‹ Ames soudanaises. Préf. de Paul AdamChapitre 42 sur 46 · Rois ou chefs indigènes · texte numérisé non relu

Rois ou chefs indigènes

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Pour le moment, insister eût été peine perdue. L'officier le savait... Que faire... ? En pareille matière, il ne pouvait exiger... Et ce brave Touraané, qui le regardait avec dans les yeux tout l'espoir qu'il mettait en lui...

Silencieux, ayant à ses côtés Bandioukou qui marchait sans mot dire, le capitaine revint vers la place du village et, tout à coup, se dressa devant lui l'arbre des génies, l'arbre bariolé, demeure des dieux qui peuvent tout ordonner... Il s'arrêta et, étendant solennellement le bras vers les branches chargées d'offrande : « Prends garde, Bandioukou, dit-il au vieux chef ; les génies protègent les bons et les faibles : ils punissent les méchants et les orgueilleux. Prends garde! »; puis, sautant rapidement en selle, il s'éloigna, suivi de son escorte de spahis.

Bandioukou était resté les regards fixés sur les branches centenaires... 'Il saurait

bien flatter le Diniié par de nouveaux présents, et le Dinné apaiserait la colère du Blanc; les épis ploieraient sous le poids des grains et lui vaudraient la médaille dont il

n'avait osé parler à l'officier mécontent

Reprenant vite confiance, il regagna ses cases. Soubhia la vierge y était assise sur son tara \ ses yeux de jais noyés de larmes. « Sèche tes pleurs, lui dit-il, le Dinné nous protège! 11 donnera la médaille au chef du village; il donnera un riche et beau mari à sa fille, la perle de Niantankoura. » Et Soubhia ne répondait que par des sanglots aux exhortations de Bandioukou.

Quelques semaines après, les premières 1. Sorte de lit indigène, fait de branchages.

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mières tornades de la saison des pluies ont étendu sur les terres grasses du confluent du Ba-Oulé et du Banding-Ko un tapis de verdure. Riz. mil et maïs lèvent leurs premières pousses vers lés nuages qui passent. Niantankoura et son chef attendent heureux les récoltes qui s'annoncent. Chaque jour, les sorciers inlassables font rouler, suivant les rites, la boule symbole du soleil.

Une nuit de longs ululements, des appels lugubres, des gémissements de pleureuses, mettent le village en émoi et, de case en case, ce cri retentit: ce Le Roi des sauterelles est mortl »

Le Roi des sauterelles ! Grave est ;la nouvelle à semblable époque, quand ces insectes maudits peuvent en quelques heures détruire toutes les promesses de la terre. Le Sorcier qui était leur maître et leur roi les tenait soigneusement enfermées dans ses cases, situées à la lisière du village, sur les bords

du Ba-Oulé. Les sauterelles lui obéissaient et, pour qu'il voulût bien préserver les champs de leurs ravages, tout le pays lui apportait des dons, les riches : des captifs ou de jeunes captives, des bœufs et des moutons; les pauvres : des épis de mil ou de maïs, des bandes de guinée, des fragments de sucre ou de barres de sel. Le Roi des sauterelles était mort ! Qui sauverait les lougans de Niantankoura?

Turbulente et craintive, .la foule s'agitait autour des cases du Sorcier-Roi, où nul n'avait jamais osé pénétrer ! Le chef du village, Bandioukou, venait d'y entrer seul et y trouvait le mort, un maigre vieillard de race Malinké, étendu sur les nattes, les membres encore tordus et crispés comme sous l'efTort de l'effroyable agonie, de la dernière et terrible crise nerveuse qui les avait secoués.

De la case, où gisait le" cadavre, des couloirs, toitures de chaume, menaient à d'autres cases, comme les rayons d'une roue du

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moyeu aux jantes, et Bandioukou, stupide d'émotion et d'étonnement, voyait aller et venir dans ces couloirs, tendus de tapis et de cotonnades, de jeunes femmes de toutes races.

Elles circulaient, le buste et les jambes nus, en plein épanouissement de chair. Dans les cases centrales, qui étaient celles du maître, elles se groupaient inquiètes, mais toujours nonchalantes, comme si elles ne comprenaient pas qu'on pût troubler leur vie toute de paix et de voluptueuse mollesse. Des captifs couraient à elles, leur demandant des ordres, et nulle ne répondait.

Deux plus hardies ou plus sûres de leur science, des femmes PourognesS se débarrassaient du pagne qui leur ceignait les reins et, sans impudeur, confiantes dans leur nudité, dont ellesconnaisaient le magique pouvoir, elles s'allongeaient près du cadavre, prenaient la tête ballottante, aux mâchoires tenacement

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