‹ Amidisme chinois et japonais [microform]Chapitre 16 sur 20 · XV · texte numérisé non relu

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Au Japon, dès le temps du prince || (iji -jj^ -^ Shôloku (574-622), qui donna au Buddliisme japonais l'impulsion que l'on sait, la doctrine de ^^ ^ ôjô la renaissance dans ^ j^ jôdo la Terre Pure, était connue. Mais cette doctrine n'était le propre d'aucune secte (page 15). Simple cas particulier de la doctrine générale de la multiplicité des Terres des Buddhas, elle n'attirait aucune attention spéciale, mais était préférée et pratiquée en particulier par les adeptes des diverses écoles mahâyânistes, surtout les ^C "^ Tendai du mont Hiei (le mont Athos du Japon, alors couvert de couvents peuplés par des milliers de moines), et les ^. "^ Shingon très nombreux au Japon. — On cite, comme ayant été particulièrement dévots à Amida... durant la période ^ ^ Nara (710-784), les moines |f y^ Raikô, § % CInkô, f ] ^ Gyôrji... durant la période Zjî ■;§ lieian (794-858), les deux moines Tendai g ^ Dengyô et ^ ^ Jikaku... Vers 951, ^ ^ J^ A Kûya-shônin travailla à populariser son culte. — Enfin les vrais précurseurs de l'Amidisme japonais, furent ^j fg Gensliin (alias Esliin Bf ^jj») 942-1017... ^ ^^ Ryônin, 107.i-1132... gj ^ Eikû, disciple du précédent, mort en 1179. — Genshin, un moine Tendai, grand savant et écrivain célèbre, donna le branle en traduisant en japonais, dés l'an 985, sous le titre (1^ ^ ^ ^ Ôjôyôshu, des extraits du Commentaire du moine chinois ^^ Chan-lao (Zendô) sur le texte de Kâlayasas (VIII et XII), lequel existait, sous le titre chinois -^- |§ flj ;^J|' ^^^ dans la bibliothèque de Nara, dés l'an 744, et s'était répandu par le pays à partir de 858. — Ryônin, lui aussi un moine Tendai, peu satisfait de la doctrine de la secte, se relira dans la solitude, ne s'occupa plus que d'invoquer Amida {nemhutsu), eut une vision d'Amida qui l'assura qu'il était dans le vrai, que la seule invocation de son nom équivalait à tous les actes religieux pratiqués dans toutes les sectes. Ainsi confirmé dans sa croyance (en 1124), Ryônin se fit missionnaire ambulant du ^ fj)}', nemhulsu, et individualisa la secte amidique japonaise, au recrutement de laquelle il travailla jusqu'à sa mort (1132). — Eikû, alias Jir/emhôy de très uoble famille, lui aussi d'abord moine Tendai, puis disciple de liyônin, puis maître et enfin disciple de Uônen, se retira aussi dans la solitude, pour y pratiquer exclusivement le ôjôyôshu de Genshin. Il mourut en 1179.

Celui qui devait devenir ^(^ ^,\ JL K Rônen shônin, naquit en 1133 à Inaoka, de parents dévots Amidistes, qui le nommèrent ^ Jl^Seishi^aru (consacré à MâhasUtàma). Son père, un officier gouvernant un district, fut assassiné quand l'enfant avait neuf ans. Se sentant mourir, il l'appela près de son lit et lui dit: «Je meurs ainsi, pour l'expiation de quelque crime que j'aurai commis dans mes existences passées. Je vous interdis donc de songer même à venger ma mort. Quittez plutôt ce monde misérable, faites-vous moine, puis vous prierez pour l'avancement dans la voie du salut de celui qui fnt votre père.».. Cela dit, il expira. — La veuve confia donc son unique enfant, à son frère Kwangaku moine à Nara. Celuici reconnut bientôt que son neveu était exceptionnellement doué. Il déclara à sa sœur, qu'il fallait sans relard le placer au mont Hiei (Tendai). Vu le v<ku su-

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prême de son mari mourant, la mère consentit à la séparation définitive. — L'élève fut d'abord confié à Genkô, qui le passa à Kôen (1147). II fut alors rasé et initié, à l'âge de 14 ans. En 1150, à 18 ans, il passa sous la férule de Eikû qui fut son vrai maître, lui changea son nom d'enfant en celui de ^-(j^l '-^ Genkù, et le surnomma f^ ^jï Hônen. Nous savons que Eikû, disciple de Ryônin, était Amidiste. — Or le jeune homme dévorait les livres et mettait tous ses maîtres à quia. En 1156 (Hônen avait alors -23 ans), intervertissant les rôles, Eikû se déclara son disciple. Du coup l'admiration des moines, pour la science de Hônen devint générale. Mais celui-ci souifrait de peines intérieures graves, doutes sur les opinions qu'il embrasserait, lassitude des querelles d'école. Quittant le mont Hiei, il se rendit, en moine mendiant, au célèbre temple de Saga, pour y faire la retraite de sept jours si chère aux mahàyânistes. Il demanda de tont cœur, au Buddha Sâkya, de lui indiquer sa voie, à travers la brousse des controverses buddhistes. — Il alla ensuite à Nara, discuter avec le moine Zôshun de la secte j^ ^^ Hosso, qui lui déclara qu'il n'avait rien à lui apprendre. — Nouvelle visite, à Daigo, au moine Kwanga de la secte ^ |^ Sanron, qui lui offrit sa chaire. — Autre visite au temple Ninnaji, à Keiga de la secte ^ )^ Kegon, qui se déclara son disciple. — Sa réputation était déjà telle, que le prince Omuro le fit invitera venir lui expliquer à fond la doctrine ^fc *& Tendai. Mis ainsi en demeure, Hônen dut faire sa profession de foi. Il déclara qu'il renonçait aux doctrines et pratiques de toutes les sectes, ne considérant plus comme salvifique que l'unique ^ [^ nemhutsu. On lui répondit que le nemhutsu était pratiqué avec ferveur par nombre de moines de diverses sectes. Il répondit que c'était vrai, mais que tous ces moines croyaient devoir y ajouter des pratiques ascétiques, des méditations mentales, au moins les dix pensées, comme nécessaires pour le salut;., que tout cela était surcharge inutile et erreur doctrinale... ôjô, la renaissance chez Araida, le salut, s'obtenant par la seule invocation vocale répétée du nom d'Amida, sans addition d'aucune autre pratique, d'aucune méditation ni même réflexion. Exiger davantage, disait-il, c'est fausser la doctrine amidiste, c'est priver les pécheurs du salut. Il faudrait, pour l'amour des âmes, prêcher à toutes que M f^ ^ -gj", l'invocation vocale d'Amida sans aucune méditation, est la seule chose requise et suffisante pour le salut. Et cela, pour toutes les âmes, même pour celles qui peuvent davantage... car les aspirations supérieures de ^ 1^ i^ hodaishin la voie des P'ousas, sont chose sur laquelle on ne s'entend pas... car Zendô (Chan-tao XII), l'indiscutable autorité, n'a exigé de personne plus que l'invocation. — Hônen résumait ainsi la doctrine de Zendô: «Le Buddha Sâkya a dit qu'il y a mérite dans toutes les bonnes œuvres^ la méditation comme les autres. Mais, d'après le texte du vœu du Buddha Amida, ce qui sauve, c'est l'invocation de son nom. Donc . personne n'a le droit d'imposer quoi que ce soit de plus, comme condition du salut.)) — Et Hônen appuyait son dire, non sur le texte des invocations-pensées à la mort, dont j'ai parié tant de fois plus haut, mais sur le passage suivant, c^ecoMpe dans le commentaire de Ze?icifô (livre IV): «marchant, assis, debout ou couché, répétez sans cesse le nom d'Amida, de tout cœur. Car c'est là l'œuvre qui procure le salut, d'après le vœu du Buddha Amida.» — Conformant sa pratique à sa conviction, Hônen se mit à invoquer Amida sans cesse ni trêve. Il arriva au chiffre de 60 mille invocations, et vers la fin de sa vie 70 mille par jour. — Pour démontrer ostensiblement à tous, que le nemhutsu seul était nécessaire, complétant le schisme commencé par Ryônin, Hônen sépara complètement, avec fracas, l'Amidisme des autres sectes buddhistes, et en fit la secte dans laquelle on ne fait qu'invoquer le nom, pas autre chose. Il dit: fde kalpa actuel est très avancé.

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L'humanité est en pleine décadence, sans foi, sans espérance, sans ferveur, sans vigueur. Beaucoup désirent encore se sauver, mais n'ont plus la force de faire aucune œuvre Les régies des maîtres qui ont enseigné sur la terre précédemment, n'ont plus d'autorité. Mais Is vœu d'Amida subsiste et a gardé toute sa force, parce qu'il est supra-terrestre. Amida ayant promis le salut pour l'invocation de son nom, il faut s'en tenir à cette seule invocation. Ceci, chacun peut encore le faire, même de nos jours. Ne prêchons donc plus au peuple que cela, o ■— Ici le Rev. H. H. Coates se pâme d'admiration pour Hônen, le Luther du Japon, qui promit le salut à la seule foi, à l'exclusion des œuvres.

Il me faut maintenant revenir, en critique, sur l'interprétation donnée par Hônen au passage rfécowpe de ZeNrfô cité plus haut. Voici le contexte: «De tout

cœur, voilà ce que le texte appelle JE » ^1^^ M :^ "^ ÏH itt ÏE '-[-' W correctement. El dans cette correction,

-^ t^ ^ '^ "^ /"^ ffisS n>^ il faut distinguer deux choses... D'a-

— . W^— ' -S O ■# >2> 5m l*b bord la récitation exclusive de tout ^ ï^ fî* a. ^ B^»'ï^ ^ f^$ SÎ5 copwr du nom d'Amida, que l'on marche /a ^r:- y^ y^ 1F -lA ^-' M Af r ^^ stationne, que l'on soit assis ou cou- /\ jir^'iS-^ 'S> 'T* Tp "w » a£ -in le ché, sans détermination de temps ni ^ ^ ^JIR ^ W BS ^^ "fife ^^ durée, récitation continuelle sans in- T® ^35 Ife'ên -^ lï Hh W terruption, voilà l'œuvre ]£ gr cor-

flÎH pr3 #»ë|J -q m J^J ^9 recte fixe, exigée par le vœu du Bud-

dha... Ensuite, les rites, prières, etc., qui sont œuvres accessoires seulement.» — Dans la traduction qu'on vient de lire, j'ai interprété le texte de la manière la plus favorable à la théorie de Hônen. H me faut observer, 1 que l'expression — )ÎJ> de tout cœur signifie pour les Buddhisles application mentale... 2 que les termes fl: ^t ÎE ^ ^oiit très souvent employés précisément dans le sens de samâdhi, conleniplalion... 3 que, étymologiquemetit, le caraclore ^ traduit pas réciter (sens dérivé), signifie (sens propre) ^ actualion du ij|J> cœur, applicalion allectueuse de l'esprit... La glose de Zendô peut donc s'expliquer de la pensée mentale, tout aussi bien et mieux que de la recitation vocale. El mon opinion est que c'est ainsi qu'il faut l'expliquer. Tout à l'heure (page 38) Hônen va citer le Long Sûlra en preuve de sa thèse, Or voici ij^ -»« \ AJ- '^ traduction exacte du paragraphe du vœu d'Amita

I ~/f Af< ^t. H^ 'u"* iB visé: «Si les êtres vivants des dix régions, qui auront

IJ^ S5C ^ Sf Iffl 7^ ^ ^^ ^^^^ cœur, avec confiance et dévotion, voulu re-

\^^ . /i-*i^ -3* uaîlre dans mon domaine, et y auront peîisé jusqu'à

I >2^»'é' A^ JE ^%^^ dix fois, n'obliennent pas ce qu'ils désirent, je re- Tf? \\' ^ nonce à la dignité de Buddha.».. J'ai traduit -p ;^

" par «y auront peyisé», parce que, un peu plus haut,

et |)lusieurs fois de suite, il est parlé de ^{J» ^ penser dans son cœur, ^ ^ >j|J> ^ ^^ d'êtres vivHnts qui pensent dans leur cœur... alors que ^f\ ^ ^ # ceux qui inv(>queut le nom de bouche, sont nettement distingués. — Il me faut donc conclure que, à mon avis très motivé, l>ônen cite Zendô à fnux pour son opinion. Je n'accuse pas cet homme, qui paraît avoir été peu intelligent mais sincère, d'avoir abusé scierameni de l'autorité de Zendô, le représentant de toute la tradition aniidiste chinoise. Je pense qu'il se trompa de bonne foi, emballé qu'il était pour l'idée de sauver toutes les pauvres âmes, pour un simple cri du cœ.ur. — C'est un fait que le caractère '^ est ambigu, et Hônen ne savait probablement pas assez bien le chinois pour pouvoir se rendre parfaitement compte du contexte, lequel

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