‹ Ames soudanaises. Préf. de Paul AdamChapitre 36 sur 46 · Centre de Maures Bérabich au nord de Tomboutou · texte numérisé non relu

Centre de Maures Bérabich au nord de Tomboutou

sainte une bizarre caravane venant du couchant: en tête, une longue file de chameaux, chargés les premiers de plus ou moins riches baldaquins, les autres de ballots, de barres de sel, de peaux de bouc pleines à crever; ils s'avançaient, comme en flânant, les naseaux percés d'un anneau, oii s'attachait la corde qui les réunissait tous; un nainuscule esclave monté sur un petit âne dirigeait sans peine toute la brochette ; des captifs d'âge adulte marchaient à hauteur des baldaquins. Derrière, gambadaient des bourriquots, que surveillaient des esclaves des deux sexes, puis venaient en troupeaux des bœufs à bosse, des chèvres, des moutons que menaient des bergers Peuhls.

C'était le train de la Pourogne.

Celle-ci n'avait rien ignoré des actes de Montreuil, ni sa fuite de Nampala, ni son départ en colonne. On n'est pas fille de Maure et riche, sans pouvoir se renseigner. Elle avait patiemment attendu, et, maintenant que le

lieutenant absent ne pouvait, dans un sursaut d'énergie, la faire éloigner de Tom])Ouctou, elle venait s'y installer.

Elle s'était assurée par avance d'une vaste « concession ^ », non loin du fort Bonnier, et s'y entourait d'un luxe tout soudanais.

Dès l'entrée, une sorte de corps de garde où veillaient des esclaves la lance au poing; puis, une grande cour et, sur trois des côtés, une véranda qui donnait accès aux cases particulières de la Pourogne, à celles des captives attachées à sa personne et des jeunes danseuses de profession, des Boundiambas qu'elle avait achetées et entretenait. Les terrasses des cases plates en terre durcie, les murs intérieurs, ceux de la véranda, étaient garnis ici de nattes de cuir et de paille, là de tapis du Maroc et de lainages de Djenné ^ ; dans un

1. On entend par « concession » l'ensemble des cases et enclos appartenant à un même maître.

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