‹ Ames soudanaises. Préf. de Paul AdamChapitre 32 sur 46 · Domestique indigène · texte numérisé non relu

Domestique indigène

Tout frissonnant, il marche de long en large dans sa case, se couvre de son casque, va à la véranda et là, regarde longuement le ciel et l'horizon.

Face à lui, vers le nord, le steppe s'étend indéfini. Lesdéluges intermittents de la saison des pluies ont galvanisé ce sol de sahle et de pierrailles et le montrent comme dévoré de lèpre : ici, des plaques de morne aridité, hérissées de longs cheveux d'herbages isolés; là, des bandes toutes vertes, où graminées et arbrisseaux ont crû si pressés, qu'ils paraissent se disputer l'espace où pouvoir vivre.

Vers le sud, en contre bas, les cases en terre battue du village de Nampala ^ sont enfouies dans un amoncellement fou de hautes tiges de maïs et de mil. Plus loin se développent, en immenses nappes éclatantes

1. Au nord -est de Sokolo ; forme un des postes de la ligne Nioro-Tombouctou.

de vert, d'or et de rouge, les pâturages des bords du Niger et l'horizon se ferme sur le miroitement des inondations du grand fleuve et de la région des lacs K

L'air est si immobile que toute vie semblerait suspendue, sous l'accablement de la chaleur, si on n'entendait, de temps à autre, comme de longues plaintes, échos des cris que poussent les captifs, postés dans les champs de culture, pour en éloigner les oiseaux.

Tout à coup, le soleil paraît s'obscurcir. De Test, un lourd voile de plomb se déroule lentement devant lui. Ses rayons, naguère triomphants, se brisent contre l'immense vélum, qu'ils plissent par endroits d'ocre et de rouge violacé.

Tout se teint de grisaille. Le steppe semble plus morne. Le vert et l'or des cultures et des pâturages s'éteignent de zone en zone, comme

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