ombre reste sans fraîcheur. Son poids s'ajoute à celui du silence et de la chaleur pour écraser sur sa couche le dormeur qui s'agite, se retourne, se dresse à demi et retombe accablé.

L'air surchauffé, comme raréfié, est étouffant, à peine remué par les mouvements du pancat * que tire du dehors un boy ^ somnolent. Il est chargé de fluidités qui pénétrent les chairs, s'incrustent dans les moelles, circulent avec le sang dans les veines, aiguillonnent les nerfs, en dessinent à fleur de peau les plus fines ramifications par des picotements, d'où semblent prêtes à jaillir des étincelles.

La gorge serrée et sèche, le crâne comme piqué de clous mobiles, les tempes battantes, Pierre Montreuil se jette en bas de sa couche.

1. Panneau de toile, suspendu dans le haut de la case et destiné à former ventilateur.

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