Centre peuhl sur le Bani, affluent du Niger; est
des angles de la cour, sous un toit de chaume fraîchement disposé, un amas de tapis à hautes laines et de coussins maures en cuir teinté de vives couleurs formait lieu de repos, alcôve et boudoir de la maîtresse. Sur la droite de la concession, des enclos étaient réservés aux troupeaux et aux animaux de bât; sur la gauche, s'élevaient des paillotes, où captifs et captives vivaient, sans distinction do sexes, en pleine promiscuité, comme l'exigeait le souci d'un bon rapport de ce capital.
La Songoy se retrouvait dans cette installation de grande courtisane, comme la Maure s'était montrée dans les hasards de l'existence à Nampala.
Nonchalante et tranquille, Zahra semble vivre sans préoccupation, passant des journées entières, étendue sur les coussins, à l'abri du
renommé, parmi les indigènes, pour ses laines et cotons tissés, pour ses pailles tressées et ses ouvrages de cuir.
toit de chaume, mâchonnant des noix de kola, réprimant sans pitié les moindres fautes de ses esclaves.
Un jour accourt Aoulé, un de ses plus vieux captifs, rompu à toutes les ruses des espions : « Réjouis-toi, maîtresse, lui dit-il; les tirailleurs reviennent. Les chevaux des Blancs boiront ce soir à la grande mare d'Hassein ^ » Le lendemain arrive le Maure Abdallah : <( Les tirailleurs sont à la grande mare. Le lieutenant est très malade, porté sur un tara de branches de gommiers. »
Zahra écoute du même air insensible bonnes et mauvaises nouvelles. « Cours chercher Tariba, «répond-elle. Elle attend, couchée deminue sur les tapis, et, quand paraît la vieille négresse, dont un simple pagne de guinée usée entoure les reins, elle regarde placide, sans rien modifier à sa pose indolente.
Tariba est sans âge et sans sexe, avec ses