Métis de Maures et de Songoys
ouvertes, aux yeux fixes et vitreux, la pressaient contre leurs seins pleins et fermes, serraient entre elles le corps inerte, enveloppaient de la tiédeur de leur chair les membres décharnés, comme si la chaleur et la vie qui rayonnaient de leur peau luisante devaient chasser le froid de la mort. Peu à peu, sous leurs frictions, les membres noués se détendaient; une pesée des seins fermait la bouche atroce ; mais, dès qu'elles abandonnaient le cadavre, celui-ci glissait entre leurs jambes et s'écroulait sur les nattes, horrible de maigreur.
(( Et les sauterelles ! 11 faut enfermer les sauterelles, » clamait Bandioukou. Les femmes le regardaient sans comprendre, et Bandioukou s'élançait dans les couloirs, allait d'une case à l'autre.
Dans toutes s'étalaient de larges taras de branchages, garnis à la mode des diûerentes races, ici de lainages de Djenné et de Tombouctou dont les teintes claires exaltent la patine des peaux, de bronze, là de tapis épais du Maroc
LE SORCIER RLANC 243
OÙ aiment à s'alanguir les courtisanes Songoys ou Pourognes, ailleurs de nattes de cuir tressé et de noires fourrures d'agneaux où resplendissent plus attirantes les chairs ambrées des femmes Peuhls et Maures. Et partout, tout un attirail de bijoux, d'étolYes, de babouches, d'onguents et de pommades qui imprégnaient l'air d'une forte senteur de musc...
Bandioukou errait, frôlait des croupes lourdement ondulantes, revenait à la case où gisait le Sorcier-Roi, regardait un instant les deux Pourognes maintenant accroupies sur le cadavre, et hébété, terrifié, jetant des cris d'appel au Dinné protecteur, il s'élançait au dehors, tirait les portes, les verrouillait de leurs grossiers loquets de bois, enfermant ainsi les sauterelles dont il n'avait pu trouver trace.
Hélas 1 les insectes maudits avaient dû s'échapper déjà et le Dinné resta sourd aux
invocations de Bandioukou...Car, au jour, la troupe serrée des sauterelles coupe l'azur du ciel d'une longue traînée fuligineuse.
Brusquement, les avant-coureurs se dirigent sur Niantankoura, descendent vers la terre et, malgré les cris des indigènes accourus en hâte et le fracas des tam-tams, la masse compacte s'abat sur les lougans ^ chemine pressée sur le sol, nettoyant la terre, la rasant méticuleusement.
Quelques heures plus tard, les champs où verdissaient les premières pousses des nouveaux épis ont perdu leurs couleurs d'espérance. Les récoltes ne sont plus; avec elles se sont évanouis tous les rêves de Bandioukou, rêves de richesses et rêves de gloire, promesses de larges festins et de radieuse médaille 1
Accablé, le vieux chef fait renouveler les offrandes à l'arbre du Dinné; il envoie à cet autre génie tout-puissant, le capitaine com-